Abdoul Aziz Agne
2 Juillet 2009
Après une première intimidation en février dernier, l'ancien Premier ministre guinéen, Ahmed Tidiane Souaré, a été mis hier aux arrêts par le Capitaine Moussa Dadis Camara. Cette interpellation semble attester de l'utilisation de la méthode forte par la junte qui vise à faire payer les anciens barons de la République.
Le rouleau compresseur semble désormais enclenché à l'endroit des anciens caciques du régime guinéen. Et l'arrestation, hier, de l'ancien Premier ministre, Ahmed Tidiane Souaré, prouve que les responsables du Conseil national pour la démocratie et le développement (Cndd) sont bien décidés à passer à la vitesse supérieure. Ahmed Tidiane Souaré, nommé Premier ministre le 20 mai 2008, fut un homme de confiance du défunt président guinéen, Lansana Conté. Pourtant, ironie du sort, l'homme a évolué jusqu'en 2002 dans les arcanes de contrôle, de suivi et de la restructuration des finances publiques en Guinée, avec à la clef un poste stratégique d'Inspecteur général des finances. C'est le cas du fameux Comité de suivi des mesures d'application du programme des réformes économiques financières et administratives.
Mais avec cette arrestation de l'ancien Premier ministre guinéen, les autres barons du pays ayant eu à occuper quelques responsabilités se sentent aujourd'hui dans l'oeil du cyclone. Déjà, dans ses premières heures à la tête du pays, le capitaine Moussa Dadis Camara avait donné le ton, en menaçant de mettre en prison tous ceux qui auront été désignés 'coupables de détournement de deniers publics'. Et pour ce qui est d'Ahmed Tidiane Souaré, le versement de près de 500 millions de francs guinéens en février, lui avait permis de racheter sa liberté. Celle-ci devant être consolidée par le complément de la somme due à un rythme consensuel. Mais déjà, la reconnaissance de sa faute avait fini de l'installer confortablement sur le tableau de chasse de la junte. Une opération qui, à coup sûr, sera élargie aux autres responsables politiques guinéens ayant bénéficié des largesses de l'ancien régime de feu le président Conté.
'La corruption a gangrené le pays ; et celui qui vole de l'argent sera mis en prison', avait lâché le Capitaine Moussa Dadis Camara juste après avoir pris fonction comme président de la République guinéenne. Il faut dire que la précédente gestion avait été fort décriée par le nouvel homme fort de Guinée au port autonome de Conakry ; surtout pour ce qui est du contrat le liant à Getma international. Mais toujours est-il que la dernière ligne droite qui mène aux élections présidentielles va être particulièrement houleuse pour les anciens ténors de la scène politique guinéenne. Une manoeuvre qui, du reste, risque de provoquer le vide dans la course à la présidentielle de décembre prochain. La majeure partie des candidats en lice, étant des anciens Premiers ministres ou de hauts responsables ayant flirté, à l'époque, avec l'ancien régime de Conté. Un groupe d'ailleurs, dont le leader du Rpg, Alpha Condé, réclame la mise à l'écart dans cette course aux présidentielles.
L'éternel opposant au régime de Conté, ayant toujours refusé d'entrer dans son gouvernement, a la particularité de bénéficier d'une certaine virginité politique. Quoi qu'il en soit, la Guinée s'achemine lentement vers la tenue de ses élections présidentielles qui renferment beaucoup de mystères. Car, à ce rythme, cette vaste opération d'assainissement des finances publiques, risque de dessiner une carte plus restreinte des candidatures pour les élections en Guinée, prévues à la fin de cette année.
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