Louisa Aït Hamadouche
7 Juillet 2009
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Les mesures pour améliorer la productivité agricole et réduire la faim chronique coûteront en moyenne quelque 5 à 8% du total des coûts de la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (ODM) dans cinq pays à bas revenus, en prenant comme éléments de comparaison les investissements nécessaires dans l'éducation (16%), la santé (25%), l'énergie (15%) et les routes (18%). Principal employeur et première source du revenu national et des salaires dans de nombreux pays en développement, l'agriculture est centrale pour stimuler une croissance propauvre. B. Coulibaly rappelle qu'une croissance dans ce secteur valorise les deux avoirs clés des populations pauvres -les terres et la main-d'oeuvre- et revitalise l'économie dans les régions rurales où vit la majorité de la population pauvre. Si la croissance se fonde sur une productivité accrue, la croissance atténue la pauvreté, réduit et stabilise le prix des aliments, en améliorant la situation de l'emploi pour les communautés rurales pauvres, en augmentant la demande de biens de consommation et de services et en stimulant la croissance dans les autres secteurs de l'économie. Le président de la Commission de l'UA a annoncé à l'ouverture des travaux, la signature prochaine avec le Brésil de trois accords de coopération dans le but de renforcer l'agriculture africaine.
Du Niger au statu quo politique général
Le Niger est en train de rejoindre les nombreux Etats africains qui basculent dans ce qui pourrait s'appeler l'autoritarisme constitutionnel. Un régime politique dictatorial légalisé par des révisions constitutionnelles sur mesure. Après que le Parlement eut refusé son projet de référendum sur une nouvelle Constitution lui permettant de conserver ses fonctions, Mamadou Tandja a dissous le Parlement et annoncé qu'il gouvernerait par ordonnances et décrets.
Il a, également, dissous la Cour constitutionnelle, la plus haute juridiction du pays. Le Président s'est accordé des pouvoirs exceptionnels en invoquant l'article 53 de la Constitution qui, lorsque «l'indépendance de la République est menacée», permet au chef de l'Etat de gouverner par le biais d'ordonnances et de décrets.
Ces nouvelles prérogatives lui permettent d'imposer le référendum pour modifier la Constitution, en vue de briguer un troisième mandat. Le Front de défense de la démocratie (le FDD) a appelé les forces de sécurité à «refuser d'obéir aux ordres d'un homme qui a pris l'option délibérée de violer la Constitution et qui a perdu toute légitimité politique et morale». Malgré ces protestations, le ministre de l'Intérieur, Albadé Aboub, a annoncé que le référendum sur la nouvelle Constitution pour le 4 août. Marou Amadou, président du Front uni pour la sauvegarde de la démocratie (FUSAD) et membre de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), a récemment annoncé qu'il refuserait d'organiser le scrutin référendaire. Face à cette dictature en marche, que fait l'UA ? Le président de la Commission de l'Union africaine (UA), Jean Ping, a dit craindre des «dérapages» au Niger. «Lorsqu'il y a des changements de Constitution, nous regardons s'ils sont conformes à la Constitution elle-même. Ce qui ne semble pas être le cas ici pour les articles concernés», a-t-il observé. La solution envisagée se limite à intervenir en utilisant les bons offices. C'est, finalement, d'autres acteurs qui appuient l'opposition le plus clairement. La Communauté des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cedeao), l'Union européenne et la France ont condamné les procédés du président nigérien dénoncés activement par les adversaires du régime. Quant aux Etats-Unis, ils se sont dit «préoccupés par les récentes actions du président du Niger», estimant qu'elles «sapent les efforts» de ce pays d'Afrique de l'Ouest en vue d'une «bonne gouvernance et d'un Etat de droit». L'ensemble de ces prises de position restent, néanmoins, mesurées. Le Niger de juillet 2009 s'apprête, donc, à rejoindre l'Algérie de novembre 2008, l'Egypte de mars 2007, le Tchad de 2006, l'Ouganda de 2005, la Tunisie de mai 2002, le Togo de décembre 2002 et la Guinée de novembre 2001. Tous ont modifié leur Constitution pour autoriser des mandats présidentiels qui ne l'étaient pas. En février 2005, le gouvernement ougandais a procédé à quelques amendements que les parlementaires ont adoptés, sans soumettre le texte à un référendum. Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, a donc pu briguer un troisième mandat en 2006.
En Egypte, les résultats officiels du référendum tenu en mars 2007 ont annoncé que 75,9% des électeurs approuvaient 34 amendements constitutionnels.
Les amendements autorisent le président égyptien et le parti au pouvoir à dissoudre le Parlement et confient à une commission indépendante la supervision des élections. Ils interdisent, par ailleurs, aux partis politiques religieux comme les Frères musulmans, de prendre part aux élections.
Lors des élections de 2005, les candidats soutenus par les Frères musulmans avaient remporté 88 des 454 sièges de l'Assemblée du peuple. Précisons, par exemple, que le très critiqué article 179 permet la suspension des droits constitutionnels et autorise les arrestations, perquisitions et écoutes sans mandat dans le cadre d'enquêtes sur le terrorisme. La disposition autorise, également, le Président à déférer des suspects de terrorisme devant des tribunaux militaires.
Le gouvernement affirme que ces dispositions sont nécessaires pour la sécurité mais l'opposition et les défenseurs des droits civiques craignent qu'elles ne débouchent sur des abus. Officiellement, le taux de participation a atteint 27%, ce qui représente un taux très faible. Les militants des droits de l'homme ont affirmé qu'il était, en fait, largement inférieur, en s'appuyant sur le nombre de bureaux de vote restés vides. Un an avant la fin de son mandat, le chef de l'Etat tchadien, Idriss Deby, a lui aussi lancé une procédure de révision de la Constitution de 1996. Le principal amendement est l'article 61 qui supprime la limitation du mandat présidentiel. Dans le texte initial, deux quinquennats présidentiels étaient autorisés et la limite d'âge pour tout candidat à la magistrature suprême était fixée à 70 ans. Le nouveau texte a, donc, levé les limitations d'âge et le nombre de mandats autorisé.
La nouvelle mouture de la Constitution a supprimé le Sénat qui n'a, d'ailleurs, jamais été installé et installe à la place un Conseil économique et social. Quant aux dispositions techniques qui déterminent le fonctionnement des institutions, elles ont été considérées comme un alibi ou une diversion pour distraire l'opinion publique. L'opposition a réagi, mettant en place une Coordination des partis pour la défense de la Constitution (CPDC). En vain.
L'inquiétude de l'opposition était d'autant plus grande que le chef de l'Etat est fortement soupçonné de préparer sa succession pour son propre fils, Brahim. Certains pays d'Afrique comme la plupart des pays arabes versent donc dans les replâtrages constitutionnels dont le seul bénéfice est de perpétuer un statu quo politique destructeur.
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