Sidwaya (Ouagadougou)

Burkina Faso: Exploitation de l'or à mana dans les Balé et le Mouhoun : Leurres et malheurs des populations

Ali TRAORE

2 Juillet 2009


Mai 2006, lancement des travaux de construction de la mine d'or de Mana, localité située à cheval entre la province des Balé et celle du Mouhoun, à environ 200 kilomètres de Ouagadougou. Mars 2008, première coulée d'or.

Entre ces deux périodes et les phases suivantes du processus d'installation du site minier, que d'espoir et de déceptions des populations des villages de la zone qui ont été dépossédées de leurs terres par la Société d'exploitation minière d'Afrique de l'Ouest (SEMAFO) contre dédommagement et promesses. Ces populations ont changé de comportement, de mentalité... Progressivement, l'espoir s'est mu en désenchantement et le rêve en cauchemar. Témoignages sur les inquiétudes, les leurres et malheurs des riverains de la zone aurifère de Mana.

«L'argent de l'or est venu "chier" sur nous(...) Manger du poisson sec au petit déjeuner, ce n'est plus possible...» Tels étaient les propos tenus par certains habitants de Wona, Yona, Somona, Dangouna, Fofina, Bissa et Bana aux premières heures de leur dédommagement en juillet 2008. La Société d'exploitation minière d'Afrique de l'Ouest (SEMAFO), après avoir pris possession des champs pour la construction de la mine d'or de Mana, a indemnisé les propriétaires terriens. Aussi, les populations de ces villages, situés de part et d'autre dans les

Selon le directeur de projet de la SOCREG, Adama Demé, c'est quand les gens se sont rendu compte que l'opération devenait sérieux qu'ils ont commencé à s'intéresser à cette affaire.

provinces des Balé et du Mouhoun, sont devenues subitement riches, très riches même. Ces nouveaux riches ne manquent pas de faire étalage de leurs caprices et folies. Le paiement de la première tranche des sommes s'est effectué le 10 juillet 2008. Dès le premier marché qui a suivi cet événement (le marché de Wona), ce fut l'occasion pour les uns et les autres d'exhiber leur fortune : « Les assiettes, les plats et les vélos n'ont pas suffi », témoigne le premier adjoint au maire de Bana, Salifou Dao. Il n'est pas question de parler d'épargne ni à la banque, ni à la caisse populaire locale. «Seuls quelques consciencieux ont mis leur argent dans la caisse locale et d'autres à la succursale d'une banque. La majorité des gens a préféré rentrer chez elle avec son argent», indique M. Dao. La SEMAFO a dédommagé à 282 000 FCFA l'hectare de champ. Les uns et les autres ont connu des sorts différents : ceux qui exploitaient de grands espaces ont engrangé des sommes d'argent pouvant atteindre pour certains, neuf millions de FCFA. Les autres se situent dans la fourchette de 200 000 FCFA à 500 000 FCFA. Mais ils ont eu tous, plus ou moins, la même réaction face à l'argent : la concurrence dans les achats de motocyclettes, de postes téléviseurs, de postes radios, de plaques solaires, de plats de haute qualité, de pagnes bazin... Les gens qui ne se sont pas lancé dans l'achat de biens immobiliers ont démontré leur force de frappe dans les cabarets et les buvettes. Les autres, ceux qui ont pensé aux lendemains difficiles, ont investi dans des charrues, des bÅ"ufs, dans la construction des maisons, etc.

«Ã‡a fait notre affaire», déclare un commerçant de motocyclettes

Adama Traoré, cultivateur à Wona, a empoché 500 000 FCFA de dédommagement. Il regrette l'usage qu'il en a fait : «J'ai acheté une mobylette et un bÅ"uf. Le13 août 2008, plus rien. J'ai dû ajouter de l'argent de ma poche afin de pouvoir effectuer mes dépenses». Modou Zina, un autre cultivateur du village de Wona a été plutôt prudent dans les dépenses. Il a été dédommagé à hauteur de sept millions de FCFA pour son champ de 13 hectares et un verger de 46 pieds de manguiers. «J'ai conseillé aux enfants de ne pas gaspiller l'argent, mais d'acheter des charrues et des bÅ"ufs», confie-t-il.

En témoin averti et résigné, le major du Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) de Wona, Seydou Ouattara raconte : «Avec le dédommagement des populations, le niveau de vie a changé. Quand un d'entre eux se paie une motocyclette, son voisin l'imite». Et de poursuivre : «Deux jours après l'indemnisation, une boutique de vente de motocyclettes s'est installée à Wona. Au moins 50 motocyclettes ont été vendues dans le seul village». L'un des gérants du dépôt de vente des motos, Daouda Séré explique : «Nous avons appris que les cultivateurs ont reçu leur argent. C'est pour cela que nous sommes venus nous installer à Wona. ça fait notre affaire. Par jour, on peut vendre deux à trois motocyclettes. C'est encore plus intéressant les jours de marché de Wona ». Aux dires de ceux que l'odeur de l'argent de l'or a attirés à Wona, la motocyclettes, y compris la carte grise, coûte 500 000 FCFA sur place. Selon M. Séré, ce même engin coûte entre 375 000 FCFA et 425 000 FCFA à Ouagadougou. Il justifie la différence des prix en ces termes : « Le transport d'une mobylette de Ouagadougou à Wona revient à 5000 FCFA et la carte grise varie entre 22 000 et 25 000 FCFA». A entendre les uns et les autres, l'argent de l'or a vraiment entraîné un changement du rythme de vie dans la localité. Certaines sources bruissent qu'après l'indemnisation, plus de 100 motocyclettes ont été vendues dans les sept villages. Le protocole du préfet et du maire de la commune rurale de Bana, Kassa Padiéni le confirme, non sans humour. «Avec le dédommagement, les gens étaient très contents et ne faisaient qu'acheter des engins, des charrues, des bÅ"ufs, etc. La plupart a acheté de grosses cylindrées avec des roues larges et grosses. D'autres ont acheté des postes radios appelés "tête de lion"». Mais Kassa Padiéni est inquiet. Et pour cause : «L'avenir est à craindre parce que ceux qui ont été désintéressés, quand ils entrent dans les buvettes et les cabarets, ce sont eux qui parlent. Les autres n'ont pas droit à la parole. Ils se disent qu'ils recevront encore de l'argent l'année prochaine et n'ont donc rien à craindre».

Les paysans n'ont plus de terre pour cultiver

Tout comme l'argent de l'or qui a "chié" sur les populations de Wona, Yona, Somona, Dangouna, Fofina, Bissa et Bana, les problèmes et les angoisses s'abattent également sur eux. Très vite, après l'indemnisation, surgissent des plaintes, des désaccords, des inquiétudes et autres malentendus. Le premier adjoint au maire de Bana, Salifou Dao donne le ton : «Le problème, c'est qu'ils ont pris la terre avant de venir discuter des modalités de réparation». Aussi, dans cette zone réputée grande productrice de coton et de céréales, les mots qui reviennent dans les causeries des cultivateurs sont : «Nous n'avons plus de terre pour cultiver».

La plupart des gens ont acheté de grosses cylindrées (...)

"Nous avons appris que les cultivateurs ont reçu leur argent et c'est pour cela que nous sommes venus nous installer à Wona", avoue Daouda Séré.

Le regret se fait sentir dans les propos du genre :

«C'est comme si nous avons rompu un pacte. Nos parents nous ont légué la terre et nous, à notre tour, nous l'avons vendue». Le conseiller municipal du village de Yona, Douin Lassina Gnanou est désemparé :

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«On a pris mes six hectares de terre cultivable et on m'a donné 2 725 000FCFA. Ce qui fait que je n'ai plus de champ». Pour lui, l'ouverture de la mine d'or a plutôt créé des problèmes dans sa localité, jadis tranquille. «Avant la construction de la mine d'or, je gagnais environ deux millions de FCFA par an dans la culture du coton. L'année dernière, à cause de la mine, je n'ai eu que 600 000 FCFA». Modou Zina de Wona se trouve dans la même situation. «Quand nous sommes allés chercher la terre ailleurs, ils nous ont dit de payer. Les propriétaires terriens veulent maintenant louer la terre à 100 000 FCFA l'hectare par an». Pour le major du CSPS de Wona, Seydou Ouattara, la situation est préoccupante : «Il faut craindre un conflit foncier, d'une part, au sein de la population, et d'autre part, entre les éleveurs et les agriculteurs car la grande superficie de terres cultivables est occupée». Deux villages ont été déplacés pour permettre le déroulement des travaux de construction de la mine. Le village de Somona a été totalement délocalisé et reconstruit par la SEMAFO. Quant au village de Dangouna, il a été déplacé à moitié et également reconstruit. Là- bas, comme dans les autres villages, les mécontents ne manquent pas.

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