Brice Houssou
6 Juillet 2009
Les députés de l'opposition dite " non déclarée " avaient donc raison, lorsque pendant longtemps, ils disaient et répétaient à qui voulaient les entendre que sous l'ère du changement, sous le " règne " de Boni Yayi, la corruption n'a pas disparu et qu'au contraire, elle s'est installée de manière plus inquiétante. Ils avaient donc raison, lorsque dans leur insistance, ils en sont allés jusqu'à interpeller le gouvernement à cet effet. Le paradoxe de l'époque qui revient maintenant à la surface, c'est qu'on a même vu le gouvernement se défendre et dire que tout s'est passé selon les règles de l'art. Or voici maintenant...
Voici que le gouvernement, dans un compte rendu de Conseil des ministres consacré exclusivement à cet effet se contredit en affirmant qu'il y a eu des irrégularités, de graves irrégularités. Les députés avaient donc raison, lorsqu'ils ont dénoncé le fait que les travaux de réalisation d'infrastructures dans le cadre de l'organisation du dixième (10e) Sommet des Leaders et Chefs d'Etat et de Gouvernement de la Communauté des Etats Sahélo sahariens (CEN-SAD) tenu à Cotonou en juin 2008 ont été l'occasion pour beaucoup de personnes proches du pouvoir et cadres de l'Administration publique de s'en mettre plein les poches. Autrement dit, la réalisation d'infrastructures d'accueil ainsi que l'achat de divers équipements indispensables à la modernisation des infrastructures de notre capitale économique et à l'usage des populations béninoises des années encore après le sommet de même que la gestion des fonds décaissés par l'Etat à cet effet n'ont pas été transparents.
C'est donc clair qu'il y a corruption, sous l'ère du changement. C'est-à-dire que sur ce plan, il n'y a pas encore changement, malgré le fait que le chef de l'Etat lui-même ait marché, a-t-il dit, contre la corruption. Tellement, cela crève les yeux que les partenaires techniques et financiers du Bénin ont dû, la semaine écoulé " rappelé à l'ordre " le gouvernement de Boni Yayi sur cet aspect. Ces partenaires techniques et financiers ont même, à mots presque couverts, " exigé " la publication des audits et des investigations menées par les structures de contrôle et de vérification de l'Etat.
Les bailleurs sont fâchés et inquiets !
Il me semble que c'est pour répondre favorablement aux " exigences " de ces partenaires que le gouvernement a dû rendre publics les résultats des enquêtes sur l'affaire " Réfection du CIC et du Palais des congrès de Cotonou ". Encore qu'il nous est revenu que les représentations diplomatiques et les partenaires techniques et financiers ont déjà eu vent de ces résultats depuis un moment, puisque disposant de réseaux de renseignements bien installés. Yayi aurait continué à faire la sourde oreille que des robinets financiers pourraient commencer à se fermer, hypothéquant par là même la réalisation de nombre de projets qui comptent dans la séduction de l'électorat, relativement à 2011. Suivez mon regard...
Ce qui étonne dans l'attitude du gouvernement et particulièrement de son chef, c'est cette tendance de plus en plus remarquée vers le " ponce pilatisme " dans la gestion des " bêtises " enregistrées dans la conduite des affaires publiques. On a comme l'impression que Yayi commence à faire ce qu'on reprochait surtout à Kérékou : l'irresponsabilité permanente du Chef de l'Etat. En effet, Kérékou lui-même n'était responsable de rien. Les responsables de toutes les irrégularités et du manque de mesures adéquates, ce sont les ministres, ce sont les collaborateurs, ce sont les cadres et les intellectuels souvent traités de " tarés ". C'est aussi cela que les Béninois ont voulu éradiquer en optant pour le changement. Pourtant, cela ne change pas. Aujourd'hui, Boni Yayi aussi n'est pas responsable. Il n'est responsable de rien. Les fautifs, ce sont les ministres, les cadres. Pourtant, c'est lui le Chef ; c'est lui l'élu ; c'est lui qui les a nommés ; c'est lui qui peut et qui devrait mettre en place un système de contrôle qui nous fasse éviter les errements, les " détournements " et les " gloutonneries " du passé. Et lorsque les faits sont avérés, il est tôt fait de trouver un ministre responsable, de le vouer aux gémonies et de le livrer en pâture aux critiques de l'opinion publique. On comprend maintenant. L'objectif est de faire en sorte que le Chef de l'Etat garde sa " blancheur " jusqu'en 2011. Morceaux choisis.
Justifications trop faciles
On a " remercié " le ministre Dossouhoui. Entre autres dossiers, il y a eu l'incapacité d'atteindre les 600.000 tonnes de coton promises par le Chef de l'Etat et surtout l'affaire des intrants de mauvaise qualité. Il n'est pas évident qu'aujourd'hui, Dossouhoui en soit le vrai responsable.
Le ministre Issa Démolé Moko a annoncé un nouveau découpage territorial. Il y a eu du bruit et des protestations dans toutes les communes. Il fallait reculer, rapidement, car 2011 approche. Il fallait aussi trouver un responsable. Issa Démolé Moko a été obligé de venir dire à la télévision qu'il en était le seul responsable. Mais il semble que très peu de Béninois y ont cru. Car, il est évident que le gouvernement en ait été informé à l'avance.
Les ministres Kessilé Tchala Sarré et Soulé Mana Lawani ont accordé des primes de motivation, des primes exceptionnelles aux personnels de santé, sans s'en référer, nous a-t-on dit, au gouvernement. J'avoue que là aussi, très peu de Béninois y ont cru. Encore que les arrêtés concernés mentionnent bien les ampliations à la Présidence de la République.
Et voici qu'aujourd'hui, on nous dit encore que c'est le ministre Soulé Mana Lawani et les cadres de son ministère qui sont les responsables de la " bouffe " organisée autour d'environ 7 milliards. Là, ça paraît trop gros.
Lorsqu'on nous dit qu'au départ, il était prévu un entretien courant pour lequel un crédit d'un milliard quatre cent trente millions (1.430.000.000) de francs avait été prévu et que par la suite, il a été proposé au gouvernement de faire la réhabilitation, et qu'on est passé à 2.600.000.000 francs CFA, puis à 5.100.000.000 francs CFA, puis à 6.407.820.023 francs CFA pour les mêmes travaux, et que surtout on nous dit que le gouvernement n'a pas été tenu informé des dernières augmentations, il y a problème. Car la presse avait déjà dénoncé toutes les magouilles en son temps. Le gouvernement avait donc les moyens de s'informer en son temps et de prendre les mesures qui convenaient.
Il est trop facile aujourd'hui de trouver des boucs émissaires et des souffre-douleur. Trop facile !
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