Mamadou Sarr
3 Juillet 2009
Au deuxième jour de la grève de la faim des travailleurs de l'hôtel Indépendance de Dakar, trois d'entre eux ont été évacués d'urgence à l'hôpital Principal. Malgré tout, les autres grévistes de la faim qui réclament le paiement de six mois d'arriérés de salaire sont déterminés à poursuivre leur diète.
Du dehors, à travers les vitres, on aperçoit les travailleurs de l'hôtel Indépendance couchés à même le sol. Ils sont couverts de draps multicolores. A l'entrée du hall, il est écrit sur une affiche collée : 'Par respect pour les travailleurs de l'hôtel Indépendance en grève de la faim, silence !'.
Lorsqu'on franchit le portail, on tombe sur des travailleurs couchés par rangées, inertes. Les hommes d'un côté, les femmes de l'autre. Au total, ils sont une soixantaine. L'ambiance à l'intérieur est glaciale. Le regard perdu de ces hommes et femmes avec leurs yeux couverts de cernes, renseigne sur la fatigue et la douleur qui les habitent en ce moment. Malgré cela, la détermination des autres à qui il reste un peu de force est inébranlable. 'Beaucoup de gens qui sont là ne peuvent plus tenir', constate une dame. Les responsables syndicaux pensent même à les retirer du groupe de grévistes pour les préserver.
En entreprenant de monter au premier étage où se trouvent les responsables syndicaux qui reçoivent les délégations et autres syndicalistes venus les soutenir, notre regard tombe sur une autre affiche où il est écrit : 'Nous réclamons six mois d'arriérés de salaire et nous demandons à l'Etat de répondre dans les meilleurs délais à notre plan social'.
Louis Philipe Dior, le responsable des travailleurs de l'Intersyndicale des travailleurs de l'hôtel Indépendance, confirme l'évacuation des trois personnes à l'hôpital Principal : 'Trois malades ont été évacués hier à l'hôpital Principal. Ce sont tous des hommes assez âgés. Le ministère du Tourisme s'engage à les prendre en charge'.
Du côté des autorités, l'on nous signale que le ministre du Tourisme et de l'Artisanat est passé discuter, lundi dernier, avec les grévistes de la faim. D'après Louis Philipe Dior, Thierno Lô leur a demandé de surseoir à leur mot d'ordre et d'attendre le retour du président de la République pour une résolution du problème. Une proposition rejetée par les grévistes de la faim qui réclament du concret. 'Parce que, soutient Louis Philipe Dior, quand un ventre est creux et que la poche est vide, on ne peut pas se contenter de promesses uniquement. C'est cela la réalité. Même si on accepte de lever le mot d'ordre de grève, les travailleurs n'ont pas de quoi rentrer chez eux, à plus forte raison de quoi assurer la dépense journalière. Forts de cela, nous disons que nous continuons'.
Mais, au-delà du paiement de six mois d'arriérés de salaires, les travailleurs veulent ici et maintenant le financement de leur plan social déposé auprès des autorités depuis décembre 2008. Jusqu'à ce jour, aucune réponse des autorités. 'Nous voulons que l'Etat constate que l'hôtel Indépendance ne répond plus aux normes, qu'il doit être fermé. Dans notre plan social, nous voulons que ceux qui ont plus de cinquante ans soient mis à la retraite anticipée et que les plus jeunes soient accompagnés par un an de salaire et qu'en cas de reprise, ils soient prioritaires dans les embauches', explique Louis Philipe Dior.
L'on nous signale que le président de la République a, par décret, 'exproprié' l'ancien propriétaire, l'Ipres. C'est la raison pour laquelle, les travailleurs estiment que la solution du problème serait beaucoup plus facile. C'est la deuxième fois depuis le début de l'année que les travailleurs font recours à la grève de la faim pour rentrer dans leurs fonds.
Bien plus, ajoute le responsable des travailleurs de l'Hôtel Indépendance, Thierno Lô leur a proposé, en concertation avec le Premier ministre, le recouvrement de la créance pour épurer les salaires. La dette de l'Etat à l'endroit de l'Hôtel Indépendance est de 130 millions, dont 88 millions rien que pour le ministère des Sports.
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