Cameroon Tribune (Yaoundé)

Cameroun: Les 35 ans de Cameroon Tribune - 45 jours de grève, 45 jours sans CT

Badjang Ba Nken

2 Juillet 2009


Le passage de deux quotidiens à un seul de 8 pages et le licenciement des deux tiers du personnel de l'entreprise ont également marqué la décennie de crise.

Loin d'avoir été un long fleuve tranquille, les 35 ans de Cameroon Tribune ont été émaillés de périodes difficiles qui, fort heureusement, n'ont pas donné un coup d'arrêt définitif à un projet qui passionne et qui continuera encore de passionner des nombreuses générations de journalistes. La plus remarquable de ces périodes de turbulence se situe dans la décennie 1989-1999 au cours de laquelle Cameroon Tribune n'a pas paru pendant 45 jours et plus de deux tiers des personnels de la société de presse et d'éditions du Cameroun (SOPECAM), entreprise éditrice de ce quotidien licenciés pour des raisons économiques.

Tout s'emballe dans la deuxième moitié des années 80, en raison des difficultés de trésorerie de l'Etat, actionnaire unique de la SOPECAM. Durement frappé par la crise économique mondiale, l'Etat qui est obligé de s'ajuster ne peut plus tenir tous ses engagements. Les subventions jusque-là régulièrement versées à la SOPECAM commencent à baisser et même à se faire rares. En 1989 l'Etat signe un contrat de performance avec l'entreprise éditrice de Cameroon Tribune, pour l'assainissement du fichier du personnel jugé pléthorique et la remise à jour des équipements de l'entreprise aux frais de l'unique actionnaire.

Faute de moyens, l'Etat a du mal à tenir ses engagements. Entre-temps les arriérés de salaires s'accumulent, l'outil de production continue à se dégrader, au point que produire une édition de Cameroon Tribune devient un exploit. On salue alors régulièrement « la magie de nos ingénieurs qui nous permet de réaliser des miracles au quotidien ». Las d'attendre l'acquisition de nouveaux équipements et ne pouvant plus supporter de percevoir de temps en temps un tiers, la moitié ou deux tiers du salaire, le personnel décide d'user de la méthode forte pour se faire entendre en observant en juillet 1992 un arrêt de travail à durée indéterminée. Les actions entreprises tant par le directeur général que par les ministres de la Communication et du Travail ne réussissent pas à infléchir la décision du personnel.

Fait intédit dans l'histoire du quotidien Cameroon Tribune, en raison de la grève, il ne paraît pas pendant 45 jours. A la grande satisfaction de ses concurrents qui ne boudent pas leur plaisir à deux mois de l'élection présidentielle prévue en octobre 1992. Après de nombreuses tractations et le paiement de quelques mois d'arriérés de salaires, les personnels reprennent du service, en raison notamment de l'imminence de l'ouverture de la campagne électorale dont ils ne tiennent pas à rater la couverture médiatique.

Malgré la reprise, la situation de l'entreprise ne s'améliore pas. Bien au contraire ! 1993, le volet du contrat de performance de 1989, relatif à « l'assainissement du fichier du personnel » est mis en oeuvre. La SOPECAM « licencie pour des raisons économiques, ». Elle ne garde que 139 employés sur le 500 qu'elle comptait alors. La situation est d'autant mal accueillie par le personnel que le paiement des droits est renvoyé à plus tard, les fonds prévus à cet effet n'ayant pas été débloqués.

Pour ceux qui restent et qui doivent travailler deux à trois fois plus qu'avant pour sauver l'entreprise, les choses ne s'arrangent guère. Le personnel finit par accumuler neuf mois d'arriérés de salaires. L'on passe de deux quotidiens (l'un en français et l'autre en anglais) à un quotidien bilingue de 8 pages.

En 1999, est signé un contrat d'objectif minimum entre l'Etat et la SOPECAM, contrat qui permettra la réhabilitation et l'achat de quelques équipements, conduisant l'entreprise et Cameroon Tribune au début des années 2000 dans l'ère du renouveau technologique.

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