Par Marie-Claire Nnana
6 Juillet 2009
C'était le premier conseil ministériel après le réaménagement gouvernemental du 30 juin dernier.
Mais ce n'est pas seulement pour cela qu'il fera date. C'est la communication spéciale du président de la République à l'équipe de Philemon Yang vendredi dernier qui aura davantage retenu l'attention, par son contenu, sa tonalité, et ses implications prévisibles sur la vie de ce nouveau gouvernement. Abrupt, cassant, et excédé, le président Biya n'aura même pas cherché à cacher un sentiment clair d'exaspération, face aux balbutiements de l'action gouvernementale, qui a peiné à atteindre le cap qu'il lui avait assigné, dès le début de ce septennat baptisé septennat des Grandes ambitions, pour toutes les bonnes raisons qu'on sait.
Sans user de la langue de bois ni de coquetteries oratoires, le chef de l'Etat a fait un jugement sans concession du bilan de la précédente équipe : malgré certaines avancées, les résultats n'ont pas été à la hauteur des attentes. Et prévenant toute tentative de fuite en avant de la part de ceux qui invoqueraient le prétexte trop facile de la crise économique mondiale, il indexe les vraies raisons de ces résultats en demi-teinte : inertie, corruption, absence de réactivité, travail trop routinier et inefficace. Les porteurs du dossier Energie, si déterminant pour la sécurisation et la redynamisation de la politique industrielle, se voient même accorder un sursis de six mois pour produire des résultats. Quant aux autres ministres, le chef de l'Etat demande - une fois de plus - que leur travail soit encadré par une feuille de route, c'est-à-dire des objectifs à atteindre dans un calendrier précis, au terme duquel ils doivent être évalués.
Voilà qui est clair, et qui confirme pour ceux qui en doutaient, que le chef de l'Etat entend changer le visage du Cameroun, quelles que soient les résistances et les pesanteurs.
Même si dans le passé, les Camerounais ont pu mesurer les affres de la colère du premier Camerounais, devant les frivolités des butineurs de la fortune publique, ou devant les indolences du gouvernement et de l'administration, ils ont dû se rendre à l'évidence : un nouveau cap vient d'être franchi. Le chef de l'Etat paraît s'être résolu à la tolérance zéro, vis-à-vis des ministres et hauts commis de l'Etat coupables de défaillances ou d'absence de résultats.
Une ère nouvelle s'ouvre ainsi pour les ministres, désormais sous haute surveillance. Pour eux, rien ne sera plus comme avant. Leur sens des responsabilités doit dès lors primer sur leur sentiment de puissance. Longtemps, ils ont été craints et enviés, dans un pays où presque tout le monde rêve d'accéder à cette consécration, considérée comme le stade le plus achevé de la réussite. Une sorte de nirvana social. Sans doute parce que leur fonction apparaissait jusqu'ici comme une parfaite sinécure. Le titre confère en effet respect et honorabilité, suscite l'allégeance. De plus, les ministres paraissent en représentation permanente, entre les cocktails en ville et les fêtes au village, «pour remercier le chef de l'Etat».
Toutefois les rappels à l'ordre du président de la République face aux insuffisances de certains d'entre eux ont mis à jour, aux yeux du grand public, la fausse posture où beaucoup se complaisent. Ils sont installés dans la routine, dépensent beaucoup trop d'argent et d'énergie pour leur village, croyant garantir ainsi leur durée au gouvernement, mais perdant de vue qu'en tant que ministres de la République, les frontières de leur action sont celles du territoire national.
Pourtant, personne ne dit que les ministres ne doivent pas travailler à améliorer le sort des leurs ; mais en n'électrifiant que leurs villages respectifs, par exemple, qui bâtira la stratégie pour électrifier les 25000 autres localités du Cameroun qui ne le sont pas ? En ne dotant que leur seul village de lycées et de routes, qui développera le reste du Cameroun ? En ne consignant dans les candidatures aux grandes écoles et à l'emploi que les noms de leurs propres cousins, frères et amis, qui réfléchira à la vision d'ensemble ?
En définitive, hormis leur propension naturelle à l'ethnocentrisme, on peut encore décrier chez les ministres et hauts fonctionnaires la non prise en compte du facteur «temps». Ainsi, si l'on en attend une certaine efficacité, l'action ministérielle doit nécessairement être circonscrite dans la durée. D'où l'importance des feuilles de route et de leur évaluation périodique, pour recentrer, rectifier au plus vite et au mieux les éventuels dérapages.
On peut donc comprendre l'impatience du président de la République, qui s'est engagé devant le peuple à sortir le pays du sous-développement et à améliorer les conditions de vie des Camerounais. Pour accomplir ce grand dessein, le gouvernement doit certainement prendre ses responsabilités, mais tous les détenteurs de pouvoir aussi, chacun à son niveau. C'est d'un volontarisme généralisé qu'il s'agit, afin de trouver un élan qui nous porterait au-delà de nos peurs, au-delà de nos tares, au-delà de nous-mêmes.
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