Jean François Channon
6 Juillet 2009
Le chef de l'Etat reconnaît, une fois de plus, que le système qu'il incarne est en proie à plusieurs maux.
Vendredi dernier 3 juillet 2009, au Palais de l'Unité, Paul Biya a rencontré le tout nouveau gouvernement de Yang Philémon. C'était au cours d'un conseil de ministres avec comme seul point à l'ordre du jour, la communication spéciale du chef de l'Etat.
Après la formule d'usage, faite de félicitations aux promus et ceux aux maintenus au gouvernement, le président de la République a très vite indiqué les motivations qui ont conduit au réaménagement gouvernemental du 30 juin 2009. " Mon ambition n'a pas changé. Il s'agit, à travers la politique des " grandes ambitions " définie au début du septennat, d'assurer le développement de notre pays et d'améliorer les conditions d'existence de notre population. " Parlant du bilan à mi-parcours de ce septennat, du gouvernement Inoni, mis en place en décembre 2004, le jugement de Paul Biya envers son ancien Premier ministre est plus que sévère. " Si, incontestablement des avancées ont été réalisées, les résultats obtenus n'ont pas été à la hauteur de toutes nos attentes ", assène-t-il.
Comme pour justifier le limogeage de chief Inoni Ephraim, " Il était donc nécessaire de se demander pourquoi, d'identifier les obstacles rencontrés, et d'en tirer les leçons. Certes, la crise mondiale qui a atteint le Cameroun il y a quelques mois, a compliqué notre tâche. ( ) Mais la crise n'explique pas tout. Globalement en effet, notre économie a été plutôt moins touchée que les autres ; pour dire les choses clairement, je crois que nous avons manqué de dynamisme. L'inertie que j'ai souvent dénoncée a repris le dessus. ". Et toc
Temps perdus
Paul Biya n'a pas seulement dénoncé, il est aussi passé aux aveux : " ( ) La corruption, même si elle est vigoureusement combattue, continue de freiner notre action ". De même qu'il reconnaît que le chômage, qui amène la pauvreté, a fait son lit dans le pays qu'il dirige, et que de nombreux retards dans l'exécution des chantiers dans le domaine des infrastructures ont été enregistrés. " Trop de temps a été perdu. Trop d'efforts dépensés dans de pure perte ", regrette le chef de l'Etat. Alors, que propose donc, Paul Biya au gouvernement que va conduire Yang Philémon ? Quelques prescriptions : " Nous devons mettre en oeuvre un programme de développement énergétique qui répond à nos potentialités. ( ) Les responsables de ce secteur devront dans les six mois rendre compte des actions entreprises. " Sur le plan de l'agriculture et de l'élevage, le président de la République demande au gouvernement de réveiller, " les grands projets agro-industriels qui dorment dans les cartons depuis des années ".
Et, prévient-il, " là aussi, j'attends des décisions, j'attends des résultats. Non seulement nous pourrions être pour des générations à l'abri d'une crise alimentaire, mais nous serions aussi en mesure de satisfaire la demande des pays voisins ". Le chef de l'Etat poursuit en formulant un souhait fondamental : " J'attends de ce gouvernement réaménagé qu'il donne un nouvel élan à son action, en particulier dans les secteurs où une certaine forme de routine ou d'inefficacité paraît s'être installée. J'attends aussi de lui qu'il remette en vigueur l'usage des feuilles de route qui paraît être tombé en désuétude. J'attends enfin qu'il manifeste dans son action une réelle cohésion et une véritable solidarité qui sont les gages du succès. "
Au final, comme d'habitude, c'est un Paul Biya fortement " ponce-pilatiste " et qui remet à jour la notion qui dit que " le président est bon, mais c'est son entourage qui est mauvais ". Ce qui amène un politologue de l'Université de Yaoundé II, pourtant proche du sérail approché par Le Messager à faire le commentaire suivant : " On est quelque peu perdu. Si le Paul Biya est sincère dans ses propos, le réaménagement devrait emporter tous les membres du gouvernement dans les administrations qui sont impliquées dans l'inertie qu'il décrit. Et lorsqu'on regarde ce gouvernement réaménagé, la plupart sont restés en poste. Il en est de même pour la corruption qui selon le chef de l'Etat freinerait l'action des " grandes ambitions ". Enfin, et c'est le plus notable, on peut bien se poser la question de savoir, face à tout cet état des choses qu'il décrit dans sa communication spéciale, que fait ou alors que faisait le président de la République, avant de se plaindre à posteriori ? " Question à un sou.
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