Tahar Melligi
6 Juillet 2009
Surnommée «la veuve fascinante», Leïla Faouzi a vécu une existence en forme de roman. Sa beauté éclatante la prédestinait à une carrière fulgurante au cinéma. Ce qu'elle aura globalement réussi à faire.
Son charme déroutant pouvait lui valoir une vie heureuse dans le luxe et la magnificence. Pourtant, sa vie privée sera traversée par un premier mariage malheureux avec le comédien et chanteur Aziz Othman, et par un second, trop court, son deuxième époux Anouar Wajdi qu'elle aima de toutes ses forces quittant ce bas monde et enfin une troisième union avec l'homme de radio Jalel Mouawadh.
Née à Genikey, sur les rives de la Méditerranée, en Turquie, le 20 janvier 1928, d'un père égyptien et d'une mère turque, Leïla Faouzi a connu une enfance tranquille au foyer de Mohamed Faouzi, un grand commerçant de tissus connu à Istanbul, Damas et au Caire. Il allait s'installer définitivement dans la capitale égyptienne en 1914 pour se marier quatre ans plus tard avec une jeune fille issue d'une grande famille turque. Le couple aura deux garçons et deux filles.
A cinq ans, Leïla s'inscrit dans une école religieuse chrétienne à Chébra. Elle se fera connaître par sa belle voix accompagnant l'orgue dans les prières à l'église. Elle aimait devenir chanteuse et parlait couramment la langue turque. Dans les fêtes de fin d'année, il lui arrivait de reprendre avec réussite quelques chansons de Mohamed Abdelwaheb. A dix ans, elle est élue Miss de son école.
En 1934, son charme ne laissait plus personne insensible, courtisée avec assiduité par ses copains de classe, elle sera contrainte de voir des enseignants venir à la maison pour compléter sa formation.
Premier coup du sort : le commerce de son père fait faillite. Mais la jeune fille rêvait de cinéma et de chant. Le régisseur cinématographique Kacem Wajdi était un grand ami de son père. Et c'est lui qui interviendra auprès de ce dernier pour le convaincre de laisser sa fille tenter sa chance sur le grand écran.
Hermétique et insensible aux supplications de Leïla, parce qu'il considère le domaine artistique comme un univers de dépravation, il cédera au bout du compte devant l'insistance de son épouse, à condition qu'il accompagne sur le plateau la belle aspirante. Il n'allait plus d'ailleurs la quitter des yeux.
Premiers rôles au cinéma
Tout d'abord, un tout petit rôle dans le film Masnaâ Ezzawjet (l'usine des épouses) du cinéaste Niazi Mostapha. Suivront les longs métrages Mamnou' el hob (Interdit d'aimer) aux côtés de Mohamed Abdelwaheb et Raja Abdou, réalisé par Mohamed Karim, Ali Baba wal arbaîne harami (Ali Baba et les quarante voleurs)...
Puis elle prendra une autre dimension dans Rassassa fil qalb (une balle dans le coeur) avec Mohamed Abdelwaheb, Men el jani (qui est coupable ?) à côté d'Anouar Wajdi, Gamel ou Dalel avec Férid Latrach et Malikatou el jamel (la reine de beauté) avec le chanteur Karem Mahmoud où elle tiendra le rôle principal, pour la première fois au cinéma.
Saja elleïl, son chef-d'oeuvre
Ce sera ensuite le saut qualitatif aux côtés de Mohamed Abdelwaheb dans Lastou malakan (je ne suis pas un ange) en 1946. Sa beauté déroutante l'a beaucoup aidée à tel point que le réalisateur Niazi Mostapha l'avait choisie pour un film évocateur «La reine de beauté». Leïla Faouzi incarnera plusieurs rôles de la fille de campagne habillée en «malaya» dans le film Ghani harb en 1946 où elle rencontre l'artiste comique Aziz Othman, son futur époux, à la jeune fille pauvre en butte à des situations inextricables.
En 1948, Leïla Faouzi touchera la perfection dans Saja Elleïl (et la nuit vint), lequel représentera un tournant dans sa carrière. Ecrit par Youssef Jawhar et réalisé par Barakat, Leïla incarne dans ce film le rôle de la fille du célèbre médecin Mahmoud El Melligui.
Ses ennuis continuent parallèlement à cette réussite artistique. Sa soeur Héla paiera les frais de la célébrité de Leïla sur le grand écran. Mariée à un époux conservateur, Héla subira la colère de ce mari qui lui reproche d'avoir une soeur actrice de cinéma !
Entre Anouar et Férid
A 16 ans, Leïla exerce un effet magique sur l'acteur Anouar Wajdi qui sera son partenaire dans le film Men el jani? en 1944. Il tombera amoureux d'elle dès le premier regard. Seulement, sa réputation d'éternel Don Juan coureur de jupons incitera le père de Leïla à le refuser quand il demanda la main de ce fulgurant astre dont l'éclat était devenu irrésistible.
Le père refusera également de marier sa fille à Férid Latrache qui sera sèchement congédié au moment de demander Leïla en mariage.
Une liberté confisquée
Leïla avait vingt ans. Il en avait plus de cinquante. Et pourtant, il finira par arracher l'accord et de la beauté divine et de son père. Lui, c'est Aziz Othman, ancien chanteur reconverti en acteur comique, puis en producteur cinématographique.
Malgré la différence d'âge, ils se marieront l'été 1948. Mais au fur et à mesure, Leïla allait découvrir que ce mari croyait l'avoir achetée, hypothéquant sa liberté. Il refusait tout rôle qui parvenait à son épouse s'il n'était pas associé à ce film en tant qu'acteur. D'une jalousie maladive, il fondera une société de production «Leïla Films» qui donnera vie à trois longs métrages. Mais Leïla Faouzi a vu entre-temps s'effondrer subitement ses rêves de jeune fille. Son premier mariage s'était transformé en supplice. Elle fuya en octobre 1953 au foyer familial et ne reviendra plus à cet époux possessif et égoïste.
Elle demande le divorce. Aziz Othman refuse de le lui accorder. Les démêlés judiciaires durent six ans.
Il a volé ma femme!
Entre-temps, le destin met à nouveau face à face Leïla Faouzi et Anouar Wajdi dans le film Khataf imraati (il a volé ma femme!).
Dix ans après leur première rencontre dans le filme Men el jani?, les voilà réunis pour l'amour, les confidences et la recherche du temps perdu. Anouar Wajdi avait lui aussi connu un mariage malheureux avec la cantatrice Leïla Mourad.
Notre héroïne paiera sa liberté au prix fort! Elle débourse 3.000 livres pour obtenir le divorce. Aziz Othman se sera montré exécrable jusqu'au bout. Le 6 juin 1954, leur divorce est prononcé, Leïla Faouzi se débarrasse du coup d'un lourd fardeau. Une semaine plus tard, alors qu'elle fêtait ses fiançailles avec Anouar Wajdi, son premier et unique amour, Aziz Othman décédait le 9 juillet, soit un mois et trois jours après son divorce.
Un bonheur trop court
Comme une profonde marque du destin, l'union de Leïla et Anouar ne survivra pas à la maladie de celui-ci. Notre vedette ne savait rien des reins qui martyrisaient son second époux. Depuis 1948, ces reins commencèrent à grignoter sur la santé du Don Juan de naguère. Le 6 septembre, les tourtereaux se marient à l'ambassade d'Egypte à Paris. La lune de miel, dans la Ville lumière sera un pur moment de bonheur.
De retour au Caire, en novembre, la maladie ne lâchera plus Anouar. Leïla le veillait avec amour et dévotion, ne le quittant pas un seul instant.
Le couple partira en Suède où Anouar est hospitalisé dans un établissement médical de Lund. Le 14 mai 1955, Anouar Wajdi meurt dans l'amour et l'affection d'une épouse qui avait tant de passion à lui donner. Il lui lègue une belle fortune d'un demi-million de livres.
«J'aurais tant aimé me marier avec lui alors qu'il serait pauvre. Il possède un coeur d'or», avouera-t-elle plus tard après une année de deuil, Leïla Faouzi revient au cinéma pour un film qui veut tout dire Al Armala attaroub (la veuve enchantée).
Le réalisateur Helmy Rafla a en effet réussi la prouesse de la tirer du souvenir solitaire et d'un sévère deuil pour la faire revenir aux studios : «Le cinéma est une grande partie de mon être et de mon existence», se console «la veuve fascinante».
Après quelques années de deuil suite à la mort d'Anouar Wajdi, Leïla a refait sa vie et épousa un troisième homme dans sa vie. Il s'agit de la plus belle voix de la radio égyptienne, Jalal Mouawadh. Leïla Faouzi allait nous quitter le 11 janvier 2005 à l'âge de 77 ans moins 9 jours.
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