Propos recueillis par Essama Essomba
2 Juillet 2009
Le 1er juillet 1974, après un palpitant et périlleux « voyage au bout de la nuit », une vingtaine de jeunes Camerounais, diplômés de l'Ecole Supérieure de journalisme de Lille, de l'Ecole supérieure internationale de journalisme de Yaoundé et de l'Institut des sciences et techniques de l'information de Tunis ayant pour adjuvants trois assistants techniques français (MM. Jean-Louis Dariel, Daniel Flamant et Benoît Cartrisse) tentait la savoureuse et exaltante aventure, sans nul doute la plus périlleuse de leur existence : publier (à l'ère du Parti unique triomphant), un quotidien d'informations, à l'aune des canons universels des métiers (collecter, recouper, traiter puis diffuser, en toute objectivité, des faits socialement significatifs).
Il s'agissait donc à la fois de l'aventure d'une écriture (texte, photo, maquette) et de l'écriture d'une aventure (la marche courageuse du Cameroun, dans l'unité de la paix, vers les chemins escarpés et sinueux du progrès économique, social et culturel). Et il y avait moult cerbères tapis dans l'ombre, mais vigilants. Ils n'avaient de cesse qu'ils n'aient relaté, à qui de droit, les écarts éventuels de ces « jeunes importuns » par rapport à la ligne éditoriale (Henri-Paul Bolap ironisait, en privé bien sûr : « s'agit-il de la ligne d'une fille qui ne veut pas prendre du poids ? »).
Votre humble serviteur avait la délicate mission de coordonner (pendant trois mois) la rédaction du quotidien bilingue ; puis ce fut le temps de deux journaux séparés (une édition française que j'étais chargé de superviser et une édition anglaise managée par M. Peter Mabu, aujourd'hui DGA de la Sopecam). L'administration était gérée par un président du conseil d'administration (M. François Sengat Kuoh, SGA à la présidence de la République), un Directeur général (M. Florent Etoga Eily) et un Directeur-rédacteur en chef (M. Engelbert Ngog Hob). La Sopecam n'existe pas encore (elle fut créée en 1977) ; en revanche, le journal était administrativement géré par la Société Camerounaise de publications (Société d'Economie mixte) et techniquement édité par la Société AGRACAM que dirigeait M. Zambou Zoleko.
Les flamboyants hérauts journalistiques de cette période héroïque portent des noms bien connus : Jean-Pierre Biyiti bi Essam (chef de la rubrique étrangère, après Jean Ngandjeu ; il sera promu plus tard chef du département journal après la création de la Sopecam), Paul-Célestin Ndembiyembe Bakoumé (chef de la rubrique des sports, après Etoundi Bibegele, il sera nommé DG de la Sopecam sous le Renouveau), Marc-Joseph Omgba Etoundi (chef de la rubrique nationale, après M. Biyiti bi Essam ; il occupera les fonctions de chef du département journal, après la création de la Sopecam et avant M. Vamoulké), Joseph Bela Nga (chef des informations nationales, après Jean Mboudou, puis secrétaire de rédaction) ; Patrice Nyano (chef de la rubrique étrangère dès le 1er juillet 1974), Jean Ngandjeu (chef de la rubrique étrangère, après M. Nyano), Denis Lafon (chef de la rubrique des sports, langue anglaise), Jenkis Mote (chef de la rubrique sports, langue anglaise) ; des reporters (Casimir Datchoua Soupa, Julie Bassega, Henri-Paul Bolap, Joseph Fotso Mabouop, Martin Che, Valentin Nga Ndongo, Joseph Fotso, Ndinga Ambe, Mouasso Priso) ; une batterie de secrétaires de rédaction (Martin Soua Ntyam, Owona Alexandre, Mvé Mintsa, Luc Kouamo, Achille Hanglog, François Kamsu Tchuenkam etc.), des photographes (Clément Tjomb, Jean Gaston Andang), un documentaliste (Dominique Tchokonté) et bien d'autres, non moins engagés et intrépides.
Au plan du contenu, c'était la période de la « démocratie gouvernante » et donc, de l'autocensure exacerbée. Le journaliste devait éviter d'égratigner l'ordre établi, en s'armant de sa plume, de son typomètre (outil servant, en ces temps-là, à mesurer la surface des textes à imprimer) ou de son appareil photo. Naturellement, il y avait souvent des chausse-trappes : comment relater (tenez-vous bien) un déraillement à Belabo ou, qui pis est, le meurtre d'un diplomate grec à Yaoundé ? Ou l'on se tait (et l'on viole les sacro-saintes lois du métier), ou l'on s'aventure dans ce marécage et le risque est grand d'être englouti par des sables mouvants.
L'épée de Damoclès était là et la chape de plomb omniprésente. Mais, n'exagérons rien : tout n'était pas si ténébreux. Le journaliste était, avant tout, un soldat du développement, un éducateur du peuple, un instituteur des adultes. Le métier se pratiquait assez aisément, pour autant que l'on s'accommodât de certaines précautions stylistiques (litotes, euphémismes). Et, somme toute, ce fut une période fort édifiante et enrichissante. L'on mesure facilement le chemin parcouru, depuis l'avènement du Renouveau (Paul Biya), dans le sens de la liberté de la presse et de la démocratie réelle. En regrettant le « bon vieux temps », on n'abhorre point le présent.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2009 Cameroon Tribune. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.