Fraternité Matin (Abidjan)
Franck A, Zagbayou
5 Juillet 2009
Abidjan — La photo de famille des Chefs d'état et de gouvernement de la Cedeao a l'isssue de la 36e session qui s'est tenue le 22 juin dernier à Abuja dans la capitale fédérale du Nigeria.
La 36e session des chefs d'état et de gouvernement de la communauté économique de l'Afrique de l'ouest a eu lieu le 22 juin avec de nouvelles orientations.
La 36ème session ordinaire des Chefs d'Etat et de Gouvernement de la Cedeao qui s'est tenue le 22 juin dernier à Abuja dans la capitale politique du Nigeria a essentiellement été dominée par les questions de développement des infrastructures économiques et des transports. Le Président ivoirien SEM Laurent Gbagbo a livré devant ses pairs, lors de la conférence des chefs d'Etat et pendant la session spéciale Cedeao-Espagne, deux messages. Il a fait le bilan des études faites sur l'état des infrastructures, des transports, de l'énergie et de la communication en Afrique de l'Ouest et un plaidoyer auprès de l'Espagne pour obtenir un partenariat avec la Cedeao. Ce, après la Chine, l'Inde, l'Union européenne et l'Onu en vue de financer tous les projets d'infrastructures. Laurent Gbagbo a rappelé aux dirigeants de la Communauté économique de l'Afrique de l'Ouest qu'un autre enjeu de leur développement est le secteur de l'énergie dont la crise a révélé l'impérieuse nécessité de satisfaire une demande sans cesse croissante. Et qu'un plan d'action commun Cedeao/ Uemoa, articulé autour des projets régionaux prioritaires, a été adopté qui vise à pérenniser l'approvisionnement de la région en énergie. Ce plan, il l'a décliné en deux grands points : les infrastructures de transports et l'énergie.
Le Chef de l'Etat ivoirien a noté que 97% du réseau routier inter-Etat est bitumé, mais fortement détérioré. Il faut donc le réhabiliter, le moderniser et nécessairement l'étendre. Il a recommandé que les projets prioritaires, compris dans le plan d'action adopté lors de la 35e session de décembre 2008, soient mis en oeuvre au niveau des infrastructures ferroviaires. Sur le chapitre du transport aérien, il a fait apprécier à ses pairs les urgences auxquelles il faudra faire face : l'accélération de la création d'un marché commun du transport aérien par l'adoption avant 2009, d'une réglementation appropriée ; l'amélioration de la sécurité du transport aérien par la mise en place de programmes et systèmes de gestion de la sécurité ; la transformation des projets Coscap des Etats membres de l'Uemoa et du groupe de l'Accord de Banjul en agences régionales de la sécurité et de la sûreté au plus tard fin 2010. Pour le transport maritime, la Cedeao devra créer un armement de cabotage sous-régional afin de mieux maîtriser les taux de fret maritime ; créer et mettre en réseau les gardes-côtes nationaux afin de lutter efficacement contre la piraterie maritime et les agressions armées dans les approches communautaires ; mettre les ports aux normes internationales et mettre en oeuvre le Fonds maritime. Abordant le second volet relatif à l'énergie, le Président ivoirien a déploré le délestage et les difficultés d'extension du réseau pour satisfaire la demande sans cesse croissante. Comme solution, il a souhaité la construction de centrales électriques et de lignes d'interconnexion. Il a rappelé les efforts déjà entrepris et qui portent sur quatre projets prioritaires. Notamment l'appui au Centre des énergies renouvelables, la réalisation à l'échelle régionale de centrales solaires et éoliennes qui seront baptisées Centrales Espagne/ Cedeao. Pour cet important projet, a rappelé Laurent Gbagbo, l'Espagne pourrait procéder, dès maintenant, au financement des études de faisabilité et d'exécution qui en détermineront le coût final. Il a exhorté ses pairs à adhérer à l'idée de création d'un Fonds de développement des secteurs des transports et de l'énergie. Il en a précisé les modalités de financement et le mode opératoire. Ce fonds sera alimenté par les prélèvements sur les recettes générées par les principaux produits des Etats membres de la Cedeao sur la base d'une politique de développement volontariste. Il aura pour objet la garantie des emprunts pour le développement des secteurs des transports et de l'énergie dans les pays de la Cedeao.
Avant de présenter son plan, le Président Laurent Gbagbo a fait l'état des lieux. La réalité est fort contrastée. Le transport routier représente 90% des transports interurbains, les connexions physiques et les services sont inadaptés ; la densité du réseau routier est estimée à une moyenne de 5 km, alors que le minimum requis pour induire le développement et les échanges est d'au moins 20 à 25 km de route sur 100 km2. Ce réseau, du reste, fortement déséquilibré est localisé à 71% dans les pays côtiers qui ne couvrent que 20% de l'espace communautaire. Pour les télécommunications, l'Afrique paie chaque année d'importantes devises parce que les communications entre Etats doivent passer la plupart du temps par le Nord du fait de l'absence d'interconnexions et d'organismes centraux. Plus du tiers de la population ouest-africaine n'ont toujours pas accès à l'eau potable contre 60% aux installations sanitaires de base. Laurent Gbagbo, comme il l'a fait devant ses pairs au cours des travaux de la 36ème session ordinaire, a présenté les différents projets concoctés par la Cedeao pour réaliser l'objectif d'intégration physique et soutenir le développement des activités économiques. Puis les priorités identifiées dans un environnement où tout est prioritaire. Avant d'insister sur les domaines dans lesquels les enjeux sont les plus pressants et que la coopération avec l'Espagne pourrait aider à consolider.
Option : Un nouveau départ
Aujourd'hui, je suis satisfait d'avoir participé à ces deux réunions parce que depuis que je suis Chef d'Etat, c'est la première fois, à mon avis, qu'un sommet de la Cedeao, si je m'en tiens au contenu du communiqué final, est très concret. Nous ne sommes pas restés dans les proclamations de principes». Le sentiment de satisfaction et de fierté, qui était celui du Président ivoirien à l'issue de la 36ème session des chefs d'Etat et de gouvernement de la Cedeao, n'est pas une tromperie sur le mot. Car la Cedeao a véritablement pris un nouveau départ, rien qu'au niveau de la volonté des Chefs d'Etat de construire un véritable espace de développement. La monnaie unique à l'horizon 2020 n'est plus une simple ambition, mais un objectif. Et les chantiers engagés pour réaliser ce projet sont assez avancés. Il existe déjà dans l'espace Cedeao l'Union économique et monétaire ouest-africain (Uemoa) avec huit pays qui ont comme monnaie unique le F Cfa arrimé à l'Euro et qui rappelle certainement encore le pacte colonial. Mais ils ont l'avantage de disposer d'un marché de 80 340 000 consommateurs et de bénéficier d'une complémentarité naturelle entre les pays sahéliens et côtiers. Le marché communautaire, dont dispose l'Uemoa, est assorti d'un marché de consommateurs à l'intérieur duquel les marchandises nationales circulent librement entre les Etats, avec la suppression des droits de douanes et de restrictions quantitatives dans leurs échanges. De même que des règles communes de concurrence, un tarif extérieur commun et une politique commerciale commune dans les relations des Etats membres avec les pays tiers. Avec la Zone monétaire ouest-africaine en formation et qui disposera d'une monnaie commune (Ecu) en 2015, c'est une autre zone monétaire et un autre marché économique qui se forme. Avec la Commission de la Cedeao qui doit poursuivre ses efforts dans la définition d'une stratégie régionale et dans les réformes engagées pour assurer la mise en place des instruments de convergence macroéconomique et accélérer la création d'une zone monétaire unique en 2020, ces deux ensembles constitueront un vaste marché d'environ 300 millions de consommateurs. Des efforts sont déjà consentis dans l'harmonisation de la fiscalité indirecte portant notamment sur la Taxe sur la valeur ajoutée (Tva) et les droits d'accises dans l'espace Cedeao.
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