Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Prise en charge du cancer chez l'enfant : Le premier ministre interpellé par des enfants malades

Issa Niang

2 Juillet 2009


Au Sénégal, environ 800 enfants développent une tumeur chaque année, selon les chiffres de l'unité d'Oncologie pédiatrique de l'hôpital Aristide le Dantec. Et leur traitement qui est à la charge exclusive des parents coûte très cher. D'où l'interpellation du Premier ministre par des enfants malades du cancer pour que l'Etat prenne en charge entièrement leur traitement.

Des enfants souffrant de cancer plaident en faveur d'une assistance financière des autorités. C'est ainsi qu'ils ont interpellé le Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye, venu présider la cérémonie d'ouverture des journées 'My child matters' (Mon enfant, mon combat), ouvertes hier à Dakar. 'Nous vous prions de prendre en charge les enfants atteints de cancer. Le traitement coûte très cher', plaide le jeune Ismaïla Sow. L'enfant qui souffrait de cancer, a été traité à l'unité d'Oncologie pédiatrique de l'hôpital Le Dantec. Idem pour les jeunes filles Aïssatou Bâ et Sounkamba Keïta, des enfants éplorés par le cancer, qui n'ont pas hésité à mettre le Premier ministre devant le fait accompli. Leur souhait est de voir les autorités prendre totalement en charge les soins pour les enfants atteints de cancer.

Souleymane Ndéné Ndiaye ainsi interpellé a pris date. 'Le gouvernement travaille à ce que cette prise en charge soit effective et à améliorer l'environnement des soins', soulignera le Premier ministre qui avait à ses côtés le ministre de la Santé, de la Prévention et de l'Hygiène publique, Thérèse Coumba Diop, et le ministre de la Famille Ndèye Khady Diop. De son avis, la lutte contre les cancers ne doit pas être seulement l'affaire des professionnels de la santé et des parents. Elle doit mettre à contribution tous les segments de la société.

Au Sénégal, environ 800 enfants développent une tumeur chaque année, selon les chiffres de l'unité d'Oncologie pédiatrique de l'hôpital Aristide le Dantec. Pour une population de 12 millions d'habitants, le Sénégal compte près de 5 millions d'enfants âgés de moins de 15 ans. La plupart des cas de cancer chez l'enfant surviennent avant l'âge de 5 ans. Et parmi ceux qui développent une tumeur au Sénégal, seuls 20 %, soit le cinquième, bénéficient d'une prise en charge. En 2008, seuls 135 enfants souffrant de cancer, soit 19,3 % des cas, ont fait l'objet d'une prise en charge.

Au chevet des enfants malades, le Professeur Claude Moreira de l'unité d'Oncologie pédiatrique de l'hôpital Aristide le Dantec, croit que la prise en charge du cancer chez l'enfant peut être entièrement subventionnée. Même s'il dit lancer cette boutade devant le Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye pour détendre l'atmosphère, il n'en demeure pas moins que c'est une invite faite à l'autorité politique et à tous les acteurs qui tournent autour de l'enfant. 'Le coût du traitement dépend du type de cancer. La partie financière est quelque chose de très dur', déplore le Pr Moreira. En tant que médecin, son souhait est de voir la prise en charge entièrement subventionnée afin de faire face aux impacts psychologique, physique, moral de la maladie. Dans les pays industrialisés, les enfants atteints du cancer peuvent espérer un taux de survie de l'ordre de 80 %. Mais dans les pays en développement, ce taux tombe à 20 %, voire à 10 % pour les pays les plus pauvres, alors qu'ils totalisent la grande majorité des 160 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année à travers le monde. L'inégalité est immense. Pourtant, les cancers de l'enfant sont en majorité guérissables, sous réserve d'une prise en charge précoce.

'Bien qu'il soit moins fréquent que le cancer chez les adultes, le cancer chez les enfants a un potentiel évolutif très important. Les cellules cancéreuses se multiplient en quelques semaines, en quelques mois', souligne le Pr Moreira qui precise toutefois que la tumeur se traite et se guérit. Mais il suffit de la détecter tôt. D'ailleurs, informe le pédiatre, 80 % des cancers chez les enfants qui arrivent à l'unité d'Oncologie pédiatrique de Le Dantec guérissent.

Pendant deux jours, Dakar abritera une grande mobilisation internationale pour faire reculer les cancers de l'enfant dans les pays émergents et en développement. Ainsi, 21 pays d'Afrique, d'Amérique, d'Asie et d'Europe se sont réunis au Sénégal pour dresser un bilan et renforcer la lutte contre le cancer de l'enfant dans les pays émergents et en développement. Pour lutter contre cette maladie trop longtemps perçue comme une fatalité et pour accompagner les pays vers une meilleure prise en charge des cancers de l'enfant, Sanofi-aventis et l'Union internationale contre le cancer se sont rapprochés depuis 2004 pour donner naissance à 'My childs matters'.

Pr MAMADOU DIOP (POINT FOCAL DE LA LUTTE CONTRE LE CANCER) : 'Le budget alloué au programme de lutte est très insuffisant'

Le Sénégal ne dispose pas de plan stratégique de lutte contre le cancer, mais juste un programme qui ne dispose pas d'assez de ressources. 'Le budget alloué au programme de lutte est très insuffisant', déplore le Professeur Mamadou Diop, Point focal de la lutte contre le cancer du ministère de la Santé, de la Prévention et de l'Hygiène publique.

Au-delà de la stigmatisation des maigres ressources, les spécialistes ont plaidé pour la décentralisation des unités de prise en charge et pour un investissement dans l'équipement. En effet, pour toute l'Afrique de l'Ouest, il n'existe qu'une seule unité de radiothérapie. Une situation difficile pour les spécialistes qui appellent à la formation de radiothérapeute.

SOUNKAMBA KEITA (UN FILLE GUERIE DU CANCER) : 'Un hôpital régional a cru que j'avais une fracture au genou'

'Ce qui est arrivé à la demoiselle est inadmissible'. Le Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye s'est ainsi indigné de l'erreur de diagnostic dont la jeune Sounkamba Keïta a été victime au début de son traitement. En effet, la jeune fille a révélé qu'un hôpital régional a cru qu'elle avait une fracture au genou alors qu'elle souffrait d'une tumeur. Devant cette révélation faite lors la cérémonie d'ouverture des journées 'My child matters' (Mon enfant, mon combat), l'assistance est restée pantoise. Ce qui pose, encore une fois, le problème de décentralisation des unités de prise en charge au niveau régional et de la formation de spécialistes.

Mais grâce au concours des services de l'Hôpital général de Grand Yoff où elle a séjourné pendant un moment et de l'unité d'Oncologie pédiatrique de l'hôpital Aristide Le Dantec, Sounkamba Keïta a pu vaincre la tumeur. Aujourd'hui, elle poursuit ses études.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2009 Wal Fadjri. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Sénégal

Rubriques