Modou Mamoune Faye
6 Juillet 2009
Le boulevard Zirout Youssef, dans le centre-ville algérois, est noir de monde en ce samedi 4 juillet 2009, veille de la Fête de l'Indépendance de l'Algérie et de l'ouverture officielle du deuxième Festival culturel panafricain (Panaf). Dans le square Sofia, des dizaines de troupes folkloriques (danseurs, musiciens, acrobates, chanteurs...) se regroupent.
ALGER (Algérie) - L'ambiance est festive. C'est de ce parc que vont partir, dans quelques instants, la grande parade africaine qui sillonnera les rues d'Alger. Nous sommes en face de la Méditerranée. Des bateaux mouillent au large. Quelques hélicoptères tournoient au-dessus de nos têtes. Ici, la sécurité est au maximum et les forces de l'ordre surveillent d'un oeil alerte, ces milliers de personnes venues assister à ce carnaval version africaine.
Du haut de leur balcon, des Algérois, caméras et appareils photos numériques au poing, ne veulent rien rater du spectacle qui va bientôt démarrer. Le Panaf, les plus jeunes d'entre eux en avaient entendu parler. Leur pays avait accueilli la première édition en 1969, il y a quarante ans. C'était l'ère des grands festivals africains, après l'indépendance de la plupart des pays du continent. Trois années plus tôt, en 1966, Dakar avait accueilli le premier Festival mondial des Arts nègres avant de passer le flambeau à Lagos en 1977. « Quarante ans plus tard, le Panaf revient à Alger », lit-on sur des banderoles accrochées un peu partout à Alger. Les populations adhèrent bien à l'événement. L'engouement est monstre et on sent une bonne préparation de la part des organisateurs. Samedi après-midi, 53 pays africains (dont la République arabe sahraouie démocratique) ont défilé à travers les artères et les hauteurs d'Alger, cette ville caractérisée par ses rues qui montent et descendent, donnant à la cité l'aspect d'un mont imprenable. Juchés sur des camions-chars décorés aux couleurs et symboles de leur pays respectif, les artistes venus de tous les coins du continent ont rivalisé de talent sous les yeux et les applaudissements des Algérois visiblement sous le charme.
CAMIONS-CHARS RICHEMENT DÉCORÉS
C'est l'Algérie qui a ouvert la parade avec sa Garde républicaine constituée de fiers cavaliers à l'uniforme richement décorée, non pas parce que c'est le pays organisateur, mais du fait que le défilé s'est fait par ordre alphabétique. Ainsi, pendant près de quatre heures, les artères de la capitale algérienne sont transformées en une immense fresque culturelle, riche et colorée, sous le signe du panafricanisme. Chaque pays est précédé d'une troupe folklorique représentant l'une des provinces de l'Algérie. Des jeunes filles en habits traditionnels tiennent une grande carte d'Afrique montée sur des roues et sur laquelle est inscrit le nom des pays.
Sur les camions-chars, richement décorés par des étudiants des Beaux Arts et des designers, ou sur l'asphalte brûlant du boulevard Zirout Youssef, les artistes dansent, chantent, gesticulent, hèlent les spectateurs juchés sur les balcons ou massés derrière les barrières de sécurité. Batuka capverdien, bougarabou sénégalais, chorégraphies sud-africaines, youyous tunisiens ou libyens, danses malgaches, chants camerounais..., tout y passe. La parade sénégalaise, avec ses chanteurs et danseurs de la Casamance, a été bien applaudie par le public. Un peu plus loin, une tribune accueille les officiels. A côté de la ministre de la Culture de la Tunisie, Mme Khalida Toumi, on aperçoit M. Jean Ping, président de la Commission de l'Union africaine qui a rallié Alger après un séjour à Tripoli où se tenait le sommet de l'UA. D'autres personnalités sont dans la tribune, des ministres de la Culture parmi lesquels Mamadou Boussou Lèye du Sénégal, ainsi que tous les ambassadeurs accrédités dans la capitale algérienne. Ils ont suivi cette parade panafricaine avec attention et fierté, chacun se levant pour saluer le passage des artistes de son pays. Cette parade a été l'avant-goût de la cérémonie officielle d'ouverture, dimanche soir, du Festival culturel panafricain d'Alger. Une cérémonie colorée, marquée par une fresque géante qui a mis en valeur la richesse et la diversité des cultures africaines. Jusqu'au 20 juillet, Alger va vibrer au rythme du Panaf 2009. Cinéma, arts visuels, littérature, poésie, bandes dessinées (le célèbre caricaturiste sénégalais TT Fons fait partie des invités), photographie (le reporter du Soleil Pape Seydi, présent à Alger, expose ses oeuvres), patrimoine, musique, théâtre..., sont au menu. Le programme annonce la prestation de grands musiciens comme Khaled, Youssou Ndour, Ismaël Lô, Manu Dibango, Mory Kanté, etc. Alger va vivre un été... africain très chaud.
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