Par Mamadou Seye
2 Juillet 2009
éditorial
Le temps ne fait que confirmer la nécessité d'ouvrir Dakar à ses proche et lointaine banlieues, mais aussi d'aménager les voies de connections avec le Sénégal de l'intérieur et les pays limitrophes dans une dynamique de consolidation des échanges intra-africains.
En 1978, le besoin de réaliser une autoroute Dakar-Diamniadio s'était fait sentir. Un besoin qui a été confirmé, par voie de validation scientifique, au moyen d'études. Vers la fin de l'année 2001, une campagne de comptage a produit une moyenne de 70.000 véhicules qui empruntent la nationale dans les deux sens, entre Dakar et sa proche banlieue. Cette réalité ne doit point surprendre dans une presqu'île dont la population est très vite passée de 500.000, en 1967, à 2,4 millions d'habitants en 2003.
Il n'y a pas que la vérité des chiffres à avoir changé la donne. L'actuel projet d'autoroute à péage est plus ambitieux, parce qu'elle trouve une articulation avec le projet de nouvel aéroport de Diass et l'autre projet, celui de Centre des Affaires sur le site de l'actuel aéroport Léopold Sédar Senghor. Outre la stature d'oeuvres d'art majestueuses, ces réalisations s'inscrivent dans une perspective de complémentarité économique et sociale dynamique : création d'emplois, solution à la mobilité urbaine, incitation à l'investissement, sécurisation de la production grâce à la réduction du temps de convoiement des matières premières et des articles, prise en charge des besoins en matière de fret et trafic passagers, etc. Par exemple, Dakar a toujours nourri cette ambition d'être un hub à la croisée des continents, des cultures et des modèles économiques d'Europe, d'Asie, d'Amérique du Nord et du Sud. Aujourd'hui plus que jamais, la réalisation d'une telle performance passe par la création de richesses, donc le renforcement de secteurs comme le tourisme, afin qu'il atteigne ses objectifs, le développement d'une véritable plate-forme de services et le renforcement des exportations.
La complémentarité dynamique infrastructures-production est établie pour ce réel carrefour de performances : la nouvelle autoroute à péage, l'aéroport de Diass et la Cité des affaires. La préservation voire le renforcement de l'activité économique est la première assurance-emploi en entreprise ou dans le secteur informel. Elle fait partie d'un volet « Impact social » avéré. Le déplacement de populations naguère installées sur l'emprise de l'infrastructure routière s'est déroulé sans heurt, avec des niveaux d'indemnisation satisfaisants. Cette complémentarité infrastructures-production découle d'une vision en aménagement du territoire à travers le décongestionnement de Dakar et la création d'autres pôles de développement à Diamniadio, Diass, Thiès ou encore Mbour, dans une proximité renforcée avec la Gambie, le Mali, la Guinée, la Mauritanie par la route, le reste du monde par les airs. Panafricaniste ouvert à tous les souffles bénéfiques du monde, le président Abdoulaye Wade a porté et supporté cette oeuvre ambitieuse qui fait partie des éléments de consensus au Sénégal malgré les critiques de forme. Il a surtout partagé, avec ses compatriotes, la souffrance de l'enfermement dans une presqu'île saturée. La respiration arrive.
Ces projets à impact économique et social certain permettent au Sénégal de capitaliser les avantages que lui confère son image de pays stable et dont les fondamentaux de l'économie sont en bonne santé. La confiance renouvelée des bailleurs et autres partenaires au développement est un capital précieux. Son expression la plus récente est l'appui du Fonds monétaire international (Fmi) dans le cadre de la lutte contre les facteurs exogènes de la crise. Une note d'espoir qui reprécise clairement la nature et l'origine de nos difficultés. Il appartient à l'Etat de tout assumer, passif et actif. Mais il appartient aussi à tous les citoyens de ce pays de faire la part des choses entre les agressions économiques dictées par le contexte mondial, nos réussites personnelles, nos insuccès ou pesanteurs momentanées. La signature, hier, de l'acte portant financement du tronçon Pikine-Diamniadio, sur 22 kilomètres, est le couronnement de la bonne volonté des pouvoirs publics, représentés par les ministres d'Etat Karim Wade et Abdoulaye Diop, Aminata Niane, ministre conseiller et Directrice générale de l'Apix. C'est la deuxième phase après la première (Malick Sy-Pikine, sur 12 kilomètres), en compagnie d'un opérateur économique comme Gérard Sénac, Président Directeur Général de Eiffage Sénégal qui a mis 58 milliards. Ce groupe donne sa dignité au concept d'entreprise citoyenne, creuset de qualité dans l'exécution des tâches et de générosité lorsqu'il s'agit de partager le rire d'un élève à la faveur d'un soutien à l'éducation ou de laisser éclore le génie créateur d'un artiste grâce au mécénat culturel.
C'est le Sénégal qui gagne de l'élan dans cette communion autour du solide et de l'utile. Avec une foi inébranlable, notre pays a puisé dans ses ressources propres (50 milliards de francs Cfa) pour réaliser le premier tronçon Malick Sy-Pikine. La participation du privé et des partenaires au développement témoigne de l'attractivité de ce projet. Le modèle sénégalais est plus que jamais crédible. La voie est tracée. Le Sénégal s'y engouffre à la vitesse sûre et lucide d'une maîtrise du chronogramme, de justification de projets et des effets attendus sur l'économie et le bien-être en général. Un concept qui s'insère bien dans la Stratégie de croissance accélérée (Sca), cette autre autoroute d'une économie dont la base est fortifiée par une diversification des produits d'exportation, l'exploration de secteurs hors de ceux-là qui sont traditionnels, la conquête de nouveaux marchés, le développement de l'infrastructure économique et l'incitation à l'investissement. C'est la voie du futur.
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