Alain B. Batongué
6 Juillet 2009
La parenthèse aura duré moins d'une semaine. La parenthèse d'un gouvernement longtemps attendu et dont la publication, finalement précipitée pour détourner l'attention d'une campagne médiatique internationale sur les "biens mal acquis du chef de l'Etat", n'aura pas permis une lisibilité politique consistante.
D'ailleurs, en s'adressant au nouveau gouvernement conduit par le Premier ministre Yang Philémon au cours de l'épisodique conseil de ministres de vendredi 03 juillet dernier qui n'aura duré que 20 minutes et réduit à la traditionnelle communication monologue spéciale du président de la République (lire par ailleurs notre page politique); Paul Biya a conforté l'opinion qu'il avait un embarras réel à justifier l'acte politique qu'il venait de poser : "Si, incontestablement des avancées ont été réalisées, les résultats obtenus n'ont pas été à la hauteur de toutes nos attentes", ou encore "Certes, la crise mondiale qui a atteint le Cameroun il y a quelques mois, a compliqué notre tâche " Le chef de l'Etat, sous nos latitudes très "présidentialistes" plus qu'ailleurs, est le pivot du système politique, qui fait et défait les individus au gré de sa propre vision et de son propre calendrier, avait-il besoin de chercher des excuses pour justifier ce changement de gouvernement qu'on avait fini par oublié ?
Mais s'il y a une première leçon que l'on peut tout de même tirer de cette courte parenthèse, c'est que la guerre de clans qui fait rage depuis quelques années pour la lutte de succession a franchi un nouveau palier : Laurent Esso, le ministre d'Etat Secrétaire général de la présidence de la République, conforte sa position en plaçant quelques hommes sûrs supposés représenter le sang neuf ; Amadou Ali et Marafa Hamidou Yaya, qui ont été successivement les supérieurs hiérarchiques de Inoni Ephraim au Secrétariat général de la présidence de la République, en gardant leurs positions pendant que le Pm était limogé, ont fini par avoir raison de lui. Le processus de sélection semble se poursuivre, avec des mises à l'écart successives qui, en théorie, semblent réduire le nombre d'aspirants à la succession.
En dehors de cela, la sortie de Paul Biya, qui a encore insisté sur l'inertie, le manque de cohésion et de solidarité gouvernementale, a conforté la thèse de l'essoufflement déjà indiquée dans ces colonnes au lendemain de la publication du nouveau gouvernement. Peut-on en effet attendre d'un gouvernement, structure à vocation politique et technique, dont le rôle est de construire, de réaliser ou de consolider les équilibres politiques, de secouer l'inertie si l'administration qui porte le travail gouvernemental n'a pas mué dans son mode de fonctionnement ?
Lorsqu'on a passé autant de temps au pouvoir, qu'on considère un gouvernement comme une création permanente pour répondre aux aspirations du peuple, il est normal de changer d'équipe de temps en temps. Mais Paul Biya tourne en rond. En disant à chaque occasion la même chose, avec les mêmes mots pour décrier les mêmes maux. Au moment ou quelque "écrivain" veut "décoder" Paul Biya, il serait sans doute temps de s'intéresser au code sémantique du discours du chef de l'Etat, caractérisé par un refus de l'innovation, de responsabilité et de personnalisation ; sur la déclinaison de son discours qui traduit manifestement un épuisement du potentiel de mobilisation et d'impulsion au plus haut sommet de l'Etat.
L'évaluation des ministres qu'il remet au goût du jour prend des allures de "déjà entendu". Mais plus grave : les six mois de délai qu'il donne correspondent à quoi ? En donnant un nouveau mandat à des personnalités début juillet, au milieu d'un exercice budgétaire chaotique, que peut-on objectivement attendre d'eux à la fin de l'année sinon que de les envoyer au casse-pipe ?
Suffit-il de remanier pour espérer faire changer les choses, alors que, dans le même temps, ce remaniement est en soi porteur d'inertie ? Comment comprendre en effet que, pendant qu'on prône l'exigence d'un nouveau souffle, qu'on ne comprenne pas l'équipe gouvernementale en laissant planer des incertitudes pour des administrations importantes dans la sécurité de l'Etat ? Il n'a échappé à personne en effet que l'ancien patron de la police nationale, promu à l'important poste de la Défense nationale, n'a toujours pas été remplacé, près d'une semaine après, dans une organisation qui aurait dû être globale et cohérente ? Comment comprendre ce cas typique d'inertie organisée pourtant dénoncée par son propre géniteur ?
Supposons que, fidèle à son habitude, le chef de l'Etat ait voulu créer un événement pour offrir au peuple quelques têtes et gagner du temps en attendant l'échéance de 2011.
Il lui fallait donc des mots précis et des actions d'éclat pour intéresser de nouveau son peuple qui ne croit plus à rien. Si Paul Biya avait été sérieux dans son dernier discours, cela aurait surpris tout le monde et devenir aussi inquiétant car étant sorti de son ordinaire qu'on lui connaît.
Lorsque la parenthèse sera passée et qu'il faudra revenir aux choses sérieuses qui n'ont pas quitté l'actualité des médias : la vérité et la transparence sur les "biens mal acquis" du chef de l'Etat, dont la gestion sereine devrait faire tâche d'huile, pour cesser d'embarrasser tout le monde. Plus que jamais, il est temps d'aller au-delà des incantations, pour éviter une fin de règne pathétique. Il n'est pas tard de penser à cela.
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