Propos recueillis par Rousseau-Joël Foute
3 Juillet 2009
interview
Les explications de Gabriel Eba Ebe, chargé de cours à l'Institut des relations internationales du Cameroun.
Le président russe, Dmitri Medvedev vient d’effectuer sa première tournée africaine. Que vous inspire ce regain d’intérêt de la Russie pour l’Afrique depuis la dislocation du bloc soviétique ?
Il y a un constat simple à faire. Au jour d’aujourd’hui, la course est à la récupération de certains foyers de matières premières. Jusque-là, l’Afrique a été un foyer réservé aux Européens, notamment, aux Français, aux Anglais, aux Allemands et accessoirement aux Italiens. Bref, à l’Europe. Après la chute du mur de Berlin et la dislocation du bloc soviétique, les Etats-Unis n’avaient plus de préoccupations contre l’URSS. Donc, il leur restait après le Golfe persique, à récupérer ce qui leur était le plus facile, c’est-à-dire le continent africain. Hors, aujourd’hui, la Russie se rend compte qu’il lui faut récupérer également dans le foyer africain des matières premières qui appartiennent plus pour le moment à personne en réalité. Puisqu’il y a une remise en cause de certains accords passés entre les pays africains et la France notamment. Avant l’arrivée des Etats-Unis, c’était la Chine. La Russie se dit qu’il y a un gâteau à récupérer qui n’appartient à personne. En fait, c’est une véritable opération diplomatique de charme.
C’est dire que les motivations de l’offensive russe sont d’ordre économique…
Elles sont économiques car l’Afrique est un foyer de matières premières encore vierge. En plus, il y a un fait : ce n’est pas le continent africain qui contrôle les marchés internationaux des matières premières. L’Afrique se borne à les produire, sans contrôler leur valeur marchande. Ce sont les grandes puissances qui le font. On sait très bien aujourd’hui que la Russie est encore une puissance, bien qu’il y ait eu dislocation du bloc soviétique. La Russie est une grande force avec laquelle il faut compter. Les Etats-Unis le savent. L’approvisionnement en matières premières est le principal enjeu. L’Afrique est attrayante de ce point de vue.
La Russie vient chercher les matières premières. Que devrait attendre l’Afrique de cette nouvelle offre de coopération ?
Les Africains devraient construire une véritable diplomatie économique, diversifiée. La diplomatie est multidimensionnelle. Elle ne doit plus être basée sur l’histoire de la colonisation. Elle doit tenir compte des possibilités diversifiées d’offre de matières premières. L’Afrique doit se débrouiller pour contrôler l’état des marchés internationaux. En ce sens, l’Afrique n’a pas à attendre. Elle a à construire, à bâtir, et surtout à choisir ses partenaires qui ne doivent plus être dans la lignée historique. C’est-à-dire que l’histoire a demandé que ceci soit et on est ait. Qu’elle ne soit plus le théâtre des batailles entre un bloc et un autre. L’Afrique doit savoir quels sont ses gains et ses opportunités. Voilà en réalité ce qui doit guider sa stratégie.
Concrètement, comment l’Afrique doit-elle procéder pour mieux tirer son épingle du jeu?
L’Afrique a une position forte car elle détient les matières premières. C’est elle qui doit déterminer les conditions de son exploitation. Elle doit le faire de manière concurrentielle, en disant à tel ou à tel, si vous ne faites pas ceci, je vais aller ailleurs. L’Afrique ne doit pas être un champ réservé. Cette position est une stratégie de combat et de construction de se constituer des partenaires de manière diversifiée, avec des contrats de performances et des indicateurs d’observation. Si ceux-ci n’étaient pas réalisés, l’Afrique pourrait réviser librement ses choix.
On parle de la malédiction des matières premières en Afrique. Que faire d’autre pour que leur exploitation soit génératrice de développement dans les pays producteurs?
Je suis persuadé qu’il faut que l’Afrique soit un centre d’attraction et d’accueil des investissements directs étrangers. Cela suppose qu’on développe sur place des industries qui permettent la transformation d’au moins 60 à 80% de nos matières premières. L’Asie du Sud-Est s’est développée en attirant ces investissements qui sont des vecteurs de création de la richesse. A mon avis, c’est cette diplomatie économique que doit développer l’Afrique.
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