J.b.k.
6 Juillet 2009
Une jeune enseignante propose une méthode adaptée aux aveugles qui apprennent le traitement de texte.
Lucas Tezembong est aveugle et président d'une association pour l'initiation des non voyants à l'usage de l'informatique qui étaient nombreux mardi dernier à l'Ecole normale supérieure de Yaoundé. Ils étaient particulièrement attentifs à un exposé dont ils parlaient comme d'une "affaire très importante". Carine Ngatsi Kenfack, futur professeur de l'enseignement secondaire, y soutenait un mémoire qui les concernait à plus d'un titre : "Prototypage d'un didacticiel de traitement de texte avec Word pour les non voyants ".
En langage courant, il s'agit d'une pédagogie spécialisée pour déficients visuels qui doivent apprendre à utiliser un outil de traitement de texte usuel : Word. A l'aide d'une voix préenregistrée qui met "en contact" l'apprenant et la machine, le travail de la jeune chercheuse montre comment il est possible de guider ceux qui ont perdu l'usage de leurs yeux de la page vierge de toute écriture à un texte dépourvu de fautes, comme n'importe quel utilisateur de Word.
"Il est important de familiariser l'élève à l'ordinateur. En classe, il faut lui faire connaître l'environnement d'apprentissage, multiplier les touchers du matériel, d'où le besoin particulier d'avoir de bonnes relations entre l'enseignant et l'apprenant", a expliqué Carine Ngatsi Kenfack, sans pour autant emporter clore la discussion sur l'efficacité de son travail qui s'est déployé dans un domaine encore en friche. "Nous avons le souci au département informatique de n'exclure personne, soutenait d'ailleurs l'encadreur de Mlle Ngatsi, M. Fouda Ndjodo. Nous ne devons pas faire de la pédagogie par catégorie et reléguer dans des écoles spécialisées l'enseignement des handicapés."
Siméon Tsolefack Tezano, non voyant et juré, pense cependant que le débat aurait dû être tranché dans la recherche de la jeune enseignante : "Vous avez relevé qu'un censeur de lycée à Yaoundé pense qu'il faut rejeter les non voyants parce que leur encadrement dans les établissements ordinaires est difficile. Ce censeur demande des études dans un cadre spécialisé parce qu'il faut beaucoup de temps pour transcrire leurs textes du braille à la dactylographie, il y a des risques de mauvaise transcription, etc. Qu'en pensez-vous, vous-même ? "
Pour Carine Ngatsi, l'enseignement spécialisé est plus cher et l'intégration sociale est ratée, le non voyant n'ayant jamais été accoutumé à la vie avec les autres. Pour autant, M. Owono Onana, directeur de l'Ecole nationale Polytechnique, qui présidait le jury a suggéré à sa jeune consoeur de "parier sur demain et penser que els autres continueront votre travail pour que l'application soit améliorée".
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