Sidwaya (Ouagadougou)

Burkina Faso:Exploitation de l'or à mana dans les Balé et le Mouhoun : Leurres et malheurs des populations

Ali TRAORE

2 Juillet 2009


(Page 5 of 5)

A.T.

Base de calcul pour l'indemnisation des cultivateurs

La commission de compensation et de déplacement dans le cadre du projet minier de Mana a tenu, le 23 juin 2008 dans l'enceinte du camp Bana de la SEMAFO, une rencontre sur le procédé d'indemnisation des cultivateurs. Cette base de calcul a été extraite du procès verbal de ladite concertation.

Chaque champ est divisé en trois parties selon les spéculations suivantes :

Coton = 50% ; mil et sorgho = 25% et maïs = 25%

* Le rendement moyen à l'hectare considéré est le suivant :

Coton = 2000kg/ha ; mil et sorgho = 800 kg/ha et maïs = 2000 kg/ha

* Le prix par kilogramme proposé est de :

Coton = 175 FCFA/kg, soit 350 000 FCFA/ha ; mil et sorgho = 140 FCFA/kg, soit 112 000 FCFA/ha et le maïs =110 FCFA/kg, soit 220 000 FCFA/ha

A titre d'exemple, pour un champ dont la superficie est d'un (1) hectare, la somme proposée est la suivante :

* Coton = 175 000 FCFA + mil et sorgho =28 000 FCFA et le maïs = 55 000 FCFA, soit un total de 258 000 FCFA.

Il faut noter que la commission a suggéré que le prix du kilogramme de maïs et du mil et sorgho soit de 150 FCFA.

Pour ce qui concerne les vergers, les bases de calcul sont les suivantes :

* Prix d'achat du plant = 500 FCFA

* Transport plantation = 250 FCFA

* Entretien = 250 FCFA

Soit un prix de revient total de 5 250 FCFA considéré pour les cinq ans par arbre

A.T.

Commentaire

Plus de transparence dans l'exploitation aurifère

Le Premier ministre, Tertius Zongo, lors de l'inauguration de la mine d'or de Kalsaka disait : «Chaque fois que je viens à l'inauguration d'une mine, j'ai beaucoup plus d'interrogations que de solutions». Pour le moment, les mines d'or ne semblent pas constituer une opportunité pour le plus grand nombre de Burkinabè. Ce ne sont pas les populations de Mana et des villages environnants qui diront le contraire. Elles qui étaient sur des nuages et qui commencent à redescendre douloureusement sur terre. Elles se rendent compte que tout ce qui brille n'est pas de l'or et qu'elles verront l'or briller, mais n'en profiteront pas forcément. Elles se sentent donc trahies. Au moment où l'activité minière est florissante au Burkina Faso, il faut nécessairement de la transparence et de la concertation afin que l'or profite à tous. Il est, en effet, inconcevable d'aller prendre les mesures du champ d'autrui en son absence et de lui affecter des superficies arbitraires. Il y a lieu de comprendre les populations de Bana et ses environnants qui se plaignent de ces manquements de la SEMAFO. Il est aussi inadmissible que des populations d'une localité se mettent à penser qu'ils doivent tous être embauchés par la mine qu'on ouvre dans leur région. Cela a des relents régionalistes qui peuvent mettre en danger la cohésion et l'unité nationale(...) Les habitants de Bana et autres devraient revoir leurs cahiers de doléances en comprenant que priorité ne veut pas dire égocentrisme. Il serait plus judicieux de concevoir des projets de développement durables à soumettre à la SEMAFO pour un accompagnement. De même, il est inutile de créer des conflits entre les villages, soi-disant que l'un est devenu subitement riche et demander sa séparation de sa tutelle administrative. Que gagne Wona en se séparant de Bana ? Ces populations sont-elles au courant du désastre humain et social ce qui est arrivé à Poura qui, à cause de la mine d'or, s'est séparé de Fara devenant un département, avec la complicité des dirigeants de la défunte SOREMIB? Ce serait un gâchis si l'administration acceptait parrainer ce projet de scission. Bana et Wona, c'est la même famille, ce sont moins de cinq kilomètres qui séparent ces deux villages(...) Tout compte fait, il appartient aux responsables de l'exploitation minière d'éviter de faire des promesses irréalistes lors des ouvertures des mines. Aussi, pour plus d'honnêteté et de clarté, il sied de combler les vides juridiques. Dire de façon réglementaire, à combien revient l'hectare de terre que l'on prend à quelqu'un au Burkina Faso. Cela mettra fin aux spéculations hasardeuses et profitables aux plus forts et plus éclairés du moment. Déjà que la durée de vie d'une mine tourne autour de dix ans et que l'après mine engendre toujours des inquiétudes pour les populations, il n'est pas acceptable de laisser les compagnies minières, faire à leur tête. Le Premier ministre, Tertius Zongo le dit si bien : « Pour l'instant, c'est une bonne chose de voir l'existence de ces mines, mais à mon sens, il faudra s'interroger sur comment s'organiser pour transformer cette opportunité en un développement structurel et durable». Pour le moment, effectivement, ce n'est pas encore le cas et il faut agir vite avant qu'il ne soit pas trop tard.

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A.T.

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