Par Marie-Claire Nnana
2 Juillet 2009
Au petit jeu des paris sur le moment probable du dernier remaniement, les Camerounais ont une fois encore été perdants.
Le président de la République, comme d'habitude, a déjoué tous les pronostics, et choisi un mardi, en pleine clôture de la session parlementaire de juin, pour lâcher sa «bombe». Un nouveau gouvernement est donc sur les rails depuis mardi, avec aux commandes, un nouvel homme. Sans prétendre en donner ici une grille de lecture définitive, on peut déjà remarquer que ce réaménagement ministériel s'articule autour de trois piliers :
Le premier : un subtil dosage entre les hommes d'expérience et les technocrates. Que ce soit au gouvernement ou dans l'entourage présidentiel, on constate, autour des « barons » installés ou rappelés à leur poste, la cooptation ou la montée en puissance de jeunes cadres qui se distinguent par le talent et le mérite dans leur domaine de compétence. Une telle configuration ne peut s'expliquer que par l'option claire de l'obligation de résultats assignée par le président Biya à ce gouvernement, en pleine crise économique mondiale et alors que les aspirations populaires au bien-être montent comme une lame de fond.
Le second : la stabilité des secteurs en charge de l'économie.
Un fait n'est pas passé inaperçu des observateurs. Le chef de l'Etat a gardé le statut quo dans les ministères en charge de l'économie. Par souci de continuité et au regard du contexte national et international, Paul Biya n'a pas voulu de chamboulement dans ces secteurs stratégiques. Ce qui est fort compréhensible au demeurant. Au lendemain de la fin du dernier programme économique avec le FMI, et alors que les grands projets infrastructurels, énergétiques et miniers sont en voie de finalisation, il était de bon ton de gérer dans la sérénité cette période cruciale.
Mais personne ne s'y est vraiment trompé. La promotion fulgurante des conseillers présidentiels dans ce domaine est la preuve que le président de la République entend, après avoir défini l'horizon économique, arbitrer et suivre de très près les grands choix économiques que le gouvernement est appelé à mettre en oeuvre.
Ce sentiment est renforcé par la nomination inédite d'un ministre délégué auprès du vice-Premier Ministre en charge de l'Agriculture. Une technocrate d'expérience appelée à étaler son savoir-faire. On a bien noté au cours des derniers mois, et au fil de nombreux accords de coopération signés avec la Chine et la France en particulier, que l'agriculture avait pris une place de choix dans la stratégie globale de développement. Au vu des potentialités du pays dans ce secteur, et du spectre de la crise alimentaire, le Cameroun ne pouvait s'y soustraire.
Troisième pilier : le resserrement autour de sa base.
Même si l'ouverture politique de ce gouvernement est une réalité, avec l'entrée en scène de Issa Tchiroma, Président du Front pour le Salut national du Cameroun (FSNC) comme nouveau ministre de la Communication, aux côtés de l'UNDP et de l'ANDP déjà présents, il reste constant que, sans renier l'ouverture, le président de la République a resserré les rangs autour de sa base. Celle-ci étant entendue non pas comme une base électorale, mais comme un cercle de confiance, où priment le consensus, la loyauté, la fidélité. Les postes-clé au gouvernement comme à la présidence de la République restent, ou vont à des fidèles et à des barons. Le tournant économique spécifique, avec la sortie du sous-développement en ligne de mire ; l'opération d'assainissement des moeurs engagée avec l'opération Epervier ; la fin du septennat qui se profile, la décentralisation, les élections sénatoriales et les premiers pas d'Elecam, voilà autant d'événements et d'échéances qui commandent une parfaite maîtrise et un engagement sans faille.
Certains seraient alors tentés de conclure, au vu de ces derniers enjeux, que ce réaménagement est plus politique que technique. Qu'importe d'ailleurs ! Une chose est certaine : ce troisième gouvernement du septennat est comme les premiers au service d'un grand dessein: la politique des Grandes ambitions. Chacun des ministres doit considérer que le succès final dépend de lui, et que, comme le répète le chef de l'Etat lui-même, « le temps presse ». Pour les promus, le répit sera de courte durée : ils doivent déjà s'atteler à travailler pour donner aux Camerounais les fruits qu'ils se languissent de cueillir, après bien des années d'efforts et de sacrifices.
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