Rousseau-Joël Foute
6 Juillet 2009
Hôte du mesommet des chefs d'Etat de l'Union africaine (UA), tenu à Syrte (Libye) du 1er au 3 juillet 2009, le guide de la révolution libyenne, le colonel Mouammar Kadhafi, doit être un homme ravi.
Elu en février dernier pour un an à la tête de l'UA, malgré la réticence manifeste de certains dirigeants, le colonel Kaddafi compte mettre à profit sa présidence pour forcer la voie à la concrétisation d'une "unité africaine" dont il a fait un objectif prioritaire. Quitte à bousculer, comme il en a l'habitude, les plus réticents, parmi lesquels les pays d'Afrique australe.
C'est ainsi qu'au terme du sommet de Syrte, on peut affirmer que le président libyen a marqué un point important. Car les dirigeants africains se sont mis d'accord, tard dans la nuit de jeudi à vendredi, sur la proposition libyenne visant à transformer l'Union africaine et étendre ses prérogatives. C'est la fin d'un débat houleux qui aura duré plusieurs mois. Les chefs d'Etat Tard ayant décidé enfin de remplacer l'actuelle Commission de l'UA par une "Autorité" disposant d'un rôle de "coordination" en matière de "politique de défense commune". Elle pourra aussi "parler au nom" de toute l'UA "au sein des organismes internationaux, notamment dans le domaine de la politique extérieure", mais sur mandat des Etats membres.
Analysant pour sa part la portée d'une telle décision, une dépêche de l'Associated Press (AP) relève que les changements enregistrés à Syrte devraient voir la Commission de l'Union africaine devenir l'"Autorité africaine". Puis, que ce projet d'accord indique que cette nouvelle Autorité va simplifier la structure de l'UA en étendant de manière significative ses pouvoirs en matière de défense, d'échanges internationaux et diplomatiques. Le document obtenu par l'AP est considéré comme une étape capitale de la vision du leader libyen d'un gouvernement fédéral qui présiderait aux destinées des "Etats-Unis d'Afrique".
Toutefois, pour entrer en vigueur, affirme-t-on, cette Autorité devra d'abord être approuvée par l'ensemble des parlements nationaux. Il s'agit, selon les diplomates rencontrés par nos confrères sur place, d'une timide avancée vers les "Etats-Unis d'Afrique" dont Mouammar Kadhafi a fait son grand projet. Pour le ministre béninois des Affaires étrangères Jean-Marie Ehouzou, cité par l'AFP, "les Etats sont prêts à laisser tomber une partie de leur souveraineté au profit de cette Autorité".
Cependant, certains pays, comme le Nigeria et plusieurs Etats d'Afrique australe, ont clairement fait savoir qu'ils n'étaient pas prêts à aller jusque-là, estimant qu'une coopération économique accrue devait précéder l'intégration politique. Un délégué d'un de ces pays parlait même d'une "embuscade" tendue par Mouammar Kaddafi pour forcer leur assentiment. Un autre notait aussi que, parmi les Etats réticents, seuls les plus importants ou les plus éloignés géographiquement de la Libye avaient publiquement fait connaître leur désaccord.
Dès lors, on peut se demander si l'Autorité entrera rapidement en vigueur, les pays qui ne sont pas d'accord avec la Libye ayant la possibilité de bloquer son approbation par leurs parlements nationaux. C'est dire qu'après le sommet de Syrte, la diplomatie devra continuer à jouer son rôle pour rallier les opposants au projet. Sinon, de nouveaux obstacles pourraient surgir.
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