Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Cinéma : Kayar, l'enfance prise aux filets de Thomas Grand : Le jeune homme et la mer

Paule Kadja Traore

6 Juillet 2009


En 52 minutes, Thomas Grand réalisateur du film documentaire, Kayar l'enfance prise aux filets raconte la vie des habitants de ce village de pêcheurs qui semble ralentir à cause de la raréfaction des ressources halieutiques principales sources de revenus des kayariens.

Adama Diop, le personnage principal du film documentaire, âgé tout juste de 14 ans, a quitté l'école, pour devenir pêcheur afin de satisfaire la volonté de ses parents. Dans son film Kayar, l'enfance prise aux filets, projeté lundi dernier sur la plage de la commune d'arrondissement de Kayar, le spectateur est entraîné dans la vie monotone de ce village de pêcheurs et qui se résume à la recherche du poisson. La filière de la pêche est en proie à d'innombrables difficultés.

La raréfaction des ressources halieutiques est l'une des conséquences de la pauvreté qui commence à s'installer dans ce village. Les fruits de la pêche, qui peuvent être considérables durant la haute saison, sont souvent bradés à des mareyeurs véreux qui imposent leurs prix car les pêcheurs de Kayar ne disposent pas de lieux de conservation de poissons. Seule alternative, le retour à cette terre pourtant fertile.

'Mais la tradition héritée de nos parents fait qu'aujourd'hui les populations de Kayar croient que la seule source est la pêche', se désole un natif de la localité, qui s'exprime dans le film. Pourtant, l'agriculture peut constituer une porte de sortie de la crise. La terre de Kayar est fertile, si l'on en croit Ndiaga Fall, autre personnage du documentaire, qui a, lui, opté pour l'agriculture. 'Ce n'est pas comme la pêche qui génère un gain quotidien, mais on parvient à s'en sortir lors des campagnes de récoltes', dit-il.

Certains habitants de ce village de pêcheurs s'adonnent aussi à l'élevage pour diversifier leurs sources de revenus. En promenant sa caméra sur les rives de la plage de la paisible commune de Kayar, le réalisateur français, a confirmé que la localité manque de tout. Dans le film, on voit peu d'infrastructures, hormis un centre de santé, une école construite en 1952 et un collège moyen insuffisant pour accueillir tous les jeunes du village.

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Un lycée y est en construction, mais suffira-t-il aux vingt-cinq mille habitants de la commune ? Ainsi, l'éducation des jeunes est presque hypothéquée et la seule alternative est la mer. On ne peut parler de Kayar sans évoquer cette saignée humaine, parfois tragique, que les côtes sénégalaises ont connue ces dernières années. Ici c'est comme un cimetière de tous ces corps refoulés par la mer et qui rappelle le drame vécu par les candidats au voyage vers l'Occident considéré, parfois à tort, comme un Eldorado.

A travers ce film documentaire, le réalisateur se veut le porte-parole des Kayariens auprès des autorités et décideurs politiques. 'Il est intolérable de laisser de jeunes enfants sacrifier leur avenir pour entretenir leurs parents, dans un village qui tarde à se démarquer de ces pratiques ancestrales. D'autant plus que la pêche n'arrive plus à satisfaire leur besoin financier', s'insurge l'auteur du film Thomas Grand.

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