5 Juillet 2009
Après avoir tiré à boulets rouges sur certains membres de la direction du CDP pour leur malgouvernance, le groupe des refondateurs, dans la déclaration ci-dessous annonce la création prochaine d'un "cadre politique transparent".
Le 23 avril 2009, les Refondateurs du CDP ont rendu leur démission. Depuis cette date, nombre d'événements politiques se sont produits, sur lesquels nous ne nous sommes pas manifestés : - des débats ont eu lieu sur la mouvance présidentielle ; - la Constitution a été l'objet de modifications ; - des responsables du CDP ont tenu des propos sur notre démission ; - le « Forum des citoyens de l'Alternance » a fait couler de l'encre. Sur tous ces sujets, nous voulons aujourd'hui, apporter notre appréciation.
De la mouvance présidentielle
La mouvance présidentielle, dans sa configuration actuelle, est née de la mal gouvernance du CDP. C'est en effet en 1997 que le ministre A. Diemdjoda, mal placé sur la liste CDP alors qu'il se savait représentatif de sa région, a quitté ce parti. La suite lui a donné raison puisqu'il s'est imposé contre le CDP en se faisant élire député seul et contre tous sur la liste du nouveau parti qu'il venait de créer. Le brio de ce succès était d'autant plus éclatant qu'il n'y avait qu'un seul siège en compétition dans cette circonscription. Fait historique sans précédent dans notre pays, le choix des candidats CDP aux élections législatives avait été soumis à des primaires. Magnifique ! Mais, car il y a bien un mais, les noms qui sortent de ces primaires, donc de la base du parti, ne sont pas tous, ceux que la direction attendait. Et cela se comprend aisément : en dehors de Ouagadougou et de quelques autres grandes villes où certains s'exerçaient à faire avec plus ou moins de conviction, mais en tous les cas avec beaucoup d'intérêts, l'apologie d'idéologies désuètes, il s'en trouvait qui ignoraient jusqu'à la route de leur village. Alors , la direction du parti, par des contorsions dont elle a seule le secret, a trouvé le moyen d'abandonner ce sentier lumineux des primaires pour revenir à la bonne vieille méthode du centralisme démocratique, qui permet à un groupe de quelques personnes, confortablement installées dans un bureau bien climatisé de Ouagadougou, de décider, seuls et à la place de tous, de qui doit ou non figurer sur les listes électorales.
C'est ainsi, que la direction du parti a réussi à faire revenir ou à faire entrer dans l'honorable institution qu'est l'Assemblée Nationale, des personnes qui n'ont aucun lien réel avec les électeurs (et ce d'autant plus facilement que notre système électoral oblige à voter pour une liste et non pour un candidat.) et de la même façon à en faire partir ceux qu'elle ne voulait plus voir. C'est ce que nous, les refondateurs, avons appelé la politique des copains et des camarades des anciens groupuscules communistes. Point besoin de citer des noms. Ils se connaissent, la direction du parti les connaît, et tout le monde aussi les connaît. Ils sont souvent confinés à des tâches plus ou moins techniques et leur zèle n'a d'équivalent que leur conscience de ne pas être à leur place. A titre illustratif de ces contorsions, à la réunion du Bureau politique national qui a suivi le congrès du parti en 2003, et sur le point du renouvellement des structures, le président du parti a informé les membres, de la décision de désigner en cascade, les trois premiers responsables du parti à tous les niveaux, depuis la section provinciale jusqu'au comité de village ou de secteur. Sur ce point précis, notre camarade Emile René Kaboré a levé la main pour dire que pour un parti qui a donné le bel exemple des primaires en 1997, il me semblait que cette procédure était la manifestation d'un recul démocratique et même d' une insulte aux militants à qui on ne reconnaissait même pas la capacité d'élire leurs dirigeants dans le parti alors que, parallèlement, on sollicitait leur vote à des élections présidentielles(2005) et bientôt législatives(2007). Deux réponses lui ont été données : Celle du président du CDP : « ...on peut dire que le camarade Emile a raison...disons que c'est un recul pour mieux sauter.. » Celle du 1erV.P. : « .......si on fait comme le camarade Kaboré le dit, il va arriver un moment où de nous qui sommes ici,(en balayant de la main le présidium,), il n'y aura plus personne... » C'était comme pour dire qu'il s'agissait de reculer démocratiquement pour empêcher toute alternance au niveau de la direction du parti. Interprétation abusive ? Peut-être que non. Sinon comment expliquer que ce soit ces structures mises en place avec les trois premiers responsables, nommés et non élus, qui soient chargées en 2007, de donner des notes de popularité aux postulants à l'investiture du parti pour les élections législatives ? On ne fait pas des choix objectifs avec des critères subjectifs. Cette mal gouvernance ne s'est pas arrêtée .C'est ainsi qu' aux élections de 2002, on a pu voir venir ou revenir à l'Assemblée Nationale comme députés, quinze, nous disons bien quinze, quinze personnalités qui, à l'instar du ministre Diemjoda en 1997, ont préalablement démissionné du CDP pour marquer leur désapprobation des choix imposés par le centralisme démocratique et battre en force le CDP. Sont de ceux là et à titre d'exemple notre ami et regretté, le ministre Cyril Goungounga, l'honorable Gouem L. Saidou, l'honorable Kaboré Saîdou, l'honorable Bangou Gnémimia, etc..... Aux élections législatives de 2007, ça a été le tour des honorables Kousoubé Célestin, Palguin Sambaré et bien d'autres .La liste est longue. Il suffit de la vérifier de bonne foi... Pierre Tapsoba, Boly Moussa, Yao Marc, Taho Amadé , Mathieu R Ouédraogo et Emile René Kaboré, sont de ceux qui ont clairement dit non à la dictature du centralisme démocratique, bien que pour certains d'entre eux, la place de leur nom sur les listes leur assure d'être élus sans problème. C'est cette politique à l'ambiance délétère, où le mérite et la représentativité n'ont apparemment aucun sens, qui a engendré et continue de nourrir la mouvance, composée de personnalités en total désaccord avec la direction du CDP mais qui, pour l'heure, continuent d'apporter leur soutien au Président Compaoré. Cette politique qui donne à voir cette capacité inouïe de la direction du CDP à diviser, à fractionner et partant à perdre du terrain. La gestion de la circonscription électorale du Kadiogo en est un bel exemple : aux élections législatives de 1992, l'ODP/MT a remporté 9 sièges sur 10. En 1997, le CDP en a remporté 8. En 2002, le score descend à 6 et en 2007, il n'est plus que de 4, ce qui signifie que la province où se trouve la capitale a, quoique certains continuent de proclamer le contraire, échappé totalement au CDP. On peut dire tout ce qu'on voudrait entendre, mais la réalité est là,... têtue. C'est à l'évidence cette dichotomie, entre ce que tout le monde perçoit comme étant la politique du Président Compaoré et la mal gouvernance du CDP qui a favorisé la situation confuse dans laquelle s'est installée l'ADF/RDA qui, tout en se réclamant de l'opposition, soutient et participe à la politique défendue par le CDP. Mais cela peut- il à lui seul justifier le vote de la loi sur le « nomadisme politique » demandée sans succès par d'autres depuis bien longtemps ? L'impression malsaine qui se dégage, c'est que cette loi est taillée sur mesure pour empêcher par exemple, comme on peut le supposer, que certains députés, même du CDP, n'aillent voir ailleurs et pourquoi pas chez les refondateurs ? Et ce d'autant qu'il a fallu recourir à une modification de la Constitution pour y parvenir. Or à notre humble avis, les lois doivent découler de la Constitution et par conséquent, ne doivent pas en violer l'esprit. L'on nous rétorquera que la Constitution n'a pas été violée puisqu'elle a été au préalable modifiée. C 'est un fait. Mais quand on regarde dans le fond, on ne peut qu'admettre que l'esprit qui voulait que le député, bien qu'élu dans le cadre d'un parti et d'une circonscription, soit représentatif de toute la nation a disparu. Pour tout dire, cette loi nous pose un problème, celui de l'immunité parlementaire, en ce qu'elle nous semble limitative, dans son esprit, d'une prérogative constitutionnelle. Elle nous laisse d'autant plus perplexes que le député qui perd son mandat parce qu'il a démissionné d'un parti doit attendre les prochaines élections pour espérer recouvrir son mandat. Cela ne nous paraît pas juste pour trois raisons : 1- Comme il a été abondamment démontré plus haut, on peut démissionner du CDP, par exemple et battre le CDP aux élections suivantes. 2- Il en découle donc qu'un député peut démissionner d'un parti, en cours de mandat, en parfait accord avec sa base qui, ne l'oublions pas, évolue elle aussi . De ce fait, il ne nous paraît pas du tout juste que de façon mécanique, même au prétexte d'une loi, on « nomme » député, le suppléant du démissionnaire sans s'en référer à son électorat. En clair, pour conférer à cette loi un minimum de crédibilité il eût fallu l'accompagner d'une disposition permettant l'organisation d'élections partielles. 3- Dans les grandes et vieilles démocraties, ce genre de dispositions n'existe pas. Nous le disons parce que notre Constitution a été fortement inspirée par la Constitution française. Et nous voyons bien ce qui s'y passe. Prenons encore l'exemple des Etats-Unis d'Amérique (USA) : pour schématiser, disons que le jeu politique y est tel qu'un président, pour disposer d'une profondeur suffisante, doit pouvoir compter sur au moins soixante voix au Sénat. Le président Obama, malgré son succès plus que populaire et surtout l'énorme espoir qu'il incarne, ne pouvait compter que sur cinquante neuf voix. C'est un sénateur républicain de soixante douze ans qui alors qu'il siégeait depuis quarante (40 ans !) pour le compte du Parti Républicain, a eu l'idée de démissionner pour rejoindre les Démocrates et permettre au président OBAMA de disposer des élus nécessaires pour mener à bien les profondes réformes qui, au-delà des USA, sont attendues par nous-mêmes ici au Burkina. Que dire de l'amendement constitutionnel sur les conditions de candidature à l'élection présidentielle ? C'est vrai, cette loi apparaît plus juste. Elle vise à renforcer un dispositif constitutionnel et non à la contredire. Mais à y regarder de près, on s'aperçoit au regard de notre propre histoire que si le but recherché est le renforcement de notre processus démocratique, l'essentiel n'est pas là. Pourquoi ? Depuis que notre pays a accédé à la pleine souveraineté, il a compté six (6) présidents, de Feu le Président Yaméogo au Président Compaoré. La plupart d'entre eux le sont devenus alors qu'on ne les attendait pas, sans demander l'avis de quelqu'un et certainement pas après avoir payé une caution ou exhibé des signatures d'élus qu'on avait plutôt embastillés. Non ! Soyons sérieux. L'essentiel aujourd'hui, et que tout le monde attend, c'est que le jeu politique soit plus transparent, que ceux qui gagnent soient ceux qui ont vraiment gagné, qu'on mette fin à toutes ces tricheries organisées par des « professionnels du bidouillage électoral », spécialistes en fausses cartes d'électeur et autres fausses cartes de famille, savants dans l'art de convoyer les électeurs comme du bétail d'un bureau à un autre dans le seul but de bourrer les urnes. L'essentiel aujourd'hui, c'est le toilettage du fichier électoral et son informatisation. L'essentiel aujourd'hui, c'est l'établissement de listes électorales fiables avec la photo numérisée de chaque électeur, comme le Ghana nous en a donné l'exemple en décembre 2008. L'essentiel aujourd'hui, et peut-être le plus urgent, c'est que toute la classe politique puisse se parler et parler avec tout le monde, faire un bilan pour en tirer les conséquences, et redéfinir une plate-forme qui (re) crédibilise le POLITIQUE et donne des gages de sérénité pour l'avenir, l'avenir de notre pays, notre avenir et surtout celui de nos enfants. C'est, nous semble-t-il ce que demandent les Refondateurs Nationaux et que la direction du CDP, réfractaire à toute idée de débat, s'emploie à torpiller. Et surtout, que l'on ne s'y trompe pas. L'assemblée nationale ne peut pas à elle seule résoudre le problème. Quand on observe que des partis comme le PAI ou l'UNDD ou encore les VERTS n'y ont aucune présence, on peut à juste raison se demander si l'Assemblée nationale d'aujourd'hui est encore représentative de l'ensemble de la classe politique de notre pays. Et que dire du « verrouillage » des débats au sein même de l'Assemblé nationale ? Seuls les projets de loi, c'est-à-dire ceux qui sont soumis par le gouvernement, sont examinés et toujours dans le seul sens de les faire adopter au motif que « le gouvernement, c'est notre gouvernement » (entendez celui du CDP).
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