Monda Bakoa
2 Juillet 2009
Pour ainsi dire, c'est sur une liste additive qu'apparaît le nom de Paul Biya dans le rapport du Comité catholique contre la faim et pour le développement (Ccfd-Terre solidaire).
Cette Ong indexant les chefs d'Etat africains coupables à ses yeux d'enrichissement illicite, avait publié sa première liste il y a deux ans. Cette liste A, on se souvient, renfermait les noms des présidents Obiang Nguema Mbasogo, Denis Sassou Nguesso et Omar Bongo Ondimba (de regrettée mémoire). Pourquoi le nom du chef de l'Etat, qui ne figurait pas dans cette liste originelle, se retrouve-t-il dans la liste additive ? Tout le monde sait ce que représente une liste additive dans un concours ou dans un autre domaine. La réponse à cette question est contenue dans le rapport de circonstance de Ccfd-Terre solidaire : «Déçus, voire vexés de ne pas trouver Paul Biya dans l'étude sur les biens mal acquis que nous avons publiée en 2007, des associations, syndicats et journalistes camerounais se sont penchés sur la question » (Sic !).
On reconnaîtra au moins à Ccfd-Terre solidaire son honnêteté intellectuelle, qui dans son étude ne trouve rien à reprocher à Paul Biya, d’avouer que son «rapport additif » est la contre «étude» ou bien « l’enquête » faite par des journaux locaux et autres syndicats. Des journaux dont beaucoup de lecteurs camerounais n’apprendront l’existence que par le rapport de Ccfd-Terre solidaire. Là où cette Ong aura du mal à se justifier, par contre, c’est sans doute d’avoir cautionné et de s’être en quelque sorte fait le porte-voix des déclarations de ces journaux qu’il refuse de s’approprier si l’on en juge par sa propension à. chausser des gants par l’usage du conditionnel et des guillemets. Ces précautions ne constituent-elles pas un manteau de Noé pour cette Ong qui consciente de la délicatesse du sujet refuse de se dévoiler ? S’agissant d’un chef d’Etat contre lequel on jette l’anathème et d’un pays qui se bat pour sortir du sous-développement, le sujet est trop grave, en effet, pour qu’on s’y aventure sans apporter des faits irréfutables, fût-ce avec le bouclier du conditionnel. Ce mode de conjugaison étant par excellence, celui qu’utilisent les chercheurs pour émettre des hypothèses ou les journaux pour évoquer des faits dont la véracité n’est pas totalement établie. Quelques morceaux choisis du rapport de Ccfd-Terre solidaire : « Selon les journalistes de Germinal en 2008, « Paul Biya serait aussi actionnaire de plusieurs sociétés… » ». Plus loin : « Le leader de l’opposition John Fru Ndi aurait ainsi accumulé une fortune de plus de 125 millions de dollars, dont « plus de 70% de l’argent provient de ses deals avec le chef de l’Etat camerounais en fonction », en particulier entre juin 2002 et 2005 ». John Fru Ndi a nié ». N’empêche ! L’Ong fait ressortir ces allégations sans qu’un fait nouveau tendant à prouver une collusion entre le président et le leader de l’opposition soit rapporté.
Les accusations portées au conditionnel ne s’arrêtent pas là. On peut , en effet, lire plus bas : « Le journal The African Independant estime que le fils du président, Franck Biya, a un rôle-clé dans la gestion du patrimoine familial. Il gagnerait selon ce quotidien, « 9 milliards de F cfa dans la mafia du bois » ». Encore le conditionnel : « le fils Franck serait propriétaire à Roquebrune-Cap-Martin (..) de la magnifique « Villa Isis ».
Cette prudence dans le langage, cette volonté de se démarquer de ses sources montrent que Ccfd-Terre solidaire sait très bien ce qu’il fait, sans dire pourquoi il le fait. En fin de compte, son rapport ressemble étrangement à une revue de presse consacrée à des titres qu’un exégète des médias camerounais appelle « la presse à gages ».
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