Bernard Zangré
2 Juillet 2009
(Page 2 of 2)
Les forces de sécurité maliennes et Cie auront bon dos de prétendre sévir au nom de la loi en vigueur, mais où sont-ils donc terrés, les introuvables reçus ? En un mot comme en mille, les défaillances, l'ignorance et les négligences des transporteurs font le bonheur des nababs de la route qui, naturellement, se frottent les mains, esquissant un sourire significatif quand, au loin, se font entendre les klaxons et les vrombissements des bolides qui rythment l'activité économique de l'Afrique de l'Ouest.
Tel ne semble pas être l'avis de ce représentant de la police à la causerie-débat du 25 juin qui, avant de disparaître dans la foule comme l'éclair, demande : "Quand vous êtes en règle, pourquoi acceptez-vous de payer ?"
Réponse de Dame Coulibaly Adama/Coulibaly qui, elle, s'adressait à haute et intelligible voix au directoire, et qui, en sa qualité de présidente de l'Association nationale des femmes des chauffeurs, conducteurs routiers du Mali, soutient mordicus qu'en la matière, "c'est vraiment la désolation, le désordre au Mali. Les postes de contrôle sont légion et notre souhait est que les contrôles se fassent uniquement aux frontières.
Il faut que les autorités accordent la plus grande attention à tous les rapports qui sont faits sur les tracasseries routières dans notre pays. Car au Mali, il y en a beaucoup plus qu'ailleurs". Une réaction loin d'assommer le chef de la Division organisation du trafic à l'Office national des transports, Kalilou Sylla, qui dit sa part de vérité sur sa structure : "L'ONT contrôle les véhicules au niveau des postes de contrôle en tant que coordonnateur.
Tous les véhicules non en règle doivent payer les contraventions et nous tenons le barème des infractions au même titre que la police. L'ONT gère les litiges qui peuvent opposer les conducteurs aux forces de sécurité. Ici nous devons faire des statistiques annuelles et nous ne pouvons pas concevoir que des véhicules circulent sur notre territoire sans qu'on sache d'où ils viennent et où ils vont". Un travail de longue haleine
Mais, balle à terre, suggère sagement le vice-président de la Chambre de commerce et d'industrie du Mali (CCI-M), Amoudy Sidi Ahmed, qui confesse que la "lutte contre les tracasseries routières en Afrique de l'Ouest et principalement au Mali est un travail de longue haleine. C'est pourquoi nous privilégions la sensibilisation. Il y a des fautes de part et d'autre ; il faut que chacun s'assume !
C'est par des dialogues comme celui que nous venons d'avoir que, petit à petit, nous allons vaincre le fléau. Je puis vous assurer que, dans le court terme, les flèches du Mali vont s'abattre sur les brebis galeuses... !"
Faut-il pour autant prendre ces promesses pour parole d'évangile ? En attendant, le corridor Ouaga-Bamako a ses réalités, incontournables, que nous vivrons sur le chemin du retour. Cette fois-ci, nous choisissons de jouer notre partition à bord d'un camion à remorque qui transportait des tonnes d'engrais à destination de Bobo-Dioulasso.
Nous n'eûmes pas de peine à convaincre le chauffeur et son apprenti, tous de nationalité ghanéenne, de nous admettre dans la cabine. Alors, là, rien d'un voyage de noces, car il fallait tendre les jambes sur le tableau de bord, tel un nouveau circoncis dans un centre initiatique, pour braver le millier de kilomètres qui séparent nos deux capitales.
Nous faisons nos adieux à Bamako à 22h00 ce même 25 juin par prudence eu égard à l'état de la route dont une bonne partie abrite des nids d'éléphants. Moins d'une heure après, nous avons atteint le premier poste de contrôle à Sénou, où nous restons deux heures. A la sortie des bureaux, "Master" nous confie dans la langue de Shakespear y avoir laissé 15 000 F CFA.
Nous avions pris le soin auparavant de lui avouer la raison de notre choix délibéré de ne voyager qu'à bord d'un camion de transport de marchandises, histoire de le rassurer et de bénéficier de sa complicité. Le second arrêt en cette nuit, nous l'effectuons au poste de péage et de pesage de Sanankorba, où nous installons nos pénates, non sans avoir délié les cordons de la bourse.
Plein tarif pour notre compagnon : 15 000 F CFA. Etalé à même le bitume du parking, nous peinons à fermer l'Å"il après cette grosse pluie qui s'était abattue sur Bamako et ses environs et aussi du fait des croassements des crapauds qui pouvaient à tout instant aiguiser l'appétit d'un serpent ou d'un caïman. Le réveil est douloureux au matin du 26 juin, mais nous réussissons quand même à prendre le départ avant l'encombrement de la voie.
Concert dans la cabine
Malgré la faim qui commençait à se faire sentir, nous entretenons la bonne humeur dans notre cabine de "pilotage" requinqué par les vieux succès musicaux de Daouda Koné, Alpha Blondy, Lucky Dube, Peter Tosh et Eugenie Assabia Krooper. Et bonjour Ouéléssébougou, Bougouni et Sikasso où la tombée de la nuit et la fatigue nous imposent de bivouaquer. Trois autres escales, soit 15 000 F CFA multiplié par six, le même tarif, comme si le mot d'ordre avait été donné de payer aussi bien à l'entrée qu'à la sortie d'une ville.
Nous croyions sortir des eaux quand au matin du 27 juin, nous parvenions au dernier poste malien, Hermakono, situé à cinq kilomètres de la frontière avec le Burkina. Erreur ! Non seulement les négociations avec les maîtres des lieux durèrent trois pénibles heures mais, encore, elles coûtèrent à notre "driver" la bagatelle de 30 000 F CFA.
Comprenez donc notre ouf de soulagement quand, enfin, autour de 11h00 GMT, nous franchissons ce mur de Berlin érigé en plein espace CEDEAO pour nous présenter au poste de police burkinabè où, pour la première fois depuis notre départ de Bamako, nous déclinons notre identité.
Difficile d'oublier de sitôt l'accueil fraternel à nous réservé par ces braves policiers et douaniers exilés à mille lieues de la capitale burkinabè ; un épisode émouvant que n'oublient pas, non plus, nos coéquipiers de cette épopée sur le corridor Bamako Ouaga, mais si la pilule de 150 000 F CFA prescrite par la coalition infernale qui y régente la circulation se révèle dure à avaler. A Koloko, en territoire burkinabè, les conducteurs ghanéens se disaient déjà chez eux, signe que la donne a changé à leur bénéfice.
Leurs remerciements renouvelés aux forces de sécurité en sont la preuve, même en douane où ils dûrent patienter que l'axe Koloko-Bobo se libère, en même temps que s'éclipse l'astre du jour pour rallier Sya et Ouagadougou en toute quiétude. Rares, en effet, sont les postes de contrôle entre la capitale économique et celle politique au Pays des hommes intègres, où l'adage qui fait l'unanimité est que tout le monde est corruptible, mais que chacun a son prix.
Car il ne faut pas se voiler la face, et nous n'en voulons pour preuve que le rapport 2007 du RENLAC sur l'état de la corruption au Burkina Faso, même si la corruption recule, en des endroits comme en douane, elle a la vie dure. Osons seulement espérer que le plaidoyer initié par l'Observatoire des pratiques anormales (OPA) sur les corridors inter-Etats, à travers le Centre ouest-africain du commerce (TRADE HUB), l'USAID et le Centre Afrika Obota (CAO) portera fruits, pour peu que dans l'espace CEDEAO les autorités fassent leur ce combat salvateur.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2009 L'Observateur Paalga. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.