Faustin Kuediasala
3 Juillet 2009
Kinshasa — Contrôle des minerais de l'Est : un processus de certification en marche
Le lancement du plan de réhabilitation du secteur minier de l'Est va se buter à plusieurs difficultés. De plus en plus, le débat s'oriente vers la mise en oeuvre, à l'instar de Kimberley pour le diamant, d'un processus de certification des produits miniers de l'Est.
Le Premier ministre, Adolphe Muzito, a procédé à partir de Goma au lancement d'un plan de réhabilitation du secteur minier de l'Est. Il s'agit, souligne la Primature, d'assurer « meilleur contrôle de nos ressources minérales par une traçabilité accrue de leur exploitation et commercialisation ; et une restructuration de la filière étain - niobium - tantale ».
Les motivations de cette initiative, a indiqué le Premier ministre, tient au fait que « durant plusieurs décennies, on a noté dans cette partie du territoire national une exploitation minière qui échappe au contrôle du gouvernement ». Le Plan se concentre, dans sa mise en oeuvre, dans l'espace composé par la province Orientale, particulièrement le district de l'Ituri, les provinces du Nord-Kivu, Sud-Kivu, Maniema et le Katanga, dans sa partie Nord.
Les ministres des Transports, de la Justice, des Mines, de l'Intérieur, de la Défense et des Finances ont, chacun en ce qui le concerne, été appelés à « respecter les orientations » pour la réussite de ce plan qui, a rappelé le Premier ministre, vise à « stabiliser la partie Est de la République démocratique du Congo ».
Cependant, rien dans les points présentés par le Premier ministre n'a fait mention des moyens à mettre en oeuvre pour concrétiser les grandes lignes de ce plan.
En effet, la grande inconnue, et qui pourrait probablement se poser en véritable préalable pour la réussite de cette initiative, demeure comme toujours l'équation « FDLR ». Eléments plus que jamais incontrôlables, la donne FDLR risque donc de compliquer la mise en oeuvre du plan dévoilé par le Premier ministre Muzito. A côté des FDLR, il y a également l'énigme LRA, rebelles ougandais très actifs dans l'Ituri.
REVOICI LA CERTIFICATION
Ainsi, sans remettre en cause l'efficacité de ce plan de réhabilitation du secteur minier de l'Est de la RDC, il s'avère que le problème doit être abordé dans sa dimension en incluant d'autres éléments dépassant les seules frontières de la RDC. C'est dans ce sens, d'ailleurs, qu'il fait situer la réflexion bien avancée au sein de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs pour la mise en oeuvre dans la sous-région d'un processus de certification des produits miniers à l'exportation.
Conçu sur le modèle du processus de Kimberley qui touche à la commercialisation du diamant, l'initiative de certification des minerais de l'Est devrait si elle se concrétise à plus de traçabilité des produits miniers sortis des zones de conflits de l'Est. Mais, là aussi, la réussite d'une telle initiative dépend de la grande implication des pays frontaliers de la RDC, notamment le Rwanda, l'Ouganda, la Tanzanie, ou beaucoup plus loin le Kenya.
Néanmoins, au-delà de toutes les initiatives développées ça et là pour un meilleur contrôle du secteur minier de l'Est de la RDC, c'est au gouvernement que revient premièrement la lourde responsabilité de faire respecter sur l'ensemble les prescrits du Code minier en évitant toute cacophonie dans un secteur où se mêlent des intérêts de tout genre.
La balle est donc dans le camp du ministre des Mines qui devra donner la bonne impulsion pour préparer le terrain en vue d'une mise en oeuvre apaisée de ce plan de réhabilitation du secteur minier de l'Est. La démarche du ministre des Mines doit, cependant pour être efficace, être couplée à la neutralisation des éléments incontrôlés des FDLR, ceux-là mêmes qui alimentent les réseaux parallèles d'exploitation illicite des ressources minières de l'Est.
A ce sujet, l'ONG britannique Global Witness a, à maintes reprises, fustigé le pilage des ressources minières comme seule moteur du conflit dans l'Est de la RDC.
Patrick Alley, son directeur, faisait remarquer en novembre 2008, depuis son siège de Londres, que « le commerce des minerais sous-tend la guerre depuis 1998. La quasi-totalité des principaux groupes armés impliqués dans le conflit, ainsi que des soldats de l'armée congolaise nationale, font le commerce de ces minerais de manière illégale depuis des années, dans la plus totale impunité », rappelant que « les agendas économiques sont à la base des guerres depuis la nuit des temps ».
Les provinces visées par ce plan de réhabilitation du secteur minier sont particulièrement en minerais, notamment en cassitérite (minerai d'étain), en or et en coltan.
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