Angelo Mobateli
6 Juillet 2009
Kinshasa — ADG Herman Mbonyo : «Depuis janvier 2008, nous avons managé la SONAS comme une entreprise privée»
La réforme des entreprises publiques vient de donner raison à la Société nationale d'assurances qui fonctionne comme une entreprise commerciale depuis janvier 2008. « Nous avons managé la SONAS comme une entreprise privée, avec la publication des comptes des résultats au mois de juin 2008. Nous allons encore publier les résultats cette année. Et nous publierons à nouveau les résultats en janvier 2010. Je crois que nos agents ne sont pas dépaysés », a déclaré à la presse, à Goma, l'ADG Herman Mbonyo.
En présence du président du Conseil d'administration de la SONAS, l'ADG Herman Mbonyo a procédé jeudi 2 juillet à Goma à la remise de 29 médailles d'or, d'argent et de bronze aux cadres et agents - tous sexes confondus - de cette société commerciale oeuvrant dans la province du Nord-Kivu.
Dans la matinée, il a indemnisé une centaine de victimes du crash de l'avion d'Hewa Bora à l'aéroport de Goma.
« C'est la consécration du mérite », a-t-il affirmé à propos des médailles. « La SONAS, que vous avez l'habitude de voir à Kinshasa, est en 65 autres endroits. C'était, pour moi, l'occasion de mettre un peu en valeur cette SONAS de la province du Nord-Kivu qui n'a pas démérité. Regardez ce beau bâtiment que ses agents offrent à la nation. Ils ont bien travaillé. Alors, c'est le moment de les récompenser, de reconnaître leur mérite », a-t-il expliqué à l'issue de la manifestation.
Interrogé sur les critères de sélection, il a indiqué que les médailles dans les entreprises sont très codifiées, citant la convention collective, l'ancienneté, le mérite, notamment. « C'est quand même compliqué dans la mesure où, pour avoir une médaille, il faut avoir fait une carrière sans faute, sans sanction », a-t-il souligné. Signalant que, « la médaille d'or, c'est au bout de 25 ans, ainsi de suite pour les autres médailles ».
Les bénéficiaires de cette « récompense », exhortés à « continuer à persévérer », ont remercié « sincèrement l'ADG pour ce geste ».
INDEMNISATION DES VICTIMES DU CRASH D'HEWA BORA
« En fait, ce n'est pas n'importe quel crash », a répondu à la presse l'ADG de la SONAS, s'agissant de la cérémonie d'indemnisation organisée jeudi matin au chef-lieu du Nord-Kivu, spécifiant que « c'est le crash de l'avion d'Hewa Bora qui a eu lieu à l'aéroport de Goma, le 15 avril 2008 ».
« Généralement, a-t-il expliqué, la règle veut qu'on indemnise surtout lorsque le rapport de l'accident a été émis par l'Autorité de l'aviation civile. Vous avez vu le dernier crash de l'avion d'Air France au Brésil, où l'on a cherché longuement la boîte noire. Et quand on cherche la boîte noire, c'est généralement pour établir les responsabilités et déterminer ensuite ce que doit assumer l'assureur en fonction du contrat que le client a signé ».
Selon Herman Mbonyo, « il se trouve que, dans le cas d'Hewa Bora, nous avons attendu ce rapport. Mais, ne le voyant pas arriver, compatissant aux souffrances des familles, nous avons décidé de faire un geste, un geste humanitaire. Parce que le 30 juin, c'est la fête, nous avons voulu associer les gens qui ont beaucoup souffert. Nous avons donc fait un petit geste ». Il croit que les 159 sinistrés, « répertoriés et indemnisés » à l'occasion de son passage à Goma, « sont très contents ».
« A modalités égales ? », a voulu savoir la presse. « Comment voulez-vous qu'il y ait des modalités égales ? Regardez autour de vous : il y a des gens qui sont grands, petits, gros et d'autres qui sont minces. C'est que la nature n'est pas faite comme une espèce de tout égalitaire. Il y a des gens qui sont morts et qui n'ont pas - malheureusement, c'est une comptabilité macabre - le même prix que ceux qui sont blessés. Il y a des gens qui ont perdu des magasins et d'autres qui n'ont rien perdu. Il s'agit d'une grille. Je ne vais pas exposer des familles parce que, si je commence à donner les montants, on va avoir des revendications après. Je ne veux pas qu'il y ait un problème social », a rétorqué l'ADG de la SONAS.
« Nous allons continuer à les assister jusqu'à ce que ce rapport arrive pour procéder définitivement à leur indemnisation. Nous avons quand même réglé définitivement le problème des victimes au sol. Donc, toutes les victimes au sol sont définitivement indemnisées, leur problème est réglé. Il ne nous reste plus que les autres catégories de victimes. Et là, nous allons continuer le travail avec eux », a-t-il assuré.
Pour rappel, le DC 9 d'Hewa Bora effectuant la liaison Goma-Kinshasa avait raté, le 15 avril 2008, son décollage après avoir perdu le moteur de gauche. « Le bilan de cet accident s'établit maintenant à 40 morts et 111 blessés », avait déclaré à la presse le gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku, à l'issue d'une visite des institutions sanitaires où avaient été accueillis les blessés, affirmant que « les deux boîtes (noires) viennent d'être retrouvées mais les recherches continuent, nos équipes de secours sont encore déployées dans le quartier, car beaucoup de maisons ont été détruites par l'avion qui s'y était glissé ».
Dans la foulée, le président Joseph Kabila, en route pour les Etats-Unis, avait demandé au gouvernement de « diligenter une enquête » dans les plus brefs délais pour déterminer les circonstances de l'accident. Fin avril, la SONAS avait promis d'indemniser les victimes de ce crash. C'est une chose faite.
LA SONAS NE CRAINT PAS LA CONCURRENCE
A la question de savoir s'il a déjà sensibilisé ses cadres et agents à la suite de la réforme des entreprises publiques, l'ADG Herman Mbonyo s'est voulu rassurant, signalant que, « pour nos agents et pour la SONAS, ce n'est pas une nouveauté. En réalité, on comprend mieux maintenant ce que la SONAS était en train de faire ».
« Très sincèrement, vous êtes les témoins de cette transformation de la SONAS depuis janvier 2008. Et depuis que nous avons fait la remise et reprise avec nos prédécesseurs, la SONAS a toujours fonctionné en entreprise commerciale », a-t-il déclaré, alors que « beaucoup de gens étaient critiques en disant + c'est quoi ce nouveau mode de management ? + ».
« La SONAS est une entreprise commerciale depuis déjà pratiquement un an. Nous avons managé la SONAS comme une entreprise privée, avec la publication des comptes des résultats au mois de juin 2008, ce qui ne s'est jamais fait auparavant. Nous allons encore publier les résultats dès que je rentre à Kinshasa. Et nous publierons à nouveau les résultats en janvier 2010. Simplement, aujourd'hui, la réforme nous a donné raison d'avoir pratiqué comme nous l'avons fait. Je crois que nos agents ne sont pas dépaysés. Bien au contraire, ils ont soif d'en découdre parce qu'ils savent bien qu'ils ont des atouts. On aimerait maintenant affronter ce grand marché, aller à l'assaut du grand marché congolais », s'est réjoui Herman Mbonyo.
Grâce aux atouts dont elle dispose, l'ADG de la SONAS affirme ne pas craindre la concurrence. « Non, franchement. Regardez la ville de Goma, voyez cette avenue (Kanyamuhanga, ndlr). Vous pensez que, demain, un concurrent pourrait avoir cet imposant immeuble de la SONAS ? Il faudrait nous piller ! Nous avons beaucoup de choses à leur apprendre. La SONAS, c'est 2.500 âmes. Et ces 2.500 âmes, c'est l'expertise. Ceux qui viendront devront quand même passer par la Sonas pour comprendre un peu le métier. C'est un métier compliqué », s'est-il vanté.
Quant aux rapports actuels de la SONAS avec la Monuc, Herman Mbonyo se veut optimiste : « La Monuc ? Ce sont des gens tout à fait paisibles. Ce sont nos hôtes. On les a fait venir dans notre pays pour un travail précis ici. Je crois que tout le monde est d'accord pour, au moins, leur reconnaître ce mérite. Maintenant, ils ont le choix entre respecter les lois de notre pays et considérer qu'ils sont au-dessus de la loi. Moi, qui ne suis qu'un petit ADG, je ne peux pas contraindre la Monuc. Mais, si on me donnait les moyens de la contraindre, je serais très heureux que les gens de la Monuc paient leur assurance ».
UNE STRATEGIE D'APPROCHE POUR LES MOTARDS
Près de 5.000 motos circulent dans la ville de Goma sans plaque d'immatriculation. « En ce qui concerne les assurances, elles relèvent de la compétence de l'ADG et de la Sonas. Assurer les motos relève de notre compétence. Simplement, c'est un phénomène assez nouveau. Il faut donc assurer nos amis motards, les convaincre du bien-fondé de l'assurance. A Goma, il y a des associations de motards très organisées, qui sont déjà assurées », selon Herman Mbonyo. « Il est vrai que, sur le parc des motos, nous n'avons peut-être pas encore atteint les 100%. Mais, nous avons déjà beaucoup de motards assurés. Par contre, je déplore le fait que beaucoup de motards font de la moto sans casque. Ils se mettent en danger. Et ils mettent aussi en danger les passagers qu'ils transportent. On peut donc les exhorter à utiliser les casques », souhaite-t-il.
En matière de mobilisation, la SONAS essaie d'être à l'avant-plan de l'offre de l'assurance. « Vous l'avez vu avec notre nouveau catalogue produits. Nous avons une stratégie d'approche pour les motards. Permettez que cette stratégie ne soit pas dévoilée parce que je n'ai pas, non plus, envie de travailler pour les sociétés concurrentes de la SONAS », a-t-il dit.
PROJETS DE LA SONAS POUR 2009
A en croire l'ADG de la SONAS, « l'année 2009, c'est l'année de la consolidation. Nous devons d'abord encaisser le choc de la crise financière internationale. Nous allons continuer à être un acteur social important dans la mesure où les Cinq chantiers nous concernent ».
« Donc, nous allons continuer à faire quelques actions ciblées. Nous allons continuer à payer les sinistres. Ce que nous avons fait depuis notre avènement. Nous allons continuer à soutenir cet effort parce que c'est l'objet social de la SONAS. Depuis janvier 2008, nous avons quasiment triplé les salaires de nos agents. Nous allons continuer à former et à informer la population sur les assurances, parce que notre objectif est de faire en sorte que nos populations comprennent le bien-fondé de l'assurance. Aujourd'hui, on note un taux de pénétration de 1,7% d'individus assurés sur la population. Et nous souhaitons aller au-delà de chiffre et peut-être, pourquoi pas, arriver à 20% de toute la population à assurer. Ce qui serait tout à fait extraordinaire », espère-t-il.
Il a justifié sa présence par le fait que les festivités du 30 juin ont eu lieu à Goma. « On a focalisé sur Goma. En réalité, si je pouvais aller partout, j'irais partout. Moi, je ne suis pas un ADG de poche, je ne suis pas un ADG de bureau. J'aime le mouvement, je me déplace. Deux semaines avant, j'étais à Lubumbashi pour le même exercice. La semaine d'après, j'irai à Mbuji-Mayi et à Kananga pour le même exercice », a expliqué Herman Mbonyo.
ANGELO MOBATELI, ENVOYE SPECIAL A GOMA
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