Propos Recueillis Par Séni Dabo (traduction En Anglais : Sy Siaka)
1 Juillet 2009
interview
Il n'y a pas uniquement des cardiologues burkinabè qui ont participé aux 3es Journées scientifiques de la Société de cardiologie du Burkina (SOCARB) qui se sont tenues du 29 juin au 1er juillet 2009 à Ouagadougou. Des sommités de la cardiologie venues d'autres pays africains et non africains ont été aussi de la partie. Parmi elles, il y a eu le professeur Gian Paolo Littaru. Cet Italien est chercheur depuis près de 40 ans sur la coenzyme Q10, une substance produite par l'organisme et qui est essentielle à la production de l'énergie interne. Pr Littaru est également le président de l'Association internationale de la coenzyme Q10. Nous l'avons rencontré le jour de l'ouverture des 3es journées et la veille de la communication qu'il a donnée à l'occasion. Il a été question dans l'entretien qu'il nous a accordé, de la coenzyme Q10 et de son association.
Quel est l'objet de votre présence au Burkina ?
Pr Gian Paolo Littaru : J'ai été contacté par M. Sy Siaka au mois de février 2009 qui a lu certains articles sur la coenzyme Q10. Il m'a invité au Burkina pour participer aux 3es Journées scientifiques des cardiologues, et cela pour parler de la coenzyme Q10. Ma communication à la rencontre a lieu le 30 juin (NDLR : le thème porte sur "Déficience en coenzyme Q10 et maladies cardio-vasculaires"). Je voudrais en quelques mots dire que la coenzyme Q10 est une substance naturelle qu'on trouve dans l'organisme. On peut également l'apporter à l'organisme par l'alimentation ou sous forme de compléments. Le rôle de la coenzyme Q10 dans notre métabolisme est très important. Elle est essentielle à la production de l'énergie dans l'organisme ; elle est en même temps un puissant antioxydant. Il faut savoir que beaucoup de processus oxydatifs sont impliqués dans la genèse de beaucoup de maladies. Cela veut dire que contrôler le stress oxydatif, au regard de son implication dans la genèse de beaucoup de maladies, est très important pour freiner le processus de ces maladies. S'il y a un domaine où la coenzyme a fait l'objet d'études particulièrement intéressantes, c'est bien celui des maladies cardio-vasculaires. Notre dernière étude à l'université où je suis a démontré que la coenzyme Q10 peut améliorer le fonctionnement de l'andethélium (paroi interne des vaisseaux). Cet organe produit une substance, l'oxyde nitrique, qui permet aux vaisseaux d'être souples. Le stress oxydatif bloque la production de l'oxyde nitrique et entraîne le mauvais fonctionnement de l'andethélium. Tout ce qui protège nos vaisseaux, les artères et les artères coronariennes, c'est-à-dire les artères du coeur, a une forte implication dans l'ischémie qui est une forme de problème cardio-vasculaire.
Est-ce la première fois que vous venez en Afrique pour une rencontre de cardiologues ?
Oui, c'est la première fois que je viens en Afrique pour donner une communication à une rencontre de cardiologues. Et cette invitation doit être un déclic pour le début d'une collaboration avec l'Association des cardiologues burkinabè. Nous serons heureux de mettre sur pied des protocoles communs dans le sens d'études dans le domaine de la coenzyme Q10. Je suis convaincu que si les cardiologues burkinabè acceptent le message, perçoivent les effets bénéfiques de la coenzyme Q10, cela va s'étendre aux autres pays du continent.
Pourquoi vous vous intéressez maintenant à l'Afrique alors qu'il y a près de 40 ans que vous menez des recherches sur la coenzyme Q10 ?
La raison est toute simple : la coenzyme n'est pas la propriété des multinationales pharmaceutiques parce qu'elle est une substance naturelle qui ne peut pas faire l'objet d'un brevet. Cela n'intéresse donc pas les grandes firmes. C'est une affaire d'universitaires jusque-là. Laissez-moi vous dire qu'il y a eu des études de base en Egypte mais on n'y a pas encore commencé à prescrire la coenzyme Q10 aux malades.
Comment comptez-vous faire pour promouvoir la coenzyme Q10 en Afrique ?
Il faut que les cardiologues, les médecins l'essaient sur place pour voir les résultats. Il faut qu'ils la prescrivent aux malades pour se convaincre de ses effets bénéfiques. La diffusion des messages sur la coenzyme Q10 pourra alors commencer en ce moment. En dehors de l'Afrique, la coenzyme Q10 est connue ailleurs. Par exemple, la coenzyme est utilisée depuis 35 ans pour le traitement des problèmes cardio-vasculaires au Japon. Aussi, il y a des milliers de publications sur la coenzyme Q10 qui couvrent aussi bien le domaine de la science fondamentale que celui de l'application clinique. Les praticiens africains en général et burkinabè en particulier ont intérêt à jeter un coup d'oeil sur ces publications, les travaux faits ailleurs, et voir maintenant comment les adapter sur place.
Ne craignez-vous pas la résistance des firmes pharmaceutiques qui pourraient ne pas voir d'un bon oeil la promotion de la coenzyme Q10 en ce qu'elle peut concurrencer certains de leurs produits ?
Comme je le disais tantôt, les firmes pharmaceutiques ne s'intéressent pas à la coenzyme Q10 ; il n'y aura pas d'antagonisme. Par exemple, on sait aujourd'hui qu'en associant la coenzyme Q10 à la prise d'un produit conçu pour baisser le taux de cholestérol, on atténue les effets secondaires du produit en question. L'association de la coenzyme Q10 aux médicaments conventionnels présente un intérêt pour les patients en ce qu'elle permet de diminuer les durées d'hospitalisation, d'améliorer la qualité de vie des patients.
La coenzyme Q10 est-elle le remède miracle aux maladies cardio-vasculaires ?
La coenzyme Q10 peut aider à soigner ces maladies mais elle n'est pas un remède miracle. Sur le plan du fonctionnement de base, la coenzyme est un élément qui contribue, qui a sa place dans le bon fonctionnement du coeur. C'est son absence qui peut poser problème.
Quel rôle joue le stress oxydatif dans la survenue des maladies cardio-vasculaires ?
Un des intérêts de la coenzyme Q10 est qu'elle agit sur le stress oxydatif et permet de le contrôler. La coenzyme est un antioxydant spécial produit par l'organisme. Notre organisme a la capacité de régénérer la forme active de la coenzyme Q10.
Parlez-nous de l'Association internationale de la coenzyme Q10 que vous dirigez. Quels sont ses objectifs ?
L'association a été créée il y a une douzaine d'années pour maintenir le lien entre les scientifiques qui font de la recherche sur la coenzyme Q10, favoriser les échanges entre les chercheurs, promouvoir la recherche sur la coenzyme Q10, rendre compressibles par le plus grand nombre les messages sur la coenzyme Q10, etc. L'association est aussi en contact avec les firmes qui fabriquent et commercialisent la coenzyme Q10 et qui soutiennent également son action. Ces soutiens sont utilisés pour la recherche. L'association a également pour objectif de diffuser la bonne information sur la coenzyme Q10.
L'association a-t-elle des partenaires en Afrique ?
Nous pensons commencer par le Burkina et nous étendre par la suite sur le continent. C'est important d'établir un contact avec l'Afrique à partir du moment où certains pays ont des carences nutritionnelles qui ne permettent pas la synthétisation par l'organisme de la coenzyme Q10. En ce moment, il faut une supplémentation en nutriments et cofacteurs que l'alimentation n'apporte pas pour aider l'organisme. Il faut savoir que ce qu'apporte l'alimentation en temps normal, c'est beaucoup de vitamines, et ce que l'on appelle cofacteurs. Ici, la vitamine clé est la vitamine B6 que l'on trouve par exemple dans la viande, les légumes verts. Des études ont même montré que la déficience en vitamine B6 entraîne une déficience en coenzyme Q10.
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