Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: La problématique de la vente et de la conservation des objets d'art

Stephane Etinga

2 Juillet 2009


Kinshasa — La République dé démocratique du Congo n'est pas seulement un scandale géologique, mais aussi un scandale artistique. A part les artistes musiciens qui ont beaucoup fait parler d'eux et porté loin le drapeau du pays, les artistes plasticiens se comptent par dizaines et brillent de mille feux par leurs oeuvres. Il suffit de jeter un regard sur l'oeuvre historique de l'artiste Lufwa et l'unique rescapé des pillages de la Foire de Kinshasa (FIKIN), à savoir le monument du batteur de tam-tam pour se rendre compte de la valeur et de l'esprit créateur de l'artiste sculpteur congolais.

Depuis la période la plus reculée de l'histoire de l'humanité, l'homme a toujours essayé de se servir de certains images pour s'exprimer. C'est tantôt les ancêtres dans une situation de bonheur, de malheur, de guerre, de misère tantôt la nature, les objets divers, l'autorité.

Dans tous les cas, l'artiste reste le premier interprète de ses représentations successives, c'est-à-dire de ses images. Chaque homme, à un moment ou à un autre a toujours été un artiste dans les circonstances bien déterminées, mais les véritables artistes possèdent ce don naturellement tandis que d'autres ont subi une éducation et une formation appropriée. Pour le cas de notre pays, les autorités qui se succèdent au pouvoir ne seront pas pardonnées par le jugement de l'Histoire pour avoir longtemps négligé de réhabiliter l'art et l'artiste congolais.

Il existe chez tous les peuples une tendance à extérioriser une activité productrice, même sous les formes les plus élémentaires. Si les premiers objets fabriqués par des êtres humains aux temps préhistoriques avaient surtout un caractère utilitaire, des outils ou des figures, les générations qui ont suivi jusqu'à nos jours ont perfectionné l'art plastique grâce à la formation et à l'éducation.

Nous avons contacté, pour en savoir plus, un critique d'art congolais en la personne de Tumba Kekwo, actuellement assistant du secrétaire général académique de l'Académie des beaux-arts (ABA).

Selon lui, l'art plastique a certainement un avenir dans notre pays dans la mesure où certains artistes congolais ont déjà acquis en la matière, une renommé internationale. De même, l'engouement des jeunes pour recevoir la formation d'artiste plasticien vers les établissements tels que l'Académie des beaux-arts montre que cette discipline est utile pour la société.

PETITE INDUSTRIE ARTISTIQUE

Tumba Kekwo estime qu'un atelier d'art constitue toute une petite industrie avec tous les nécessaires permettant de fonctionner normalement. Cette industrie assujettie à la taxe de l'Etat exige, dans le cas spécifique du métal, qu'on dispose d'un équipement approprié, notamment un four ou une fonderie. L'artiste doit s'approvisionner en matière première, engager les ouvriers et les payer. Au cas ou son atelier ne dispose pas de certains matériels, l'artiste est obligé de les louer ailleurs et, toit cela demande un fonds de démarrage pour le fonctionnement.

Par ailleurs, indique l'assistant Tumba Kekwo, il va se poser un problème de gestion, en plus de celui des matériels et du capital en argent ou de lieu où sera implanté l'atelier. Intervient ensuite le travail préparatoire, soit le dessin pour l'oeuvre à réaliser avant de passer à l'étape purement technique de fabrication de l'oeuvre d'art. L'oeuvre produite, dit-il, est une marchandise qui se vend en calculant le prix de revient dont le coût suppose le prix d'achat et le bénéfice.

En outre, la vente d'une oeuvre d'art est aussi liée au nom de l'artiste. Car les acheteurs préfèrent tel ou tel nom pour leur prestige au lieu de payer un objet sans en connaître la provenance et le nom du fabricant. Le nom de l'artiste contribue donc au calcul du prix à cause de sa renommé. C'est ce qu'on appelle la cote.

Le calcul du prix d'une oeuvre d'art dépend également, d'après notre interlocuteur, du lieu où l'oeuvre est exposée. Ainsi, une oeuvre vendue à la Gare centrale coûterait parfois moins cher que celle exposée aux galeries d'un grand hotel de la place.

UNE CLIENTELE FAITE D'EXPATRIES

L'assistant Tumba Kekwo, se référant à une étude menée au sujet des acheteurs d'oeuvres d'art congolais, souligne que la plupart des clients sont des expatriés. Ils viennent, soit des ambassades et missions diplomatiques, soit des multinationales implantées chez nous, soit encore des touristes de passage à Kinshasa. A ce groupe s'ajoutent aussi des religieux qui achètent ces oeuvres mieux que les Congolais eux-mêmes.

A propos des compatriotes qui s'intéresseraient aux oeuvres d'art, Tumba Kekwo reconnaît qu'ils sont nombreux, y compris les ménagères qui aimeraient avoir chez eux au moins un pot des fleurs ou une décoration.

La difficulté se situe au niveau du pouvoir d'achat. Car, compte tenu de tous les éléments entrant dans la fabrication d'une oeuvre d'art, le Congolais réputé pauvre ne peut se donner le luxe de l'acheter dans la mesure où le prix de revient est souvent calculé en devise pour les objets en métal. « La volonté est là, mais les moyens manquent », ajoute-t-il.

Cependant, il reconnaît qu'une minorité des Congolais se font violence pour disposer dans leurs villas de quelques oeuvres d'art ou de décorations diverses. Et comme les constructions ne sont pas assez nombreuses dans la capitale, les commandes d'oeuvres d'art dans le chef des Congolais sont rares.

UNE PRATIQUE QUI N'ENCOURAGE PAS

Les oeuvres d'art sont souvent exposées dans les galeries des hôtels et autres bâtiments publics pour la vente.Le critique d'art Tumba Kekwo regrette le fait que le jour du vernissage ou bien l'ouverture de l'exposition les Congolais viennent pour contempler, boire et partir au lieu de faire réserver les oeuvres qu'ils veulent acheter. Ils attendent surtout le jour de la clôture de l'exposition pour proposer des prix nettement inférieurs à ceux fixés initialement. De cette façon, l'artiste est obligé d'accepter malgré lui ce prix bien modique.

D'après lui, il s'agit tout simplement d'une pratique qui décourage l'artiste et ne contribue nullement à la promotion de l'art dans notre pays.

En ce qui concerne l'assistance de l'Etat aux artistes pour leur permettre d'exercer leur profession, le critique d'art n'y va pas par quatre chemins. A sa connaissance, le Fonds de promotion culturel (FPC) créé pour cette fin présente des critères assez « flous ».

Et on constate que ce sont des artistes de la rue sans aucune envergure qui bénéficient d'un petit financement au lieu des artistes qui en ont réellement besoin. Or, ce fonds est une banque pour la promotion pour les artistes, mais on ne sent pas ses interventions jusqu'à présent. Il a existé aussi le Fonds Mobutu Sese Seko qui n'avait aucun capital, mais assurait le maintien d'un personnel pléthorique payé par l'Etat. Il était donc exclu que ce fonds puisse servir à la promotion des artistes congolais.

Quant à la Soneca (Société nationale des éditeurs, compositeurs et auteurs), l'on constate qu'elle s'occupe surtout des artistes musiciens parce que les autres sont mal informés sur ses activités et n'ont signé leur affiliation. Elle se trouve dans l'impossibilité de défendre un artiste qui n'est pas son membre.

Liens Pertinents

Du côté du secteur privé, il a cité certains mécènes et surtout aussi des missionnaires qui essayent d'encourager les artistes à s'installer et à produire leurs oeuvres, de même que quelques organisations non gouvernementales.

C'est le cas des missionnaires catholiques à travers l'organisation « COE » qui assiste les artistes au niveau de l'Afrique. Cette organisation invite les artistes congolais en Europe et achète les oeuvres d'art congolais. Au collège Boboto, les pères jésuites ont une galerie dans le centre culturel où ils ont mis à la disposition des artistes congolais des ateliers de travail comme la sculpture et la peinture. Et cela encourage les artistes et favorise la créativité.

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