Inter Press Service (Johannesburg)

Afrique: L'UA doit tenir compte des victimes, pas des auteurs

Diletta Varlese

6 Juillet 2009


Le dernier jour du sommet de l'Union africaine (UA) a été consacré à la question du mandat d'arrêt émis par la Cour pénale internationale (CPI) contre le président soudanais Omar Al-Bashir, pour sept chefs d'accusation de crimes de guerre et crimes contre l'humanité, y compris le meurtre, le viol et la torture.

La trentaine d'Etats africains qui sont signataires du Traité de la CPI ont l'obligation d'arrêter Bashir, s'il mettait le pied sur leur sol, et le remettre à la cour.

L'UA semble être équitablement divisée entre les pays qui sont favorables à une résolution - parrainée par la Libye - appelant à la non-coopération des Etats membres dans l'exécution du mandat d'arrêt, et ceux qui sont contre.

"Ce que nous voyons ici est une tentative très maladroite de la Libye de forcer des Etats qui sont membres de la CPI à abandonner leur obligation juridique et à donner à Omar Al-Bashir un laissez-passer gratuit pour voyager à travers le continent sans inquiétude", a déclaré à IPS, Reed Brody, porte-parole de l'organisation non gouvernementale 'Human Rights Watch' (URW) basée à New York. HRW a joué un rôle actif en demandant avec insistance que l'inculpation de Bashir soit maintenue.

"Mais le fait est que des Etats ont l'obligation juridique, ils ne peuvent pas l'effacer par une résolution politique ici. La proposition pour le reste de ces Etats de ne pas arrêter Al-Bashir est une gifle au visage du peuple du Darfour".

Un argument avancé par ceux qui souhaitent voir l'inculpation de Al-Bashir suspendue ou annulée est que la cour a injustement ciblé les Africains, et ne prononcerait jamais des charges similaires contre des responsables des Etats-Unis ou d'Israël.

Répondant aux efforts de contrecarrer la CPI dans un article d'opinion, dans le 'New York Times', l'ancien secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a écrit: "L'on doit commencer par demander pourquoi les dirigeants ne devraient pas porter cette attention sur les victimes africaines. Ces dirigeants veulent-ils réellement se ranger du côté des auteurs présumés d'atrocités massives plutôt que leurs victimes?

"Le refus jusqu'à ce jour de la cour de répondre aux appels des victimes en dehors de l'Afrique est-il vraiment une raison d'ignorer les appels des victimes africaines?".

Annan a indiqué que dans trois des affaires des Africains confrontés à une inculpation, c'étaient les gouvernements de leurs pays respectifs qui ont soumis les dossiers à la cour internationale pour être examinés. "Le quatrième dossier, celui du Darfour, a été sélectionné non pas par la cour internationale, mais transféré par le Conseil de sécurité de l'ONU".

La Namibie a ratifié son adhésion à la CPI en 2002; l'ambassadeur de la Namibie au Zimbabwe, Ndali-Che Kamati, qui était à Syrte pour le sommet, explique le point de vue de son gouvernement.

"La position de mon gouvernement est que nous n'admettons pas l'impunité, mais s'agissant de la position du Soudan, et de l'inculpation du président Bashir, nous pensons que ce n'est pas le moment approprié. Parce que nous avons des questions importantes à traiter au Darfour et au sud du Soudan, et nous pensons que cette inculpation ne nous donne aucune marge de manoeuvre pour persuader et travailler ensemble avec le gouvernement soudanais pour que ces questions soient réglées".

Crimes contre l'humanité

Annan a demandé aux dirigeants africains de rester fermes. "La CPI représente l'espoir pour les victimes des atrocités et envoie un message selon lequel personne n'est au-dessus de la loi. Cet espoir et ce message seront sapés si l'Union africaine condamne la cour parce qu'elle a accusé un chef d'Etat africain.

"L'Union africaine ne devrait pas abandonner sa promesse de lutter contre l'impunité tant que les criminels de guerre inculpés sont tenus de rendre des comptes, indépendamment de leur rang; d'autres tentés de les imiter ne seront pas découragés, et le peuple africain souffrira".

Pourtant, alors que le sommet tirait à sa fin, une déclaration a été publiée annonçant que "Les Etats membres de l'UA ne devront pas coopérer... se rapportant aux immunités pour l'arrestation et la remise à la CPI du président soudanais Omar Al-Bashir".

Bashir est effectivement libre de voyager de long en large sur le continent.

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