Yves Atanga
2 Juillet 2009
Petite chronique des jours ordinaires à la rédaction centrale de Cameroon Tribune.
Qu'y a-t-il de commun entre Monica Nkodo et Essama Essomba ? Rien à vrai dire, en dehors du fait que les deux journalistes travaillent dans la rédaction de Cameroon Tribune. Entre « l'enfant », arrivée au journal il y a seulement quatre mois et l'éditorialiste, le fossé de l'expérience professionnelle est énorme. Elle n'était pas née en 1974 quand paraissait le premier numéro de CT. Lui n'était qu'un simple stagiaire (eh oui, ça arrive à tout le monde !). Aujourd'hui personne ne verrait de mal à ce que la petite Monica N. donne du « Papa Essama » à son aîné. Mais elle, se contente d'un « Monsieur Essama » très poli. Un peu comme elle dit souvent « Monsieur Atanga », finissant de convaincre l'intéressé que la roue de temps n'arrête pas de tourner. Et qu'il ne restera pas éternellement le petit gars arrivé à la rédaction il y a quelques années.
Ainsi va la vie à la rédaction de Cameroon Tribune. Une cohabitation généralement pacifique entre des générations. Des gens comme Louis D. Edzimbi, qui ne se lasse pas de rappeler aux jeunes qu'eux, les anciens, ont passé des mois sans salaire lors des années difficiles. Et que, s'ils peuvent « se pavaner » et « tourner en rond » aujourd'hui, c'est aussi grâce à eux. Les fameux 45 jours sans CT sont souvent dépoussiérés pour étayer l'argumentaire. Mais ça ne se passe pas aussi facilement. Surtout lorsqu'en face, il rencontre le sens de la répartie d'un esprit comme Alliance Nyobia. Beaucoup de lecteurs du coup d'Griff' continuent à le prendre pour une jeune femme. Et on ne compte pas le nombre de désillusions que le gars a causé chez les admirateurs
Questions admirateurs, Jacques Bendié, le « photographe du président », n'a rien à envier à Alliance Nyobia. La rumeur dit qu'après des missions à l'Etranger avec le chef de l'Etat, l'homme a souvent fait le bonheur des abonnés de chez « Erico », un lieu de réhydratation par voie orale, très prisé à quelques mètres de la Sopecam. Aujourd'hui, on en parle au passé. Parce que Gilbert Tsimi Evouna est passé par là il y a quelques mois, semant la désolation dans les coeurs. Beaucoup ont porté le deuil. Mais on ne cite pas les contemporains.
Depuis, les déshydratés et les affamés ont dû convoquer de toute urgence, leur flair journalistique pour dénicher d'autres coins utiles pour évacuer le stress du quotidien. Demandez par exemple au trio Ndouyou Mouliom-Matia-Yufeh. Entre le poisson de Teki à Mvog-Atangana Mballa et le porc fumé de Mama Mbappe, quelque part à Mvog-Ada, les jeunes femmes ne meurent jamais de faim. C'est encore plus vrai en temps de vacances. Là, on ne se donne plus la peine. On envoie les stagiaires. Eric Elouga, récemment revenu à la rédaction centrale, est l'un des plus grands « envoyeurs ». Depuis que lui aussi se fait appeler « Monsieur » par les jeunes élèves-journalistes, il a pris conscience du pouvoir d'un chef de rubrique Société. Le jeune homme a dû ingurgiter pas moins de 25 demi-poulets rôtis depuis son retour. Avec mayonnaise et moutarde, s'il vous plaît !
Pression
Bref, les gens s'organisent comme ils peuvent pour chasser le stress et rechercher les batteries. Mais tôt ou tard, ils finissent par rencontrer sur leur chemin, celui que certains courageux appellent « le Rec blanc »- par opposition au « Rec noir », Augustin Fogang et au Rec adjoint, Laurent Abah. Martin Badjang ba Nken, il vaut mieux le croiser en mi-journée quand la pression est encore faible. On peut alors entendre son rire légendaire envahir l'ensemble du bâtiment. Quand le rédacteur en chef central est de bonne humeur, tout le monde est de bonne humeur. Mais à partir de 16h, c'est moins évident. A l'heure de pointe de la tombée de la copie, c'est sa voix grave qui appelle : « Bounya !! Liza !!! », « Eldickson !!!!! » ou « Elouga !!! » En général, ce n'est pas pour offrir des fleurs au concerné, qui répond par le désormais rituel « Oui Rec ! »
Qu'est-ce que vous croyiez ? La vie n'est pas simple à la rédaction. Un coup de fil furieux du DG, un droit de réponse, une conférence de rédaction pauvre. Et c'est le stress dès le matin. Il faut rectifier, rattraper, trouver l'ouverture. Il faut parfois que le directeur de la Rédaction, Abui Mama - qu'on sait pourtant non violent - y mette du sien : « On ne sort pas si on n'a pas d'ouverture ». On ne sait pas pourquoi, mais les regards se tournent alors instinctivement vers les éditorialistes. Les hauts-gradés de la maison se considèrent souvent comme les mal-aimés. Même parfois quand il faut écrire Regard. Mais les chefs de service aussi revendiquent ce statut. Toutefois, dans un camp comme dans l'autre, on est souvent très discret quand on reçoit une montagne de t-shirts lors de la fête du Travail, sous les regards envieux des simples reporters.
De toute façon, chacun a ses problèmes : avoir un bureau à la hauteur de sa signature, aller plus souvent en mission, pouvoir passer une journée sans travailler, bénéficier du téléphone de service, des repas froids plus réguliers, être nommé
Il arrive que des intérêts s'entrechoquent. Comme dans le véhicule de reportage, où les chauffeurs, à l'instar d'Armand Nsizoa, aiment bien marquer leur territoire ; à la salle de saisie, où il faut avoir les côtes solides pour tenir tête à la dame de fer, Mme Etoundi. Mais à la fin, tout le monde finit par s'entendre sur l'essentiel : produire Cameroon Tribune tous les jours. L'esprit de famille, c'est par exemple le dimanche, quand le Rec blanc suspend toute activité sérieuse et organise un « godet » pour « arroser » sa nouvelle Mercedes - la 7è de la rédaction, en passant. On découvre à l'occasion, que Rétin aurait pu faire un bon prêtre ; que Serge Kouam ne résiste pas à la sauce jaune ; que Brenda Yufeh ne boit pas seulement de l'eau. Et Abui Mama qui tient au respect strict du protocole au moment du départ des personnalités invitées. « Incroyable ! », dirait Ndzinga Amougou.
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