Sidwaya (Ouagadougou)

Burkina Faso:Exploitation de l'or à mana dans les Balé et le Mouhoun : Leurres et malheurs des populations

Ali TRAORE

2 Juillet 2009


(Page 3 of 5)

Sur quel texte se fonder pour dédommager quelqu'un à qui on prend la terre au Burkina Faso? Les dirigeants de la SEMAFO et de la SOCREG (chargée du dédommagement des populations et des études environnementales) n'ont pas trouvé de réponse à cette interrogation au moment de passer à l'indemnisation de ceux qui ont été dépossédés de leurs terres. Pour le directeur de SOCREG, Adama Demé, quand sa structure pilotait le processus, il n'y avait pas de disposition légale au Burkina en matière de désintéressement des propriétaires terriens. «Il n'y a pas de loi, ni de règlement, ni de texte là-dessus. Alors, qu'est-ce qu'on fait»? Face à ce vide juridique, il indique qu'ils se sont inspirés des directives de la Banque mondiale. Ces directives stipulent que si vous prenez la terre à quelqu'un, il faut la remplacer par une autre terre. C'est le principe de la terre contre la terre. «Or, dans la zone de Mana, il n'y a pas de terre en remplacement.», confesse Adama Demé. Pour la Banque mondiale, dans le cas contraire, il faut un paiement juste et équitable qui permet la restauration des revenus, explique- t-il. «Le problème est qu'il n'y a pas de texte. Aux Travaux publics (TP) par exemple, si une route passe dans le champ de quelqu'un, on s'arrête là- bas, on calcule et on lui donne 15 000 FCFA...». De tâtonnement en tâtonnement, une solution a été trouvée pour indemniser les populations de Mana. «Nous nous sommes dit, comme la durée de vie de la mine est à peu près de huit ans, on va essayer d'être équitable. Nous avons demandé à la mine de payer au moins cinq ans, la valeur productive des champs retirés», a fait comprendre M. Demé. Après toute cette gymnastique pour parvenir à cette solution, M. Demé révèle qu'on leur a reproché, au cours d'une commission nationale des mines, d'avoir surpayé les terres. «Des Burkinabè nous ont critiqué disant que c'était trop cher payé. J'ai soutenu que c'est bien ainsi. Mais si le Burkinabè pense qu'on donne trop d'argent à son frère, c'est son problème. Lui, il est un fonctionnaire, il a un salaire à la fin du mois. Le paysan, lui, n'a que sa terre. S'il la perd, il a tout perdu. Quel que soit l'argent qu'on lui donne, ça ne peut pas compenser cette perte», soutient-il. Celui-ci sait de quoi il parle. « En 2000, j'ai participé à une opération de ce genre au Niger. La famille du chef d'un village a perçu 100 millions de FCFA. J'y suis reparti au mois de mars 2008, il n'y avait plus rien. Huit ans après, on ne dirait même pas que cette famille a reçu un copeck», témoigne-t-il. L'autre vide à combler et qui a causé des difficultés est le manque de textes précisant clairement qui dédommager, l'exploitant de la terre ou le propriétaire terrien. «Il y a des gens qui sont venus lors des enquêtes nous dire : un tel n'est pas le propriétaire de ce champ. C'est mon grand père qui lui avait donné la terre à cultiver», explique Elie Justin Ouédraogo. «Dans notre démarche, ce n'est pas le propriétaire qu'on dédommage, mais celui qui exploite la terre. Les vrais propriétaires sont donc mécontents car ils n'ont pas eu grand-chose», fait-il savoir. A ce stade, laisse observer M. Ouédraogo, on estime que la terre appartient à l'Etat. L'administrateur, directeur national de la SEMAFO pense que ceux qui ont perdu leurs terres et qui n'ont pas cherché tout de suite des champs, auront du mal à acquérir de nouveaux champs «Parce que maintenant, les gens ne vont plus se contenter de dire, donne- moi un poulet et va cultiver...» Concernant le montant total des indemnités, «Nous sommes pratiquement à plus d'un milliard deux cents millions de FCFA (1 200 000 000 de FCFA) qui doivent être débloqués», mentionne Adama Demé. « Nous avons opté de payer les gens en trois tranches car nous estimons que ce serait dangereux de remettre le montant total de la compensation à chacun, en une seule traite», justifie- t-il. Ainsi, tous les montants inférieurs à 500 000 FCFA, ont été réglés en une seule tranche (la première). Tous les montants dus, compris entre 500 000 FCFA et

2 500 000 FCFA ont connu un règlement de 500 000 FCFA à la première tranche et le reste à la dernière tranche. Les indemnités supérieures à 2 500 000 FCFA sont payées en trois tranches dont 20% pour la première tranche, 40% pour la deuxième et 40% pour la dernière. Selon Omar Traoré, la somme totale versée aux populations à la première tranche se chiffre à plus de 407 millions 106 mille FCFA.

«Le tout n'est pas de donner de l'argent aux gens»

Pour Adama Demé, «L'essentiel n'est pas de donner de l'argent aux gens, il ne faut pas contribuer à leur paupérisation». Pourtant, c'est ce qui semble être le cas sur le terrain. Elie Justin Ouédraogo fait savoir : «Quand les gens n'avaient pas l'habitude de posséder une certaine somme et qu'ils se retrouvent subitement avec beaucoup d'argent, la propension à consommer et à dépenser est importante». Il espère que ceux qui achètent des motocyclettes, des postes téléviseurs, etc. ont déjà des champs. «Ce serait vraiment dommage que l'argent dont la philosophie de base est d'aider les gens à reconstituer les champs et les outils de production soit mal utilisé. Si l'argent n'a pas servi à cela, c'est vrai que nous serons face à un problème», s'inquiète M. Ouédraogo. Pour amoindrir les chocs qui pourraient survenir, les dirigeants de la SEMAFO ont élaboré un plan de développement local intégré des villages de la zone de la mine d'or de Mana. «Il s'agit de tirer des leçons de ce qui s'est passé ailleurs (Poura), non seulement en apportant du poisson aux populations, mais en leur apprenant surtout à pêcher», souligne M. Ouédraogo. L'autre enjeu de ce projet est la solidarité intercommunale. La zone de la SEMAFO est entourée d'une dizaine de villages. Cependant, les trois villages les plus concernés sont Wona, Kona et Bana. Wona qui est le lieu d'implantation de la mine relève administrativement de la commune de Bana.

Selon l'expérience des responsables de la SEMAFO, une telle configuration est souvent un terreau favorable à des conflits dès lors qu'un acteur extérieur est susceptible de modifier le rapport de forces à travers ses réalisations. Comme si c'était un projet prémonitoire, effectivement, le 24 mai 2009, le préfet de Bana, Jules Bamouni a révélé «Qu'il y a de petites querelles, même entre Somona et Wona. Chacun prétend que le site est dans son village. Peut-être que la mine a favorisé cela, mais selon mes informations,

"Il n'y a qu'une douzaine d'autochtones employés dans la mine", a souligné le maire de Bana, Kélétigui Mahama Coulibaly.

Liens Pertinents

il semble qu'un problème existe depuis longtemps entre Wona et Bana». Tout comme le préfet de Bana, le premier adjoint au maire qui est de Wona, Salifou Dao a laissé entendre que le conflit entre Wona et Bana est un vieux problème. «On est né trouver ça. Ce problème est indépendant de la mine», dit-il. Pourtant, les velléités de séparation de Wona et ses alliés de Bana est clairement affichée. Trois villages, à savoir Wona, Litena et Sinkona ont même déjà écrit au préfet de Bana pour demander leur séparation de Bana. Le village de Somona était associé au projet, mais s'est désisté. Au regard de la situation, le préfet de Bana est préoccupé : «Il s'agit maintenant de bien gérer la situation pour qu'il n'y ait pas de scission». Le maire de la commune rurale de Bana admet, en effet, qu'un plan de développement local était en cours d'élaboration. Mais Kélétigui Mahama Coulibaly reste ferme : «Il faudra que les infrastructures cadrent avec le niveau de vie des populations». A entendre M. Coulibaly, «Les gens nous envient avec la présence de la mine, mais concrètement, tout est laissé à l'initiative de la SEMAFO».

Page 3 of 5<12345>

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Burkina Faso

Rubriques