Le Pays (Ouagadougou)

Burkina Faso: Ne pas devancer l'iguane dans l'eau

Abdou Zoure

2 Juillet 2009


opinion

Il ne faut pas être plus commissaire que les commissaires de la CNE (Commission nationale des élections). C'est cependant ce que sont les deux partis favoris à l'élection présidentielle en Guinée-Bissau, à savoir le PRS de Koumba Yala et le PAIGC (parti au pouvoir) de Mallam Bacaî Sanha.

En effet, sans attendre les résultats de la CNE (Commission nationale des élections), Carlos Gomes Junior déclare que, selon les statistiques du PAIGC dont il est le chef, le parti de Koumba Yala et le sien sont au second tour. Le directeur national de campagne du PRS, Baltazar Alves Cardoso, réagit d'abord, avec juste raison, en disant que la déclaration de Gomes frisait l'irresponsabilité et que la prudence voudrait qu'on attende le verdict de la CNE. Puis, il asséna un coup de marteau à la brèche qu'il commençait à colmater en énonçant que "peut-être que nous allons gagner au premier tour", pour finalement transformer cette brèche en trou béant en accusant son adversaire de vouloir ourdir des fraudes.

Comme si cela ne suffisait pas, un autre candidat, Henrique Rosa, tout en reconnaissant sa défaite, jette l'huile sur le feu qui commence à sourdre, en laissant entendre que les deux candidats ont réuni assez de voix pour se départager au second tour. Si la sagesse devait parler dans cette situation, elle conseillerait sûrement à ces candidats de taire les votes recensés par leur parti et d'attendre les résultats de la CNE, qui sont seuls fiables et probants. Que se passerait-il par exemple si la proclamation définitive, qui aura lieu ce week-end, désignait Koumba Yala ou Mallam Sanha comme président et au premier tour ? Ou que penserait ou comment réagirait Koumba Yala s'il se retrouvait au second tour ? Nul doute que dans son coeur, la confiance a cédé la place à la méfiance qui lui conseille l'existence de fraudes.

Alors, l'ombre funeste de la contestation post-électorale n'est plus loin. Le mieux, une fois de plus, c'est de ne pas devancer l'iguane de la CNE pour plonger, tête en avant, dans les eaux tumultueuses et bouillantes des manifestations post-électorales. Ce qui serait, on ne le dira pas assez, une blessure de plus parmi la nuée de plaies qui tapissent le corps endolori et fragile de la Guinée-Bissau. Ce n'est vraiment pas le moment de la désarçonner avant même qu'elle n'ait pu mettre le pied à l'étrier qui doit la poser sur la selle de la stabilité et de la paix. Le scrutin s'étant déroulé sans contestation, la proclamation et l'investiture devraient l'être aussi car les observateurs ont jugé les élections transparentes.

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Aussi, la sentence de la CNE doit-elle s'imposer et être respectée par tout le monde. A commencer par les acteurs de la scène politique bissau-guinéenne qui doivent avant tout jeter un regard sur l'expérience de l'Iran et du Zimbabwe ainsi que sur les tombes de leurs frères, et en tirer des leçons. Et si, malgré tout, la perdrix n'acquiert pas de l'expérience en voyant plumer un poulet, elle finira sans doute dans la fournaise d'une casserole.

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