L'Autre Quotidien (Cotonou)
Par Amègnihoué Houndji
3 Juillet 2009
Le Niger, un Etat sahélien africain et le Honduras en Amérique centrale, tous les deux situés presqu'à la même distance de l'équateur (la situation géographique est sans doute fortuite), sont au même moment le théâtre d'une scène politique apparemment identique.
La constitution hondurienne n'autorisant qu'un mandat présidentiel de quatre ans, logiquement, 2009 devrait sonner le glas du pouvoir de Manuel Zelaya élu en 2005. Mais, la logique du pouvoir, parfois et en certains lieux, ne s'accommodant pas d'un raisonnement linéaire, hélas !, Manuel Zelaya a décidé d'organiser un référendum pour modifier la Constitution, afin de se présenter, envers et contre l'avis défavorable de la Cour suprême, du Congrès et de l'armée. Sans qu'il ait pu franchir un autre pas, ses velléités révisionnistes ont achoppé sur la détermination de l'armée à protéger les institutions de la République.
Déporté au Costa Rica, des pressions fusent du monde entier pour qu'il retourne dans son pays, sans grand espoir de l'y revoir ailleurs que sous les verrous : les nouveaux maîtres du pays menaçant de le mettre « hors d'état de nuire » dès son retour. Au Niger, l'exemple de Manuel Zelaya devrait sonner comme un avertissement, une invite à la sagesse et au respect des institutions. Hélas! En effet, au Niger où la constitution est plus généreuse offrant la possibilité de deux mandats successifs de cinq ans chacun, le président Mamadou Tandja élu la première fois en 1999 et réélu en 2004, a sollicité l'accord de l'Assemblée nationale pour une prolongation de son séjour de trois ans à la tête de l'Etat. Les députés s'y étant farouchement opposés, il a dissous l'Assemblée nationale le 26 mai, usant d'un pouvoir « discrétionnaire » prévu par la constitution. A la différence de son collègue d'outre-Atlantique, le président nigérien a franchi un premier pas en convoquant par décret, le corps électoral pour le 4 août. Ce premier décret a été abrogé le 12 juin par la Cour constitutionnelle qui l'a jugé anticonstitutionnel. Puis M. Tandja demande à la Cour de se dédire, en rapportant son arrêt, pourtant sans recours et contraignant. Confronté au refus catégorique de l'institution, il franchit un autre pas, s'arrogeant des « pouvoirs exceptionnels » dont la première victime est la Cour. Elle est dissoute, malgré le caractère inamovible de ses membres pendant les six années que court leur mandat.
Ainsi, alors qu'au Honduras, la communauté internationale donne de la voix pour le retour et la réhabilitation de Manuel Zelaya, au Niger le temps est à la dissuasion, à la prévention d'un scénario semblable, même si en la matière, il est difficile de prévoir les effets en partant des causes. Peut-être plus dramatiques, peut-être plus en douceur...seront-ils. Par la voix du commissaire au développement Louis Michel, la Commission européenne menace de revoir la coopération avec Niamey, indiquant que tout risque d'être remis en question. Paris, emmuré jusque-là dans un mutisme inquiétant, a qualifié d'« illégitime » la dissolution de la Cour constitutionnelle, disant qu'elle est un « signal négatif pour la démocratie nigérienne et la stabilité du pays ». La communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (Cedeao) a été la première à brandir des menaces de suspensions contre le Niger. Jean Ping, le président de la Commission de l'Union Africaine, a affirmé mardi dernier que l'organisation était « extrêmement préoccupée » par l'évolution de la crise.
Quoique de plus en plus isolé, lâché par une bonne frange de la coalition qui le soutenait, et sous la pression des fronts hétéroclites (partis politiques, organisations de la société civile, syndicats ), Mamadou Tandja avance, imperturbable (apparemment), vers son référendum du 4 août, avec la certitude d'avoir brisé tous les « garde-fous », prévus par la constitution afin que le pouvoir arrête le pouvoir. Le président Mamadou Tandja, faut-il le rappeler, n'a en rien innové en s'engageant dans la voie de la révision des dispositions de la loi fondamentale limitant le nombre de mandats présidentiels. Le Sénégalais Abdou Diouf, le Namibien Sam Nujoma, le Burkinabe Blaise Compaoré, le Guinéen Lansana Conté, le Tunisien Ben Ali, le Togolais Gnassingbé Eyadéma, le Gabonais Omar Bongo Ondimba, le Tchadien Idriss Déby l'y ont précédé, sans tintamarre, ni tollé général. En partie parce que la constitution de leur pays respectif s'y prêtait et que le paysage politique y était plus ou moins favorable. Dans le cas du Niger, ni l'une ni l'autre des conditions n'est remplie. La constitution est verrouillée, la classe politique hostile. Dans ce cas de figure, l'histoire récente de l'Afrique montre que des chefs d'Etat ont fini par renoncer au voeu tant caressé.
En Zambie, Frederick Chiluba a changé d'avis lorsque le parlement s'est fermement opposé à toute tentative de modification de la Constitution pour le maintenir au pouvoir. Plus proche du Niger, au Nigeria, le président Olusegun Obasanjo pouvait même compter sur son parti majoritaire au parlement pour introduire une loi modificative de la constitution lui octroyant un troisième mandat de quatre ans. Mais, face à l'opposition du vice-président Abubakar Atiku, des partis politiques, des syndicats et de la rue, il s'est rétracté. Alors que dire au président Mamadou Tandja sinon qu'il est encore possible d'emboîter le pas soit à Frederick Chiluba, soit à Olusegun Obasanjo, pour éviter à lui-même toute mésaventure (à la Manuel Zelaya) et à son pays les conséquences désastreuses de l'isolement sur le plan international ?
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