L'Aurore (Conakry)
6 Juillet 2009
La consultation médicale des riverains devient une exigence. Les travaux de forage sur le flanc de la Montagne Yono par BSG-Ressources Guinée qui explore du minerai de fer, ont entraîné une pollution des eaux de la collectivité qui pose de sérieux problèmes hydriques.
L'observation organoleptique (coloration et aspect) dans le lit des eaux de Gbéléya et de Maouon atteste une certaine modification physique qui influe sur l'équilibre de ces eaux. Les valeurs élevées de la conductivité électrique des eaux de Gbéléya et de Maouon par rapport à l'eau de forage, justifient qu'elles sont chargées, à cause d'une agression environnementale due aux travaux d'exploration en amont.
Le 20 juin 2009, une délégation conduite par le ministre de l'Environnement et du Développement Durable, M. Papa Kooly Kouroumah a visité les sites pollués par les activités de BSG-Ressources Guinée, à Zowota (appellation préférée des habitants) ou encore Zogota, dénomination administrative (traduction faite de la langue nationale Guerzé : Chez les guérisseurs), sous-préfecture Kobéla, Préfecture de Nzérékoré.
La cible la plus polluée identifiée est la rivière de Gbéléya, source d'eau potable de 5767 habitants de la localité et des hameaux environnants. Gbéléya est également source de culte pour les fidèles de "la forêt sacrée ». C'est également, une source des pouvoirs mystiques pour les fondateurs de ce village, à savoir la famille Kolié qui y puisait des forces pour guérir plusieurs maladies. Et, c'est surtout, cet aspect de la situation qui a remonté les riverains contre les explorateurs de BSG-Ressources Guinée.
En effet, au compte de BSG-Ressources Guinée, des forages ont été effectués par la société Géoprospect à moins de 50 mètres de la tête de source de Gbéléya. Un plan de forage jugé "très amateur", par des ingénieurs présents sur le site, a été exécuté avec "fantaisie" clament un administrateur local. L'absence des cordons pierreux et gabions autour de la tête de source de Gbéléya, ont facilité premièrement, l'écoulement des matières solides vers le lit de la rivière. Deuxièmement, les forages réalisés sur la montagne Yono (signifiant en langue nationale Guerzé : bruit nocturne) ont dû atteindre les veines du lit, ce qui aurait accentué le volume de la suspension des matières polluantes sur la rivière. Enfin, la poche d'eau perchée sur la montagne aurait été atteinte par la cheminée du forage étiqueté Zog.016-03-035 Geoprospect aurait été atteinte avec un dépôt de latérite rouge dont l'altération pourrait produire des produits chimiques toxiques.
S'adressant au ministre Kooly, M.Cécé Samaoro a déclaré que : « les citoyens de Zowota font face à une crise grave d'eau potable. Alors que depuis l'Antiquité, nos parents utilisent cette source pour s'approvisionner en eau consommable disposant des vertus thérapeutiques énormes dont les valeurs nous ont été léguées. En plus, sur les 3 forages réalisés par le service national d'aménagement des points d'eau (Snape) dans cette localité, deux (2) sont en panne. Malgré les multiples appels à l'aide, BSG-Ressources fera sourde oreille ».
Examinant l'eau de Gbléléya, le Laborantin Sékouba Kaloga, a estimé qu'il y avait lieu « d'examiner cette eau impropre à la consommation avec assez de technicité, parce qu'elle est chargée en matière ». Un géologue de renchérir : « c'est une pollution physique majeure. Il est important de soumettre la population à une consultation médicale, assortie d'une sensibilisation sur les dangers qu'elle en- court ».
Le Président du district de Zowota, M.Niankoye Kolié, a dénoncé la violation des lieux de culte, la destruction de plusieurs ruisseaux par BSG-Ressources. Et surtout, le manque de considération pour les Us et Coutumes des autochtones par le délégué de BSG-Ressources sur la zone, M. Owen. La colère de Kolié était aussi grande, qu'il ne voit que rouge dans les rapports entre BSG-Ressources et les communautés riveraines. La sérié des griefs a irrité le ministre Papa Kooly qui a promis d'y remédier dans un bref délai.
Sur la même logique, le Secrétaire Général chargé des affaires administratives de Nzérékoré, M. Alpha Oumar Diallo, a dit que cette population attendait, pour exprimer de vive voie au gouvernement, ses préoccupations. Parce qu'à ses dires : « c'est inquiétant et ce problème d'eau potable menace la vie de la population. Si nous sommes arrivés là, c'est parce que l'étude d'impact environnementale avait été négligée ».
Larmoyant, le doyen des sages de Zowota, M.Labilé Kolié, a clamé que les populations de Zowota, Maouon et Konia sont lasses d'attendre à boire, comme s'ils n'étaient pas des hommes et d'ajouter : « cela fait depuis deux ans que BSG-Ressources est là, nous n'avons que regrets et souffrances. Notre peuple souffre ! Dites-le au Président, que même notre vénérée rivière, la source de notre protection, notre héritage que nous devons transférer aux futures générations, n'existe plus que de nom et cela nous le regrettons ».
Arpentant le Mont Yono avec fierté, une vieille personne raconte les injures à eux infligées par un délégué de la Préfecture, un certain Ibrahima 2 Sylla, le 7 mai dernier. Alors que ces personnes n'avaient fait qu'attirer l'attention des autorités locales pour le supplice subit. Venu pour examiner les doléances des populations, "M. Sylla s'est révélé grand défenseur de BSG-Ressources, estimant que, depuis la création de Zowota, aucun habitant n'avait obtenu une liasse d'argent, supérieure à cent mille (100.000francs Guinéens) sinon qu'avec BSG-Ressources Guinée".
Le jeune François Ives Loua ne comprendrait pas, « pourquoi BSG-Ressources a pollué les eaux qui protègent les jeunes pousses de Zowota, à telle enseigne que les esprits soient fâchés ». Il se plaindra par la suite, en informant que « les 18 km qui séparent Zowota à Kobéla ne soient plus praticables. Les ponts en bois que BSG-Ressources a trouvés ont été détruits, sans qu'ils ne soient remplacés par des ponts conséquents, en dur. J'exprime tout mon regret là-dessus ».
Le ministre Kooly a promis de transmettre le message de détresse de Zowota au Président Dadis Camara, avant d'engager immédiatement le processus de réhabilitation des forages en panne pour l'approvisionnement des populations en eau potable. A cette promesse ministérielle, la présidente des Femmes de Zowota, Madame Sény Kpoghomou a opposé un sourire ironique, de désespoir.
L'analyse organoleptique des échantillons d'eau prélevés à Gbéléya, par M. Sékouba Kaloga, Chef service Laboratoire, a démontré une coloration "ambrée", un aspect "légèrement trouble", un ph de 7,34 et une conductivité de 870 microsiémens par centimètre contre un ph 7.44 avec une conductivité de 744 microsiémens pour les échantillons de Maouon. L'eau de forage est limpide, ne présentant aucune turbidité d'un ph 7.00 et une conductivité de 944 microsiémens par centimètre.
Le ministre Kooly a trouvé la plainte des populations recevable, au regard de la pollution "majeure" due au manque de mesures environnementales efficaces par la compagnie. Kooly a noté également la dégradation avancée de l'écosystème par les activités et a promis des sanctions à la hauteur de la forfaiture, doublé d'une indemnisation des victimes
L'ingénieur hydrologue Alpha Bacar Kéita, a déclaré avoir constaté une eau trouble et un ruissellement dû à la plateforme de forage. Qu'il y a également à ses dires : « un déplacement de terre avec plusieurs matières organiques et inorganiques dont une latérite sur 10 mètres avec une pente de 45 degrés. Ce ne sont pas les sondages qui ont conduit à cette anomalie mais ce déplacement de terrain latéritique. Donc, il faut stabiliser les pentes. La solution palliative serait la réhabilitation des forages et l'interdiction des populations à faire usage de cette eau polluée ».
Le directeur du Bureau des Stratégies et de Développement (BSD) du ministère de l'Environnement et de Développement durable, M. Kader Bangoura de se déterminer sur la question en disant ceci : « ces délits soient liés au manquement des procédures. Car pour toute activité du genre, il faut une étude d'impact environnemental et social. Il est urgent de mettre en harmonie, la recherche, l'exploitation minière et la protection de l'environnement. Ce qui s'est passé à Zowota est critique en terme d'infraction, qui vaut des milliards de Francs d'amende. Mais il y a un aspect qui n'a pas d'évaluation. C'est le dégât humain. Il est urgent d'organiser les consultations médicales des villageois ».
Très remonté, le ministre de conclure par ces mots : « BSG-Ressources refuse de débourser 300 milles Francs pour réparer les forages et pollue les rivières en privant les populations d'eau potable, la sanction sera à la mesure de l'acte ». Présent à la rencontre, le représentant de BSG-Ressources, M. Ibrahimah Sory II Touré, n'a pas souhaité commenter, ce qu'il assimile à "des errements de l'autorité".
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