Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Ujtl - Crise d'autorité, de leadership, de confiance et de perspectives !

Mamadou Lamine Touré

3 Juillet 2009


'( ) Le développement d'une organisation passe par sa capacité de générer des conflits positifs, c'est-à-dire d'adopter des positions contradictoires mais où chaque partie est motivée par un seul objectif : le succès et le progrès de l'organisation' (Bill Clinton, Ancien président des Etats-Unis)

Les locales du 22 mars 2009 constituent sans nul doute une date à retenir dans l'histoire politique de notre pays gouverné depuis avril 2000 par le principal parti d'opposition à Senghor et à Diouf. Leurs résultats sont restés indélébiles dans nos mémoires, car le Pds de Me Abdoulaye Wade et ses alliés viennent de subir une déroute dans la quasi-totalité des capitales régionales et surtout à Dakar et sa banlieue. Les commentaires et analyses continuent de marquer les esprits sur les causes profondes de cette débâcle de la coalition Sopi pourtant ayant à son actif un bilan plaidant largement en sa faveur pour la reconquête des collectivités locales, bases de l'expression démocratique. Chaque responsable imputant avec amertume cette défaite à l'autre ; chaque militant simple accusant son frère ou sa soeur du même parti.

Au même moment, la Génération du concret, mouvement né pour agir et parler moins, outil de récupération et de recrutement de militants pour le renforcement et l'élargissement du Pds, devient la cible de préjugés et de critiques les plus acerbes, contraires à sa vocation et les objectifs qu'elle s'est fixés.

C'est malheureux, nous avons perdu ; mais tant mieux pour notre démocratie. Pourtant, que de déclarations et de prévisions risquées d'une belle victoire ! Nous avons tous mis de côté les atouts et forces modestes d'une opposition toujours considérée en perte de vitesse. C'est vrai, ce sont les mêmes termes utilisés, oubliant que c'est leur union qui fera leur efficacité : Benno. Il ne s'agit pas ici de leur tresser des lauriers, mais d'affirmer et de confirmer que le Pds a déraillé à l'occasion de ces joutes et il l'a fait vers la division. Cette division d'ailleurs est le quotidien du Pds depuis 2000. Elle l'a même secoué terriblement avant et après cette date de repère.

Le secrétaire général national, avec l'appui de tous, a donc un défi à relever, celui de la restructuration de son parti pour sa mutation vers une grande formation présidentielle. C'est naturellement en conséquence que toutes les idées et valeurs soient interpellées pour passer en revue l'ensemble des maux qui gangrènent le Parti démocratique sénégalais. Ainsi, les journées de réflexion du bureau de l'Ujtl ont vécu. A l'issue de ces assises, un sévère réquisitoire a été dressé à l'endroit du parti, de son secrétaire général national et de toutes ses composantes. Quarante-huit heures après, une spectaculaire reculade à travers un point de presse remet en cause toutes les informations et surtout les conclusions jugées nécessaires pour un Pds plus massif dans l'unité. Alors, compte tenu de notre position, de notre passion et de notre détermination à participer inlassablement au rayonnement de l'Ujtl, le devoir nous indique de tirer la sonnette d'alarme, de situer les responsabilités et d'essayer, de la manière la plus objective, de diagnostiquer l'état de ce qui est jusqu'ici la sentinelle et le fer de lance du parti.

D'emblée, acceptons tous que l'Ujtl, depuis le départ de Modou Diagne Fada, parce qu'atteint par la limite d'âge (35ans), traverse des séries de crises et de soubresauts sans précédent. Elle n'est plus percutante, n'a plus d'initiatives, ne pose aucunement de jalons pour s'imposer et est devenue amorphe. Toutefois, loin de nous l'idée de jeter l'anathème sur elle, très loin d'ailleurs. Et pour cause, nous avons lutté pour elle, l'avons appuyée avec vigueur et même, à cause d'elle, perdu des amis, frères et soeurs que nous aimons tant pour divergences d'approches, de points de vue et de démagogie dans la matérialisation du wadisme. Notre souci, c'est d'avoir une Ujtl dense, forte, conquérante, présente, émergente et crédible dans sa diversité. Et l'appel que nous lançons pour l'atteinte de ces objectifs s'adresse à tous pour reconnaître que nous souffrons d'une crise d'autorité, que nous trébuchons sur la question d'un leadership charismatique et plein de poigne, que la problématique de l'instauration d'un climat de confiance demeure et qu'enfin l'impérieuse nécessité de disposer d'un carnet de perspectives opérationnelles reste une réalité pour la présidentielle de 2012 et au-delà.

C'est un véritable malaise qui s'est installé à l'Ujtl pour être plus explicite sur cette crise d'autorité. En effet, le discours est le même. A l'Ujtl, il nous est difficile de savoir qui est et qui fait quoi. Nous le disons, car nous constatons que des voix s'élèvent de façon discordante et incohérente sur les évènements marquant la marche de notre parti. Et donc, le principe du respect de la discipline en son sein semble dévoyé. Nous ne le transgressons point ; il s'agit ici d'attirer l'attention sur ce fait. Dans la divagation, n'importe qui se lève pour soit injurier ou calomnier, tout en passant outre les statuts et règlements.

Cela découle justement d'une carence d'autorité capable de remettre de l'ordre dans nos rangs. Et la parfaite illustration de cette extraordinaire limite nous est servie par le journal l'As dans sa livraison du mardi 16 juin 2009 qui titre : 'L'Ujtl en rébellion'. La réaction telle relatée plus haut, ne tarda pas par un point de presse de dénigrement et de déballage alors qu'à cette ère du concret et de la compétition, le débat devrait tourner autour de questions relatives à l'ouverture de l'Ecole et de l'Université du wadisme et du libéralisme, de l'examen, puis adoption du projet de règlement intérieur entre autres.

La désinvolture et le manque de rigueur avec lesquels l'Ujtl est gérée, n'engagent cependant nullement certains membres de la commission dite de réorganisation et de redynamisation qui, rappelons-le, après la parenthèse du Comité d'initiatives pour la relance des activités de l'Ujtl (Cira) est une continuation de celle dirigée par Aliou Sow qui a eu, au moins, le courage et le mérite de renouveler les instances et même de tenir une conférence nationale à Kaolack. C'est donc le coeur meurtri que nous dénonçons la situation dans laquelle nous nous trouvons.

La capacité d'anticipation, d'alerte et de veille, c'est l'atout de ceux ou celles qui excellent dans le management des individus. Voilà autant de considérations que nous ne mettrons pas de côté afin de déduire qu'un leadership solide ne se décrète et ne s'arrache jamais ; ça s'acquiert avec méthode, tact et un sens élevé de la grandeur, de l'ouverture et de la disponibilité. Des handicaps éléphantesques !

Nous n'avons de problèmes particuliers ni de contentieux avec personne dans l'Ujtl ; nous voulons simplement dissiper les nuages qui assombrissent le ciel de notre structure et la sauver. Au départ de Fada, le mépris et la suspicion caractérisaient profondément le climat dans lequel nous évoluions avec une guerre froide entre ses partisans (rescapés du Ben) et les autres (nous défions quiconque pour le contraire). Etaient-ce lui et son successeur qui entretenaient cette atmosphère ? Notre langue est au chat. Mais de toute façon, il se disait bel et bien dans les réunions que Fada qui était en conflit ouvert avec Aliou Sow, est "présent" dans nos rencontres à travers certains qui lui faisaient le compte rendu de tous les détails. C'est exactement notre talon d'Achille : la résolution définitive de cette crise de confiance. Elle ne sera inhérente qu'à la volonté des uns et des autres d'établir des relations de vérité et de fraternité indéfectibles basées sur l'égalité dans le traitement et le degré de considération des acteurs dans l'exercice des rôles ; s'il y en a d'ailleurs !

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Dans la même lancée, nous partageons totalement les inquiétudes et réserves d'un de nos frères et tenons à les exprimer. Ses préoccupations sur le devenir, la révolution et l'avenir de l'Ujtl semblent mises en minorité par un manque de prise de conscience sur plusieurs enjeux et urgences, dû à des pratiques d'isolement de compétences.

L'Ujtl a besoin de tableau de bord et de paramètres pour servir de phare et de locomotive au parti et cela requiert d'excellentes perspectives pour la rendre vivace, fertile et féconde, mais aussi pour faire éclore ses talents. Et les visions ne manquent pas ! Quand on décide d'aller à l'assaut du pertinent sujet de l'assainissement de la maison Pds, il faudrait d'abord nettoyer devant sa chambre. Telle est notre conviction, car le mal est profond à l'Ujtl. Et elle a besoin d'inépuisables forces pour sa combativité et la fierté de notre secrétaire général national.

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