Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: 5 juillet 1967 - La ville de Bukavu tombe entre les mains des mercenaires

6 Juillet 2009


Kinshasa — Le 5 juillet 1967, le mercenaire belge Jean Schramme, secondé par son compère français Bob Denard, s'empare de la ville de Bukavu. Et se proclame, pour paraphraser Mobutu, «sans-pince-rire, président de la République démocratique du Congo» Il va résister jusqu'au 5 novembre de la même année avant de se retirer au Rwanda. Ci-dessosus, un récit tiré sur Congoforum et un rappel des faits de Tshilombo Munyengayi, alors assistant à la faculté de droit à l'Université de Kinshasa.

Tout a commencé en 1964, un an après l'écrasement de la sécession katangaise. Face à la rébellion des guérilleros mulélistes, les redoutables «simbas» (lions en langue swahili) dirigés au Kivu par Laurent Kabila, Tshombé promu Premier ministre du Congo-Léopoldville bat le rappel de ses vieux complices: Mike Hoare que Denard considère comme l'homme de la CIA, Bob lui-même, Schramme et Tavernier qui à la tête de son 14ème bataillon commando «pacifie» la région de Watsa. Cette fois encore, les «affreux» ont un «aumônier». Dans le bataillon Léopard, témoigne Schramme, un homme d'église, s'occupe en effet du renseignement: un certain Louis O., missionnaire flamand, ancien du front de l'Est. Les fidèles Noddyn et Bracco sont toujours là. Le colonel Vandewalle refait surface en conduisant l'«Opération Ommegang» sur Stanleyville, où mille expatriés sont otages des Simbas. Des anciens de la Wehrmacht, comme le major Siefried Mueller, décoré de la Croix de fer sur le front russe, complètent l'effectif.

Pour couronner le tout, la CIA engage des pilotes cubains anticastristes et des commandos de marine recrutés en Afrique du Sud et en Europe. Elle leur procure des vedettes pour attaquer à partir du lac Tanganyika les rebelles de Kabila et couper leurs lignes d'approvisionnement, indique un ouvrage collectif préfacé par Sean Mac Bride. Pour ce faire, l'»Agence» recourt à une société-écran, la «Western International Ground Maintenance Organization (WIGMO) basée au Liechtenstein.

Dans la troupe, on trouve de tout, y compris des jeunes gens en mal d'aventure et quelques psychopathes: Burlion recueille auprès de mercenaires des récits de rebelles brûlés vivants ou d'un soldat de fortune collectionneur de têtes de mort... . Hoare lui-même tient un discours édifiant à son retour du Congo dans une interview parue dans le quotidien la «Libre Belgique» du 15 décembre 1965: «tuer des communistes, c'est comme tuer de la vermine. Tuer des nationalistes africains, c'est comme tuer des animaux. Je n'aime ni les uns ni les autres».

A plus de 800, ces soldats de fortune constituent le fer de lance de l'Armée Nationale Congolaise (ANC) et jouent un rôle décisif dans la reconquête de l'Est du Congo. Mais une fois le «sale boulot» accompli, les Américains veulent éliminer ces alliés de Tshombé, perçu comme l'homme des Belges et des Français. Aussi, aident-ils Mobutu à renforcer les autres unités à leur détriment. Cette politique, le massacre de mercenaires et de gendarmes katangais sur ordre de Mobutu ainsi que l'enlèvement de Tshombé, leur patron, poussent Schramme et ses hommes à la révolte. Le 5 juillet 1967, le bataillon Léopard s'empare de Bukavu et résiste jusqu'au 5 novembre avant de se retirer au Rwanda. La défaite de Schramme et de ses hommes, est aussi le crépuscule d'une illusion: celle de la restauration du pouvoir de colons privés de l'appui de leur métropole, le rêve de l'Etat des volontaires étrangers, les «volos». A bien des égards, l'aventure de Schramme se distingue de celle des autres mercenaires, en ce sens qu'il a administré les territoires sous son contrôle et tenté de renverser Mobutu, proclamant même le 10 août 1967, un gouvernement provisoire dirigé par le colonel katangais Léonard Monga. Bref, Schramme roulait pour lui-même. Sur la fin, on peut même discuter que le qualificatif de mercenaire soit applicable à ce franc tireur, bercé par un impossible rêve. Contrairement aux autres mercenaires, Schramme avait lié étroitement son destin à celui des gendarmes katangais qu'il commandait et sans doute était-il reconnu comme leur chef incontesté. Pendant près de deux ans l'homme s'est considéré comme le gouverneur du Maniema. Il se targuait d'être parvenu à «pacifier» la région et même d'y avoir reconstruit des routes, des hôpitaux et d'y avoir relancé l'activité agricole. Schramme avait de fait installé son propre régime, bannissant même le Mouvement Populaire de la Révolution de Mobutu. «Je constituais un Etat dans l'Etat» écrit-il dans son récit autobiographique. Affreux peut-être, bien que sans doute moins fou que Kurtz, le colonel Schramme tient du héros conradien.

POUR VENGER TSHOMBE

Pour sa part, Tshilombo Munyengayi, alors assistant à la faculté de droit à l'Université de Kinshasa note que Jean Schramme et Bob Denard ont attaqué l'Est pour venger Tshombé. Il explique lui aussi comment les mercenaires qui appuyaient les Gendarmes katangais en sont arrivés à chercher à s'emparer de l'Est du Congo.

30 juin 1967 : le monde entier apprend avec stupéfaction l'enlèvement spectaculaire de l'ancien sécessionniste Moïse Kapend-Tshombe. Pris de panique au Congo, ses amis mercenaires, Schramme et Bob Denard, associés aux ex-gendarmes katangais, réagissent. Très rapidement, ils attaquent simultanément Kisangani, Kindu et Bukavu qu'ils vont occuper durant près de quatre mois.

L'Armée nationale congolaise (ANC), en pleine restructuration et équipée par les Etats-Unis, va jeter dans la danse des troupes fraîches : des jeunes commandos formés au centre d'entraînement de Kota-Koli. Le panache, la fougue et la furie de ces jeunes militaires vont obliger les mercenaires à décrocher et à fuir vers le Rwanda.

ECHEC A KISANGANI

Après l'enlèvement de Tshombe en Espagne, ses amis sont en désarroi. Ils vont agir vite pour le sauver. Il faudra renverser le nouveau pouvoir du général Mobutu, quitte à improviser. Une semaine après ce rapt mémorable, va éclater, à Kisangani, la révolte des mercenaires. Ils sont dirigés Par Jean Schramme, le Belge et Bob Denard, le Français. Schramme commandait des mercenaires, des ex-gendarmes katangais et quelques ex-rebelles Simba ralliés à l'ANC. Bob Denard dirigeait le 6ème commando composé de la même manière.

Liens Pertinents

Déjà, au mois de juin 1967, Denard avait averti Schramme que le Haut-Commandement de l'ANC se préparait à dissoudre ses unités pour les fondre dans l'Armée nationale. Cela allait compromettre leur avenir personnel, mais aussi toute reconquête du pouvoir par Tshombé. Tous ces mercenaires n'avaient pas rompu leurs liens avec Tshombe, malgré son exil. Dans le courant juin 1967, il avait déjà été convenu que les mercenaires puissent attaquer. Venant de Umbi vers le Sud-Est, Schramme devait attaquer Kisangani pour y rejoindre Denard. Une aide extérieure, venant de l'Angola, leur était déjà assurée pour attaquer par la suite le Katanga. Le mercenaire sud-africain Puren, commissionnaire en matériel de guerre, leur avait aussi garanti une puissante aide aérienne, qui clouerait au sol les unités de l'ANC ; et aussi de leur amener dès la prise de la ville, 200 volontaires rhodésiens (zimbabwéens).

Au lever du soleil du 5 juillet 1970, le 10ème commando de Schramme attaque et atteint Kisangani par la rive droite. Ils ouvrent un feu nourri sur le camp Ketele abritant une partie de la garnison de l'ANC. Les soldats de l'Armée régulière, réunis pour le salut au drapeau, vont compter beaucoup de morts. En frappant ainsi par surprise, Schramme comptait sur la débandade de l'ANC : il se trompe.

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