Sidwaya (Ouagadougou)

Burkina Faso: Célébrer la paysannerie

Ibrahiman SAKANDE

6 Juillet 2009


Dori = 30,5 mm; Ouahigouya = 60,9 mm; Ouagadougou-aérodrome = 72,6 mm; Dédougou = 48,6 mm; Fada N'Gourma = 53,7 mm; Bobo-Dioulasso = 74,4 mm; Boromo = 51,2 mm; Pô = 66,5 mm; Gaoua = 53 mm; Bogandé = 25,4 mm, telles sont les quantités d'eau recueillies dans les principales stations météorologiques dans la semaine du 25 juin au 1er juillet.

Ainsi on constate que la saison s'est installée sur l'ensemble du territoire national, même si çà et là, on déplore des intempéries: morts d'hommes dans l'Oubritenga et le Sanmatenga, importants dégâts matériels dans les régions du Centre-ouest, du Centre-nord et du Plateau central. Tous les producteurs sont de retour aux champs, en principe, même si ceux de certaines zones pluviométriques y ont devancé leurs congénères. Que souhaiter à ceux qui se nourrissent et nourrissent le reste du pays de ce

dur labeur: "Wend na maneg kon tond do", "Allah ka na aw deme" (Dieu va nous accompagner). En français facile, "Bon vent à tous !" Autrement dit, en dépit de cette installation tardive des pluies, il sied d'encourager toutes ces femmes et tous ces hommes des campagnes et des villes qui ont repris les travaux champêtres. Ce n'est pas seulement une question de solidarité entre Burkinabè, mais surtout d'intérêt, car nous attendons avec impatience, nous dépendons des fruits de ces infatigables travailleurs de la terre.

Les prix des sacs de riz, de niébé, de maïs, de petit mil....sont en grande partie fonction de leurs efforts.

Malgré l'austérité climatique et l'état de dégradation avancée des sols, ce qui aurait découragé beaucoup de petits bourgeois que nous sommes dans les villes, les cultivateurs, nos parents, eux poursuivent leurs tâches millénaires, accrochés à leur daba, sous le soleil torride, ou sous les pluies, afin de subvenir aux besoins alimentaires du pays.

Certes, ils sont de plus en plus nombreux, les paysans, appelons-les, modernes, qui ont abandonné la daba traditionnelle au profit de la charrue, voire du tracteur. C'est cette direction qu'ont choisie les plus hautes autorités du Burkina Faso, en se transformant en producteurs modernes dans leurs différents champs, mais en instituant aussi la Journée nationale du Paysan, cadre de dialogue entre paysans et gouvernants pour tracer les meilleurs sillons de la production agricole.

Depuis l'instauration de cette Journée, des opérations de modernisation de l'agriculture nationale ont été lancées; fosses fumières, charrues, tracteurs; des semences améliorées... ont été distribuées à chaque hivernage. D'ailleurs, cette préoccupation constitue une priorité du programme quinquennal du Président du Faso.

Le bras d'exécution, le ministère en charge de l'Agriculture développe de nombreuses initiatives pour l'effectivité d'une révolution agricole au Faso. De nombreux projets initiés et mis en oeuvre indiquent les intentions de changements quantitatifs et qualitatifs. Sont de cela, la filialisation des différentes spéculations, la création d'une direction générale de l'économie rurale.... Par ailleurs, l'introduction du concept de l'entreprenariat agricole, encore appelé agrobusiness, et le vote de la loi sur la politique agraire, visent à moderniser l'agriculture burkinabè, cela au bonheur des plus petits comme des plus grands producteurs.

La volonté du gouvernement est suffisamment forte et appuyée, en témoignent les milliards de francs consentis la saison dernière pour subventionner les intrants agricoles. Dans cette lancée, en 2008, le gouvernement a investi plus de 7 milliards de FCFA pour accroître la production rizicole. Des semences améliorées (6 000 tonnes distribuées gratuitement), des engrais (10 000 tonnes vendues à des prix subventionnés) ont été fournis, des superficies aménagées et des ouvrages hydro-agricoles construits (six barrages).

La riziculture, cette saison, n'a pas concerné que les zones habituellement productrices comme la vallée du Kou, la plaine du Sourou ou encore les bas-fonds de Bagré. Bien d'autres plaines ont été aménagées. Mais l'ensemble des potentialités du pays (800 000 hectares environ) sont loin d'être exploitées. C'est dire que le Burkina Faso peut s'auto-suffire au plan alimentaire même si le chemin est encore long.

Pour réussir, avec cette volonté saint-expérienne, des moyens colossaux sont en train d'être mobilisés... Aménagements d'ouvrages hydro-agricoles de grande envergure et matériel performant sont mis à la disposition des producteurs pour stimuler la production. 700 tracteurs équipés et environ 2000 motopompes ont été mis sur le marché en 2008. Au total, 260 tracteurs et 220 motopompes ont été vendus à des prix subventionnés pour une valeur globale de 2 387 300 000 F CFA.

Et cette volonté ne s'est pas émoussée cette année... Bien au contraire : d'énormes efforts sont encore consentis cette année par l'Etat burkinabè afin de soutenir la production agricole nationale.

La détermination des braves paysannes et paysans ne laisse également aucun doute. Car c'est ici dans les champs qu'ils doivent trouver à nourrir, à soigner la famille, à scolariser les enfants. Dans ce contexte de vie chère, personne ne leur fera l'insulte d'un dessin. Cela signifie que chaque agriculteur produit suffisamment pour nourrir sa famille et satisfaire les besoins du marché. Il peut alors être considéré comme un entrepreneur qui oeuvre non seulement pour sa propre sécurité alimentaire, mais aussi pour celle des autres.

Cela devrait être possible, en dépit de notre contexte paysan empreint de structures et de vieilles mentalités et habitus peu enclins à certains changements... Car la sagesse paysanne affirme, à juste raison, que "la terre ne ment pas". Oui, pour celui ou celle qui sait l'entretenir. Et ils sont de plus en plus nombreux à en prendre conscience. Que le Ciel les accompagne pour la sécurité alimentaire de tous ... !

sakandeibrahiman@yahoo.fr

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