Fraternité Matin (Abidjan)

Afrique de l'Ouest: Sommet Cedeao - La Cedeao s'attaque, enfin, aux vrais défis de son développement

Franck A, Zagbayou

5 Juillet 2009


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La création d'un Fonds de développement des infrastructures des transports, de l'énergie et des télécommunications témoigne, par ailleurs, de la volonté des dirigeants de l'Afrique de l'Ouest de construire les infrastructures sans endettements extérieurs et donc de maîtriser par eux-mêmes les leviers de leur développement. Ainsi, dans l'objectif d'une meilleure desserte aérienne entre les capitales des Etats membres de la Cedeao, les dirigeants se sont-ils engagés à accélérer la mise en oeuvre de la décision de Yamoussoukro pour la libéralisation du transport aérien. Les autorités aéroportuaires dudit espace sont donc invitées à faire diligence pour la délivrance des certificats techniques aux compagnies aériennes de la région en vue de l'exploitation, dans le respect des normes et pratiques recommandées de l'Organisation de l'Aviation civile internationale (Oaci).

par Franck A. Zagbayou

Zapatero vient avec une coopération à visage humain pour lutter contre l'immigration

José Luis Rodrigues Zapatero, le Président du Gouvernement du Royaume d'Espagne, a participé à un sommet spécial avec les chefs d'Etat de la Cedeao. Et il s'est engagé pour un partenariat responsable et gagnant-gagnant. Qui, tout en aidant à donner les moyens de son développement à cette région, permettra à l'Europe de vivre en paix à l'intérieur de ses frontières. Parce que les candidats de l'Afrique de l'ouest à l'immigration seront désormais moins nombreux. L'Espagne, qui est une zone tampon entre l'Europe et l'Afrique ne pouvait que mieux accomplir cette mission pour les pays européens qui chaque jour rendent davantage draconiennes leurs mesures contre l'immigration clandestine. L'Espagne, a dit José Luis Zapatero, avec bonne foi, souhaite «une coopération avec l'Afrique de l'Ouest et ne veut pas s'imposer à elle». Le gouvernement espagnol a promis aux chefs d'Etat de mettre à la disposition de la région, pour le financement des projets de développement qui vont renforcer l'intégration, 262 millions d'euros. Une bonne partie de ce don, soit 240 millions d'euros sera consacrée au programme pour l'amélioration de la productivité agricole sur une période de trois ans. Ce don va faciliter la mise en oeuvre dudit projet, ses programmes prioritaires nationaux et régionaux et soutenir tout à la fois les efforts pour une production alimentaire accrue. 15 millions d'euros seront affectés au développement des infrastructures et financeront par ailleurs l'unité de préparation des projets de développement de la Cedeao (Ppdu) pour qu'ils soient attractifs pour le secteur privé. Les capacités du Centre d'énergie renouvelable de la Cedeao seront renforcées. Pour être totalement opérationnel et pour qu'il voie la participation des secteurs public et privé, ce centre bénéficiera pendant cinq ans de sept millions d'euros.

La coopération de l'Espagne avec la Cedeao épouse plusieurs facettes de la vie au quotidien des populations des 15 pays de cet espace. Le Président du Gouvernement ibérique a réaffirmé son engagement à participer aux efforts de consolidation de la démocratie par le renforcement des capacités des institutions telles les Commissions électorales, les médias, les organisations de la société civile, des droits de l'homme, des Ong. Le Gouvernement espagnol va apporter un appui technique aux centres de formation professionnelle et en construire de nouveaux. Il financera des projets pour jeunes et il s'engagera aux côtés des gouvernements de la Cedeao pour lutter contre le trafic illicite de drogue et la criminalité transfrontalière.

José Luis Rodrigues Zapatero s'est engagé à approfondir la coopération avec la Cedeao dans les secteurs de la migration et du développement. Puis de soutenir le Fonds de développement des infrastructures sans oublier la mise en oeuvre des recommandations du sommet Europe-Afrique tenu en 2008 au Portugal. Le Gouvernement espagnol contribuera à la promotion des droits de la femme, au renforcement de ses capacités économiques et de son rôle dans la construction de la paix en Afrique occidentale. Zapatero a réaffirmé sa volonté d'explorer de nouvelles occasions d'investissement dans la région et a promis d'aider au lancement d'un Forum d'entrepreneurs espagnols et africains, pour consolider les échanges culturels et touristiques entre les deux pôles.

Franck A. Zagbayou

Les enjeux du Fonds de développement des infrastructures

La crise ivoirienne aura été utile à notre pays et à toute l'Afrique de l'Ouest. N'est pas premier qui veut, c'est un statut qui se mérite. Et la Côte d'Ivoire, pour avoir, avec l'Accord politique de Ouagadougou, une solution originale et à portée internationale trouvé la porte de sortie de crise, ne pouvait que mettre son expérience au service de la Cedeao pour que prenne fin la condescendance qui dure depuis bientôt 50 ans. En 2010, en effet, cela fera 50 ans que la plupart des pays africains sont indépendants. Une indépendance politique pour que le colonisateur puisse mieux resté et être plus visible. Or, la souveraineté suppose une défense, une monnaie, et une politique extérieure dont on a la maîtrise. Trois éléments inclusifs. Quand l'un des trois vient à manquer à la chaîne, bonjour l'émancipation ! Et après 49 ans d'indépendance, les pays d'Afrique et principalement de la Cedeao ont la nette impression de stagner, et pourtant les richesses dont regorgent leurs territoires les destinaient à un meilleur développement. Lancer des travaux d'infrastructures avec des moyens étrangers, des emprunts et des orientations extérieures parce que l'assistance technique quasiment présente sert des prêts-à-penser, idéologique et économique, c'est le cercle vicieux de l'endettement. Les matières premières sont utilisées pour garantir les emprunts. De quelle épargne disposeront un jour ces pays et quelles initiatives propres pour leur développement auront-ils à prendre quand ils ne sont pas maîtres de leurs richesses et ne disposent pas d'argent ? La crise ivoirienne qui a montré que les fondements des structures anciennes ont sérieusement été éprouvés, a fait ressortir la nécessité de tout remettre à plat et de repartir de zéro. Dans l'évolution de la conscience politique nationale, on note les fondements de l'éveil et du réveil. De «On nous a trop volés» de Félix Houphouet-Boigny en 1932 à «on nous a trop dominés de Laurent Gbagbo depuis 2000, la quête de la liberté et de la souveraineté nationale est devenue un trait de culture des Ivoiriens.

Qui, grâce à leur propre génie, ont trouvé la voie de sortie de leur crise. Ils étaient donc les mieux à même de rappeler à leurs frères de la Cedeao, cette vérité : «Il n'y a de souveraineté qu'économique». En d'autres termes, pour avoir l'indépendance politique, il faut d'abord avoir l'indépendance économique. On est une vraie puissance que si l'on est une puissance économique, militaire, politique et diplomatique. La solution endogène à la crise qu'est l'Accord politique de Ouagadougou participe d'une vision globale portée par le Président Laurent Gbagbo en vue de la renaissance de l'Afrique. Tous les chantiers qui constituent la mise en application dudit Accord ne sont-ils pas financés essentiellement par le budget ivoirien ? Laurent Gbagbo qui a constaté les difficultés pour voyager en Afrique (Abidjan- Abuja par un vol spécial dure 1h 30 mn, mais pratiquement une journée par vol commercial) s'est vu confier la responsabilité par ses pairs, lors de la 34ème session des Chefs d'Etat et de Gouvernement et la Cedeao, de réfléchir sur un projet pour le développement des infrastructures des transports puis de l'énergie avec le décès du Président Nino Vieira de Guinée-Bissau. Laurent Gbagbo a saisi cette aubaine comme un bon prétexte pour exporter l'expérience ivoirienne qui repose sur la philosophie de l'orphelin qui ne sait compter que sur lui, mais qui accueille avec diligence toutes les marques de sympathie et actes de solidarité qu'on lui manifesterait. Le Fonds de développement des infrastructures des transports, de l'énergie et des télécommunications dont l'idée vient d'être entérinée par ses pairs a des enjeux à la fois politique et économique. L'articulation pour son financement laisse bien comprendre que la politique de la main tendue n'a plus de beaux jours devant elle. Sur les produits d'exportation hors Cedeao des 15 pays, devront se faire des prélèvements pour alimenter ce fonds de garantie et d'emprunt. Chaque pays, pour des projets nationaux et même communautaires, devra emprunter au prorata de ses prélèvements. Il devra servir de garantie pour emprunter auprès des partenaires financiers privés ou étatiques. La Banque africaine de développement a promis de financer les études sur les modalités de mise en route de ce fonds. Avec le Fonds spécial du Nigeria domicilié à la Bad, les promoteurs de ce nouveau fonds ont une expérience dans sa gestion. La Banque d'investissement de la Cedeao (Bidc) pourrait l'accueillir en lieu en place d'une nouvelle banque dont les charges de fonctionnement pourraient l'engloutir avant même qu'il ait servi ses objectifs. Il faudra une extrême vigilance dans sa gestion, car il sera assurément combattu par les forces centripètes, qui réprouvent tout acte de souveraineté. Il faudra donc créer une étanchéité nécessaire entre les activités de la Bidc et les mouvements du Fonds de développement des infrastructures des transports, de l'énergie et des télécommunications. Il sera comme une mutuelle : A terme, il va permettre aux pays de la Cedeao de s'endetter en leur sein plutôt que de se tourner vers l'extérieur.

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