Léger Ntiga
6 Juillet 2009
Pendant de nombreuses décennies, le suivi du parcours scolaire de chaque élève a fait l'objet d'une attention toute particulière que les politiques scolaires et les cycles de formation ont nécessairement réinterrogé.
Au-delà des considérations administratives et disciplinaires, le livret scolaire, véritable compagnon de chacun des élèves, en a constitué également le tableau de bord. Il s'agit au plan du travail d'un document de référence (de la 6e en terminale), vers lequel se tourne la direction de l'établissement, le conseil de discipline, celui de l'établissement ou simplement, l'enseignant embarrassé à un moment ou à un autre par les performances et écarts de conduite du patient.
Dans le cas des examens officiels, cette politique de l'école et son organisation aura ainsi été accompagnée, 40 ans durant, d'objectifs et de référentiels de compétences explicites. Une politique qui connaît malheureusement depuis un certain nombre d'années, à écouter des enseignants et autres responsables d'établissements scolaires, une régression voire, de sérieuses perturbations. Parce que le livret scolaire, qualifié de témoin des performances et contre-performances des apprenants, est soupçonné de dévoiement. Ainsi que le dit un observateur averti dans l'enquête de la page 7, il arrive que des enseignants et responsables "gonflent les notes pour faire passer des examens officiels à leurs élèves".
En effet, le livret scolaire, dans le cas des délibérations des examens officiels, est la pièce essentielle à laquelle recouraient les jurés pour assurer l'arbitrage des cas litigieux: D'enfants n'ayant pas obtenus la moyenne requise de 10/20. Le précieux document se révélait capital puisqu'il permettait au jury de s'assurer de la conduite et des capacités au travail du client. Auswsi pouvait-il être accordé avec faute. D'où le vocable de "09 et 08 fort" à la mode à un moment donné. Dans le même ordre d'idées, le livret scolaire a permis à des générations d'élèves des classes intermédiaires, de poursuivre ou non le cycle dans une institution scolaire.
En ces temps là, l'évaluation s'inscrivait dans un contrat d'apprentissage connu et compris a priori par l'élève et ses parents pour une période donnée. Les activités d'apprentissage y étaient repérées, le réseau de compétences sous-jacentes clairement explicité. Véritable contrat de travail périodique, il offrait quotidiennement mais plus précisément trimestriellement, les repères nécessaires à la compréhension des situations d'apprentissage (ce que j'ai appris, ce que je maîtrise plus ou moins bien, ce qui me reste à consolider, mes progrès, mes réussites, mes difficultés et les moyens qui me sont donnés de les dépasser). Tout ceci étant également valable au plan de la conduite. Selon cette perspective, le livret scolaire sert à l'élève, à ses parents et à l'équipe enseignante pour mieux suivre et guider les cheminements de chacun, dans le respect des différences interindividuelles.
Ceci repose sur un triple postulat: L'élève apprend dans un contexte éducatif conçu à son intention. Un tel cadre garantit le respect de la diversité des rythmes d'apprentissages et la prise en compte des acquis et des besoins de chacun. De ce fait, l'éducabilité cognitive conduit à considérer que tout élève a des capacités que l'enseignant se doit de développer dans le respect de la diversité des formes d'intelligences. En retour, l'élève est soumis à des règles qui détermineront et définiront son devenir tant au sein de l'établissement que dans son futur milieu professionnel.
Or, chaque jour davantage, à la faveur de "l'érosion des principes" et de la fragilisation des normes de la société notamment camerounaise, le livret scolaire qui était une pièce essentielle du temps de l'enquête de moralité, semble ne plus servir à rien. Difficile dans ces conditions de retracer clairement les itinéraires y compris dans les corps dits de souveraineté.
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