Souley Onohiolo
2 Juillet 2009
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Comment appréciez-vous l'Opération Epervier et les différentes arrestations ?
Je doute fort bien que l'Opération Epervier soit menée sincèrement, telle qu'elle devrait l'être. Je suis l'un des tout premiers commissaires en charge des grandes arrestations du 21 février 2006. C'est à ce titre que je tiens tout d'abord à informer les Camerounais que Biya n'est en rien l'instigateur de cette opération mains propres. L'homme est resté fidèle à sa logique d'individu complaisant et permissif durant 27 ans de règne. Les listes dont il est question sont venues des Etats-Unis envoyées par le président Bush qui voulait démanteler les réseaux de financement de Al Qaïda à travers le monde. Les services secrets américains (Cia et Fbi) ont été surpris d'identifier un groupe d'individus hyper fortunés originaires d'un petit pays d'Afrique qui passe son temps à demander de l'aide.
Lorsque Biya reçoit la liste des mains de l'ambassadeur américain en fin 2005, il soustrait un certain nombre de noms de personnes qui lui sont très proches puis confie la liste à Jean-Marie Atangana Mebara, ci-devant Secrétaire général à la présidence de la République, qui à son tour fait la même chose. Il ne restera sur la liste que les noms des personnes n'ayant pas de parrain au coeur du pouvoir. A ce que je sache, si arrestations il doit avoir, les chambres privées du palais d'Etoudi ne seront pas épargnées.
Est-ce à dire qu'il y a d'autres détourneurs encore en liberté ?
Oui ! Les vrais pilleurs de la République se promènent librement dans les rues du Cameroun. Et même, ceux que vous croyez être en prison sortent de temps à autre pour rendre visite à des particuliers ou passer des nuits dans leurs résidences. Ceci fait partie de la stratégie de Biya pour apaiser lesdits prisonniers afin d'éviter un déballage qui pourra à n'en point douter le compromettre. Au même moment, il se joue du peuple en lui faisant croire qu'il sévit. Ainsi, il prépare habilement les prochaines échéances électorales.
Pensez-vous que le président Paul Biya doit aussi être une cible de l'Opération Epervier ?
Bien évidemment ! J'ai géré de grands dossiers d'Etat. S'il y a un nom qui est revenu régulièrement dans les transferts d'argent, c'est celui de Biya et de son ex-directeur de Cabinet civil, le fameux sous-préfet (Alain Edgar Mebe Ngo'o).
Vous avez été un proche de Gilbert Andzé Tsoungui, ancien vice-Premier ministre, qui vous considérait comme son fils adoptif. Quel genre de collaborateur était-il pour Biya ?
Par respect pour sa mémoire, j'aimerais éviter de polémiquer. Cependant, je ne peux m'empêcher de dire que ce grand commis d'Etat avait de l'amour pour le peuple camerounais et pensait que les Camerounais méritaient plus que ce qu'ils reçoivent. Permettez-moi d'apporter une précision : Andzé Tsoungui n'a jamais milité pour le parti au pouvoir, le Rdpc. Il a toujours évité d'apparaître aux réunions publiques de ce parti.
Avait-il des regrets ? Si oui, qu'est-ce qu'il vous a dit sur Biya ?
Des regrets, il m'en a confiés plusieurs. Pour l'instant, je ne peux évoquer qu'un seul. Celui du ministre des Forces armées qu'il était le 08 avril 1984, deux jours après la tentative du coup d'Etat manqué qu'il avait réussi à mater.
Alors que Paul Biya se trouvait encore dans sa cachette, des officiers supérieurs de l'armée dirigée par certains généraux avisés vinrent vers lui pour lui proposer de devenir chef d'Etat parce que celui pour qui ils se battaient (Paul Biya) ressemblait à tout, sauf à un président de la République, et ne garantissait pas au peuple camerounais un épanouissement véritable. Une ébauche de discours lui fût proposée avant la prise du pouvoir. Par profond respect pour les institutions, il décline l'offre et ordonna que le Président Biya, qui aurait pu être arrêté, sortît de sa cachette afin d'être réinstallé au pouvoir. Il pensa plus tard qu'en déclinant cette offre des officiers supérieurs de notre armée, il s'était soucié moins des intérêts du peuple et n'avait pas su lire l'avenir.
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