Propos recueillis par Louis D. Edzinmbi
3 Juillet 2009
opinion
Un intellectuel chrétien, le professeur Jean Paul Messina de l'université catholique d'Afrique centrale donne son point de vue.
«Je voudrais d'abord dire qu'il faut dépassionner le ton et le débat. Il me semble tout à fait légitime qu'on se préoccupe tous de la gestion de nos pays, de nos Etats dans le sens du respect et de l'attachement au bien commun, de la justice et surtout pour tous de l'équité en matière de répartition des ressources. Je crois que cela est légitime. Maintenant, il faut préciser une chose, c'est que le CCFD (Comité catholique contre la faim et pour le développement) en réagissant, ne le fait pas au nom de l'Eglise universelle ou de l'église qui est au Cameroun. C'est en tant que ONG. Il faut donc que les uns et les autres comprennent cela parce qu'on entend dire que l'église catholique s'immisce, ce n'est pas une réaction de l'église.
Je dirai enfin que ce qui gêne pour ces ONG aujourd'hui, c'est cette manie de s'en prendre au chef d'Etat, et surtout les chefs d'Etat africains. Pour la simple raison qu'il y a dans l'histoire de l'Afrique des problèmes réels pour lesquels ces ONG sont restées silencieuses. On a refusé de reconnaître le tord historique fait par l'Occident à l'Afrique en déclarant la traite négrière crime contre l'humanité. On a posé le problème de réparation, cela n'a pas été pris en compte. La colonisation n'a pas été suffisamment étudiée, on a jamais fait un bilan et on sait très bien ce que l'Afrique a perdu. La responsabilité de l'Occident n'a pas été établie et ces ONG restent silencieuses. Le problème de la dette et du système d'endettement est pratiquement ignoré. En plus, lors du premier synode spécial des évêques pour l'Afrique, on a souhaité que le commerce des armes soit déclaré illicite, cela n'a pas attiré outre mesure l'attention de ces ONG.
Ce qui peut être perturbant, j'allais dire dangereux c'est de pouvoir porter des accusations sans preuves contre un homme d'Etat et là, il faut savoir qu'un chef d'Etat incarne les institutions de son pays, un chef d'Etat est la conscience de sa nation, de tout un pays. Et si on arrive à porter des accusations même de simples soupçons sans qu'on ait des preuves qui conviennent, eh bien, c'est la conscience de tout un pays qui se trouve offensée et c'est là, à ce niveau qu'il faut pouvoir établir la responsabilité des déclarations qu'il faut faire. Parce que c'est très facile de jeter l'opprobre mais assumer les conséquences est quelque chose de très difficile. Donc, pour me résumer, je considère qu'il est important aujourd'hui que la gestion des affaires publiques obéisse à une éthique, qui est celle du bien commun. En tant que Camerounais, je n'ai pas le sentiment que ce qui se passe aujourd'hui dans notre pays va dans le sens d'une certaine gabegie et le chef de l'Etat a engagé une opération, on parle de l'Opération Epervier. Peut6être que dans cinq ou dix ans, on comprendra et on appréciera mieux cette opération. Mais on voit très bien que c'est une opération de guerre contre la corruption, contre les concussions, contre les détournements de fonds. Alors on peut se poser la question : peut-on aller en guerre contre ce qu'on juge négatif et ce qu'on juge mauvais pour l'avenir du pays en étant soi-même coupable? Cette question, il faut la prendre au sérieux. »
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