Human Rights Watch (Washington, DC)

Congo-Kinshasa: Augmentation massive du nombre d'attaques contre les populations civiles

2 Juillet 2009


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La pratique de l'armée congolaise qui consiste à forcer les civils à exécuter des travaux dangereux les expose à davantage des risques encore. Des centaines de civils ont été régulièrement contraints, sous la menace d'armes, de transporter des munitions lourdes et d'autres équipements pour l'armée congolaise. Le 21 juin, des chercheurs de Human Rights Watch ont vu des dizaines de civils forcés de transporter du matériel de Bunyakiri, dans le territoire de Kalehe, vers leurs positions sur les lignes de front au Sud Kivu.

Les arriérés de salaire, le rationnement des vivres et une hiérarchie de commandement équivoque après l'intégration de plus de douze mille anciens combattants rebelles congolais dans les rangs de l'armée début 2009 sont autant de facteurs qui ont favorisé la multiplication des abus contre les civils. Dans le territoire de Kalehe, au Sud Kivu, des soldats qui n'ont pas été payés depuis cinq mois commettent régulièrement des actes de pillage et d'extorsion envers des populations civiles. Le 15 juin, des soldats en colère en raison du non-paiement de leurs soldes ont tenté d'assassiner leur commandant avant d'attaquer une base des Nations Unies à Pinga au Nord Kivu. Le 17 juin, plus de trente soldats armés qui n'avaient pas été payés ont déserté à Ngora, dans le territoire de Walikale.

De hauts gradés de l'armée ont reconnu le problème des arriérés de solde et ont indiqué à Human Rights Watch que les soldats participant aux opérations militaires recevaient maintenant leurs salaires; cependant, Human Rights Watch n'a pas pu vérifier cette affirmation de façon indépendante.

L'intégration dans la haute hiérarchie de l'armée congolaise de personnes impliquées dans des cas de violations graves des droits humains ne fait qu'aggraver la situation des droits humains déjà inquiétante. L'exemple le plus frappant est celui de Bosco Ntaganda, maintenant général au sein de l'armée congolaise et impliqué dans les opérations militaires dans l'Est du Congo alors qu'il est accusé de crimes de guerre et recherché par la Cour pénale internationale.

« L'incapacité du gouvernement à nourrir et à payer ses soldats de façon régulière est presque une incitation à s'en prendre à la population civile », a déclaré M. Roth. « Ensuite, permettre que ces forces armées soient dirigées par des commandants comme Bosco Ntaganda, dont on connaît le passé jalonné de crimes horribles, favorise un climat propice aux atrocités. »

Les populations civiles ne sont pas très bien protégées par les forces de maintien de la paix des Nations Unies

Les forces de maintien de la paix des Nations Unies, la MONUC, ont apporté entre-autres un soutien logistique et une aide pour la planification des opérations de l'armée congolaise baptisées « Kimia II ». Mais, elles n'ont pas exercé suffisamment de pressions sur l'armée congolaise pour l'inciter à mettre un terme aux brutalités et aux abus.

Les forces de maintien de la paix ont lancé une initiative en début 2009, sous la forme d'équipes mixtes de protection, dont le but est de servir de mécanisme d'alerte immédiate dans des zones où les civils risquent d'être la cible d'attaques. Bien que ces équipes aient recueilli des renseignements importants et parfois contribué à réduire le nombre d'abus, les recommandations qu'ils ont adressées aux forces de maintien de la paix des Nations Unies et aux forces congolaises ont été rarement suivies.

Après le massacre de Busurungi du mois de mai dernier, une équipe d'évaluation des Nations Unies s'est rendue dans la région et a recommandé la mise en place urgente d'une base de proximité pour protéger la population locale, mais à ce jour, aucune suite n'a été donnée à cette recommandation et aucune des bases établies dans la région n'a envoyé de patrouilles régulières. Des officiels de l'ONU ont indiqué à Human Rights Watch que cette base allait voir le jour dans les jours qui viennent. Les soldats congolais qui ont fui la région après cette attaque n'ont pas non plus assuré une protection adéquate des civils.

« Les civils qui peuvent être la cible d'attaques rebelles dans la région de Waloaloanda ont été trop longtemps laissés sans véritable protection bien que l'ONU ait identifié cette région comme étant une zone à protéger en priorité », a déclaré M. Roth. « Le commandement de la MONUC ne devrait pas attendre davantage et devrait de toute urgence envoyer des forces de maintien de la paix dans la zone. »

Les soldats de l'armée congolaise et les forces de maintien de la paix des Nations Unies devraient également instaurer les couloirs humanitaires promis qui permettraient à des milliers de réfugiés rwandais et des combattants des FDLR voulant déposer les armes de quitter en toute sécurité les zones de conflit. Les dirigeants congolais et les responsables des Nations Unies ont déclaré que ces personnes pourront traverser en toute sécurité ces zones.

« Les soldats de maintien de la paix des Nations Unies ne doivent pas soutenir les forces armées congolaises qui commettent des crimes de guerre et n'assurent pas la protection des civils et des réfugiés », a déclaré M. Roth. « En continuant de soutenir ce type d'opérations militaires, les forces de maintien de la paix risquent de devenir complices des abus perpétrés. »

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