Sud Quotidien (Dakar)

Sénégal: Pour recouvrer sa liberté baillonnée - La presse gambienne s'organise à Dakar

Cherif FAYE

4 Juillet 2009


Pour alerter l'opinion internationale sur l'état de la liberté d'expression en Gambie et pour faire libérer les sept journalistes détenus depuis le 15 juin dernier en rapport avec les « affabulations » du Président Yayah AJJ Jammeh sur l'assassinat du journaliste Deyda Hydara survenu en 2004, les membres en exil du syndicat des journalistes gambien "Gambia Press Union" ont tenu, hier vendredi 3 juillet 2009, un point de presse au siège du Synpics sur le Boulevard de la République. Ils entendent mener le combat pour recouvrer leur liberté, mais aussi pour faire libérer leurs confrères emprisonnés.

Ndey Tapha Sosseh bat campagne malgré l'exil qui lui est imposée. En effet, c'est elle, en tant que Présidente du syndicat de la Presse gambienne ayant réagi par rapport à la sortie du Président Jammeh du 11 juin à la télévision nationale gambienne sur la mort du journaliste Deyda Hydara, que les services de sécurité étaient allées chercher le 15 juin dernier à leur siège à Bakau New Town. Ã- défaut de la trouver, dès lors qu'elle était en déplacement à Bamako, ils avaient arrêté ses confrères dont le jugement programmé hier vendredi 3 juillet est renvoyé à une date ultérieure.

C'est avec le soutien de la Fédération internationale des journalistes (Fij), l'Union des journalistes de l'Afrique de l'Ouest (Ujao), le Syndicat national des professionnels de l'information et de la communication du Sénégal (Synpics), le Comité pour la Défense et la Protection des Journalistes et le Comité des Éditeurs et Patrons de Presse, que le syndicat de la Presse gambienne "Gambia Press Union" a tenu hier vendredi 3 juillet 2009 un point de presse pour éclairer l'opinion publique internationale sur le sort de Bai Emil Touray, Sarata Jabbi Dibba, Pa Modou Faal, Pap Saine, Ebou Sawaneh, Sam Sarr, Aboubacarr Saidy Khan, tous emprisonnés dans les geôles de Yayah AJJ Jammeh.

Ibrahima Khalil Ndiaye, secrétaire général adjoint du Synpics, a fait un bref survol de la situation qui prévaut en Gambie en demandant l'engagement de tous pour la libération des frères gambiens arbitrairement détenus en prison. "Les journalistes arrêtés le sont pour le simple fait d'avoir dénoncé et qualifié de honteuse la déclaration du Président Jammeh qui aurait déclaré à la télévision gambienne que l'assassinat de Deyda Hydara était simplement un crime passionnel. C'est une insulte contre la mémoire du défunt. Le peuple gambien souffre, sa liberté d'expression est bâillonnée . C'est notre devoir d'aider nos frères", a-t-il intimé. Visiblement sous pression, répondant aux appels de sympathisants qui suivent le procès en Gambie, Ndey Tapha Sosseh, Présidente du "Gambia Press Union", apprend à l'assistance que le procès est renvoyé à une date ultérieure et les journalistes retournés en prison après avoir été entendus. "Notre sécurité est danger. Nous vivons une situation très difficile. Nous sommes harcelés, arrêtés et jetés en prison pour le simple fait d'exercer notre métier", a-t-elle déclaré avant d'expliquer les tenants et les aboutissant de cette situation.

"Le Président Jammeh avait tenu des propos provocateurs sur l'assassinat de Deyda Hydara en parlant de crime passionnel. Nous avons réagi pour montrer notre indignation car ceci est une insulte à la mémoire de la victime qui était quand même respectable", a souligné la présidente du syndicat des journalistes gambiens. "C'est une insulte à la justice que d'entendre des gens longtemps détenus sans leur accorder la liberté sous caution", a-t-elle poursuivi en demandant en même temps la réaction des institutions étrangères et de l'opinion publique internationale pour faire libérer ces journalistes embastillés.

Pour sa part, Gabriel Baglo, représentant de la Fij et de l'Ujao, a noté que "la situation est grave en Gambie". Il a ainsi expliqué que Ndey Tapha Sosseh ne pouvait plus rentrer chez elle car sa vie est désormais en danger, dans la mesure où c'est elle que les forces de sécurité étaient allées cueillir sans la trouver. Selon lui, les journalistes se sont mobilisés à Londres, à Bruxelles et en Éthiopie où ils remettront des lettres de protestation aux ambassades gambiennes. La même stratégie est adoptée au Sénégal. Madiambal Diagne, représentant les patrons de presse, a d'abord salué "le leadership" de Ndey Tapha Sosseh avant de dénoncer "le régime de terreur qui prévaut en Gambie".

"Les gens ont peur", a-t-il déclaré. L'avocat des Droits de l'homme, Mai NK Fatty, rappelant que son pays s'était engagé à respecter la liberté d'expression, a lancé un appel à la communauté internationale pour rappeler le Gouvernement à l'ordre dès lors qu'il s'était engagé à la respecter. "Ceci est un combat pour la vie ou la mort", a fait savoir le secrétaire général du nouveau parti politique "Gambia Moral Congress". L'ancien président du syndicat de la presse gambienne, Demba Aly Jawo, faisant aujourd'hui office de conseiller de la structure, et journaliste avec Apanews, rappelant les relations de fraternité qui existent entre la Gambie et le Sénégal, a demandé l'engagement des confrères Sénégalais pour trouver une solution à ce problème qui saborde la liberté de leurs frères.

Liens Pertinents

Il faut rappeler que depuis le triste évènement de l'assassinat de Deyda Hydara en 2004, les relations de la presse et du pouvoir gambien se sont détériorées. Des lois jugées "impopulaires" sont votées par l'Assemblée nationale du pays pour museler la liberté de la presse et des journalistes. Dans une de ses célèbres sorties en 2005, le Président Jammeh avait intimé aux journalistes "de choisir de se taire ou de sortir du pays". Beaucoup de journalistes ont été emprisonnés, battus, torturés, menacés, d'autres ont même échappé à des tentatives de meurtres. Voilà déjà trois ans, jour pour jour que le journaliste Chief Ebrima Manneh, arrêté en juillet 2006 par les agents de la "National Intelligence Agency" (Nia) est porté disparu.

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