Le Pays (Ouagadougou)

Afrique: La pénible marche vers les Etats-Unis d'Afrique

5 Juillet 2009


L'élément le plus remarquable du document final adopté par les participants au 13e sommet de l'Union africaine (UA) qui s'est tenu du 24 juin au 3 juillet 2009 à Syrte, en Libye, est sans doute le changement de nom de la Commission, qui a été rebaptisée "Autorité". Au-delà du changement de nom, la nouvelle structure composée de 12 membres dont un président et un vice-président, aura essentiellement pour mission la coordination des politiques de défense et des relations internationales. Toutefois, les circonstances dans lesquelles a été adoptée l'Autorité commune, ainsi que le pouvoir apparemment limité dont elle est investie, suscitent quelque réserve quant à l'atteinte de ses objectifs.

En effet, l'Autorité de l'UA est le fruit d'un compromis à l'issue de plus de quatre heures de discussions marquées par des divisions sur les compétences et le nombre de secrétaires de celle-ci, et le rythme de la réforme de l'Union. Preuve s'il en est besoin, que la querelle entre les partisans de l'union sans préalable, et ceux de la démarche progressive est loin d'être enrayée. Mais à ce propos, les précisions du président Jean Ping sont sans équivoque. L'Autorité n'empiétera pas sur la souveraineté des pays membres, et elle n'est pas la phase définitive de la création du gouvernement de l'UA. Pour entrer en vigueur, l'accord doit être ratifié par les parlements des 53 pays membres, puis suivra la transformation de l'Acte constitutif de l'Union en vue d'intégrer les changements opérés. Le nouvel appareil n'aura donc pas les pouvoirs étendus comme l'a souhaité Mouammar Kadhafi, président en exercice de l'UA, et la formation d'un gouvernement panafricain ne sera pas pour demain la veille. N'en déplaise à ceux qui prônent l'avènement des Etats-Unis d'Afrique, sans être sûrs que les conditions nécessaires à une fusion viable sont réunies, mettant ainsi la charrue avant les boeufs. Si parmi ces derniers il s'en trouve qui méritent un crédit raisonnable étant donné qu'ils n'affichent aucune intention de vouloir profiter de la situation -- c'est le cas entre autres du président sénégalais Abdoulaye Wade -- il n'est cependant pas exagéré de faire preuve de méfiance vis-à-vis de ceux qui sont prêts à tout ou presque pour voir l'Afrique unie, peu importe les moyens employés et les conséquences d'une telle précipitation.

Et l'on peut citer en exemple dans cette dernière catégorie de chefs d'Etat, le Guide de la révolution libyenne dont l'empressement semble cacher des desseins inavouables parce que peut-être aux antipodes des intérêts communs du continent. Outre ses propos partisans, antidémocratiques et d'adepte du pouvoir à vie, certaines visites du président libyen dans certains pays africains, aux allures de campagne préélectorale marquée par d'extravagants bains de foules, ainsi que certains investissements très calculés faits à la tête du bénéficiaire et à coup de pétrodollars, sont autant de manquements qui font douter de la bonne foi du roi des rois africains. Et même s'il n'est pas superflu de penser comme celui-ci l'a exprimé pendant le sommet, que l'intégration du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) aux structures et procédures de l'UA contribuerait à résoudre les problèmes notamment de paix, de sécurité, de démocratie, de bonne gouvernance politico-économique, d'intégration et de coopération sous-régionale, l'on ne peut s'empêcher de se demander si les mots du colonel ont été bien pensés, ou s'ils valent aussi pour la pratique. Car on a toujours en mémoire ses déclarations partiales en Mauritanie où il était censé tenir sinon des propos véridiques, du moins un langage d'apaisement du fait de la tournure prise par la crise dans ce pays. L'on n'oubliera pas non plus de si tôt les expulsions de ressortissants africains par les autorités libyennes.

Afrique: L'Union africaine à côté de l'essentiel

Toutes choses qui laissent entrevoir une absence de sincérité dans les prétentions de Kadhafi, tellement le hiatus entre ses actes et ses promesses est considérable. De là à penser que ce dernier veut réaliser, et le plus vite possible, puisqu'il est de loin un ex-jeune, l'unité africaine surtout pour s'en servir comme sa chose personnelle et par la même occasion inscrire son nom en lettres d'or dans les annales de l'histoire de l' Afrique, il n'y a qu'un pas que les vrais acteurs de l'unité du continent, par précaution, ont vite fait de franchir. Et les raisons pour aller progressivement mais sûrement à la réalisation des Etats-Unis d'Afrique sont à la fois légion et valables. Quand on sait que dans une entreprise comme celle consistant à unir tout un continent, du début dépend la fin, pour que ce projet ne fasse pas l'effet d'un feu de paille, il est impératif d'en poser de vrais jalons. Les regroupements étatiques d'envergure continentale comme l'Union européenne dont les retombées sont de nos jours palpables et enviables ne se sont pas réalisés en si peu de temps. Des étapes élémentaires sont utiles et pourraient consister en un renforcement des regroupements sous-régionaux existants, en y créant les conditions de paix, de sécurité, de démocratie et de libre circulation des personnes et des biens, sans lesquelles toute tentative d'union à l'échelle continentale serait vouée à l'échec. Et pourquoi, afin de faire la preuve palpable de leur sincérité, les chefs d'Etat qui s'estiment prêts pour l'union définitive et totale ne formeraient-ils pas un club au sein duquel ils créeraient toutes les conditions sus-citées en supprimant par exemple les contraintes de déplacements et d'échanges entre leurs pays ?

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