Anselme NTOUTOUME
3 Juillet 2009
Après le décès du président Bongo, ses proches ont respecté les dispositions constitutionnelles de vacance de pouvoir, en vue de maintenir la paix, une valeur chère au défunt. Le chaos annoncé ne s'est pas produit. Reste maintenant à réussir l'organisation d'un scrutin présidentiel transparent et sans fraude.
La présidente intérimaire, Rose Francine Rogombé et le Premier ministre, Jean Eyeghé Ndong, ont la lourde tâche de gérer la transition pour aboutir à des élections crédibles au Gabon.
"Mon action, pendant toute la durée de mes fonctions à la tête de l'État, se fera sous le triple sceau de la Constitution, de la concertation et du consensus". Dans un message à la nation diffusé à la télévision nationale le 20 juin dernier, Rose Francine Rogombé, présidente intérimaire du Gabon, a réaffirmé sa fidélité à la loi fondamentale. Cette ex-présidente du Sénat gabonais assume l'intérim de la présidence comme le prévoit la Constitution, après le décès, le 8 juin, d'Omar Bongo Ondimba. La veille de son discours, le gouvernement avait démissionné, conformément à la loi, avant d'être aussitôt reconduit à l'identique, à l'exception du ministre de l'Intérieur, muté La nouvelle équipe est à pied d'oeuvre pour organiser la prochaine élection présidentielle, prévue au plus tard 45 jours à compter du 10 juin, début de l'intérim, c'est-à-dire début août. Quelque 500 000 électeurs devraient y participer.
Ainsi, le Gabon est en train de déjouer les pronostics qui envisageaient des scénarios à la togolaise ou à la guinéenne, pays où à la mort du président, les successeurs constitutionnels avaient été écartés. Wenceslas Mamboundou, un politologue gabonais, tente une explication. Selon lui, les Gabonais auraient fini par être imprégnés des valeurs de paix et de consensus chères, de longue date, au président Bongo. Celui-ci avait d'ailleurs participé à de multiples médiations en faveur de la paix sur le continent (Congo, Centrafrique, Tchad...). "II y a donc un consensus indéniable pour la paix dans la classe politique gabonaise", conclut l'universitaire. C'est dans le souci de maintenir la stabilité que la famille Bongo, le gouvernement et les autres institutions de l'État auraient, selon lui, laissé jouer les mécanismes constitutionnels.
"La Constitution, rien que la Constitution"
Dés l'annonce officielle du décès de Bongo, son parti, le PDG (Parti démocratique gabonais) avait pris position. "L'opinion internationale qui a cru pendant de nombreuses années que l'après-Bongo entraînerait un chaos total, ne devra pas compter sur le PDG", a déclaré Faustin Boukoubi, son secrétaire général et actuel numéro 1 de ce parti. "Nous devons poser des actes en faveur de la paix sociale et privilégier l'intérêt général", a-t-il lancé.
Dans son message aux Gabonais, Rose Francine Rogombé, membre du PDG, a appelé à la "vigilance afin de prévenir toutes dérives contraires à l'intérêt national et toute rupture du pacte républicain". Selon elle, "c'est uniquement à ce prix que le peuple gabonais pourra, le moment venu, porter librement son choix sur celui ou celle qui deviendra le troisième président élu de la République gabonaise".
"La Constitution, rien que la Constitution", insistait aussi Jean Eyeghé Ndong, le Premier ministre reconduit, citant le défunt président, au cours de son oraison funèbre. Au nom des enfants Bongo, le ministre de la Défense, Ali Ben Bongo, le fils aîné, a pris l'engagement de "garder allumée la flamme sacrée de l'harmonie familiale, de la concorde républicaine et de l'unité nationale". L'opposition, elle aussi, prône le respect de la loi. "Quel que soit notre bord politique, nous sommes tous d'accord que les dispositions constitutionnelles soient respectées", se réjouit le leader de l'opposition gabonaise, Pierre Mamboundou, président de l'Union du peuple gabonais (UPG).
Transparence
Mais, au-delà de ce consensus, tout se jouera finalement dans les urnes. Il reste tout d'abord à réussir l'organisation sans heurts de la prochaine élection présidentielle. La société civile, à l'instar de Georges Mpaga, président du Réseau de bonne gouvernance, estime que "frauder aux élections au Gabon est devenu une norme", et s'engage à surveiller tout le processus électoral.
Il préconise un système transparent avec des cartes d'électeur biométriques. Marc Ona Essangui, président de l'Ong Brainforest et coordonnateur de la coalition "Publiez ce que vous payez" au Gabon, redoute qu'Ali Ben Bongo, ministre de la Défense, vice-président du PDG et fils aîné, n'utilise sa position pour prendre la relève paternelle. A ce moment, prévient-il, "il nous rencontrera sur son chemin, nous acteurs de la société civile". En se faisant investir par son parti, puis en fraudant aux élections, Ali Ben Bongo pourrait l'emporter. Toutefois, Il ne fait pas l'unanimité au sein de son parti, où il a créé le Mouvement des rénovateurs.
Le leader de l'opposition gabonaise, Pierre Mamboundou exprime sa satisfaction de voir les dispostions constitutionnelles respectées.
Il n'est pas non plus très populaire, car on lui reproche de ne pas parler les langues locales. Pierre Mamboundou préconise de prolonger au-delà de 45 jours, le délai fixé pour le scrutin afin d'en assurer les meilleures conditions de transparence, notamment par l'établissement de listes électorales crédibles et de cartes d'électeur biométriques. Des suggestions qui trouveront peut-être une oreille attentive auprès de la présidente intérimaire, qui doit engager "dans les jours à venir, une large concertation avec les différentes forces vives de la nation, afin de recueillir des uns et des autres, avis et suggestions". "Ainsi, assure le leader de l'opposition, il n'y aura pas de contestation".
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