Abdoulaye Tao
5 Juillet 2009
La rue est sortie massivement cette fois pour dire son opposition au projet du président nigérien Mamadou Tandja. La mobilisation du 5 juillet, au contraire de l'opération ville morte de la semaine dernière, a été plus forte à cause certainement de l'officialisation de la date du référendum pour le 4 août prochain. Exit donc les législatives, place au tazartché (continuité) qui devra permettre au président sortant de terminer ce qu'il a commencé en prolongeant son mandat au-delà des deux autorisés par l'actuelle Constitution. Fort des pouvoirs exceptionnels qu'il s'est octroyés, Tandja a convoqué le corps électoral pour le 4 août, soit dans un mois. Plus rien ne semble donc pouvoir arrêter la réalisation du dessein du président. Comme un saut d'obstacles, il a balayé successivement l'Assemblée nationale et la Cour constitutionnelle.
Pour cette dernière, il a renommé des juges acquis. Il faut bien que quelqu'un valide ce processus en lui donnant une onction juridique. Va-t-il également balayer d'un revers de la main la volonté de la rue qui gronde sa colère et son opposition au projet de référendum ? S'il a pu se réjouir très tôt du flop de l'opération ville morte, le président nigérien tient cette fois, à travers les milliers de manifestants de la capitale, un bon indicateur de la perception de son projet par une partie non négligeable de ses concitoyens. Reste donc la CENI, institution chargée d'organiser le prochain scrutin référendaire. Elle a la lourde responsabilité d'organiser un scrutin déjà jugé illégal par l'ancienne composition de la Cour constitutionnelle. Si elle s'en tient à la loi, elle y renoncera. Cependant, tout laisse croire qu'il n'en sera rien. Son président n'a-t-il pas déclaré prendre acte de « l'Etat d'exception » ? La CENI fera donc son travail mais sans certains membres de la société civile qui ont abandonné le navire afin de ne pas cautionner le hold-up en cours. Les représentants des partis d'opposition n'ont pas fait de même, afin d'avoir un oeil sur le résultat du scrutin. Une démission fracassante et collective aurait largement fait l'affaire du camp présidentiel. Mais voilà, c'est tout le contraire de ce qui était attendu.
Loin de cautionner un projet qu'elle va combattre jusqu'au bout, la présence de l'opposition au sein de la CENI est stratégique : elle veut avoir l'oeil sur le déroulement du processus. Mais la laissera-t-on seulement fouiner comme elle le souhaite au vu de l'ambiance déjà délétère entre partisans et opposants de Tandja ? C'est une question dont on aura rapidement la réponse dans quelques jours avec la révision et la distribution des cartes d'électeurs. La CENI a reçu une enveloppe de 900 millions de F.CFA pour préparer cette phase. L'argent ne semble pas poser de problème. L'essentiel pour le camp présidentiel est que le référendum puisse se tenir et donner le quitus nécessaire pour le début du règne de Tandja II. Le fait pour les opposants de ne pas quitter la CENI, est en soi une mauvaise nouvelle pour le pouvoir en place. Le huis clos prévu pour plier le scrutin risque de ne plus avoir lieu, comme si l'opposition commençait à avoir un doute sérieux sur la popularité dont se vante tant le président Tandja pour « légitimer » son forfait.
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