Le Soleil (Dakar)

Afrique: Cérémonie d'ouverture du Panaf 2009 - Youssou Ndour dans le grand opéra africain

De Notre Envoyé Spécial Modou Mamoune Faye

7 Juillet 2009


Le 2e festival culturel panafricain d'Alger (PANAF) a été ouvert dimanche soir dans la capitale algérienne par une grande fresque, oeuvre du metteur en scène franco-algérien Kamel Ouali qui a dévoilé un opéra africain qui revisite toute l'histoire du continent.

Au milieu d'une centaine d'esclaves, un griot chante pour la liberté, pour l'émancipation des peuples africains. Les épaules ployant sous d'énormes baluchons représentant le lourd fardeau de la domination, les esclaves gémissent, crient leur douleur, psalmodient en choeur des rhapsodies, mais gardent leur dignité d'êtres humains. Le griot, c'est Youssou Ndour, les esclaves, ce sont près de quatre cents artistes et comédiens africains qui se sont produits dimanche dernier à la cérémonie d'ouverture de la 2ème édition du Festival culturel panafricain d'Alger (Panaf). La grande Coupole, tout près du stade du 5 juillet situé dans le complexe sportif Mohamed Boudiaf, est remplie de monde. Il y fait chaud, l'attente est longue, mais le début du spectacle, à 19h50, fait oublier tous ces déboires.

En fait de spectacle, le metteur en scène franco-algérien Kamel Ouali a dévoilé une grande fresque, un opéra africain qui revisite toute l'histoire du continent : des premiers balbutiements de l'Homme à l'ère de la modernité, en passant par des dates parfois douloureuses comme l'esclavage, la colonisation, les luttes pour la libération et les années d'indépendance. Sur la scène de la Coupole, le public a assisté à une célébration de l'Afrique dans sa diversité culturelle, linguistique, politique, sociale... Sous l'effet des projecteurs, les comédiens défilent par groupes : D'abord les Masaïs du Kenya avec leur danse si particulière qui les font tressauter, la poitrine en avant.

Ensuite les Peuls bororos du Niger, maquillés comme des femmes, au sourire légendaire et à la gestuelle inimitable. Puis, pêle-mêle, surgissant de nulle part, des peuples africains prennent possession de la scène : pygmées d'Afrique centrale, touaregs de l'espace afro-arabe, mandingues soudano-sahéliens, dioulas, wolofs, bantous, zoulous, arabes, bref tout ce que l'Afrique compte de communautés culturelles et qui fait sa richesse.

CHARTE DE LA RENAISSANCE CULTURELLE

L'opéra de Kamel Ouali est à la fois musical, théâtrale et chorégraphique. Ce grand chorégraphe, très célèbre en France, a su résumer l'histoire africaine en une belle fresque multicolore qui a séduit le public et les officiels venus assister à l'ouverture du Panaf en ce dimanche 5 juillet 2009. Derrière les spectateurs, défilent des images de grands panafricains : Nasser, Senghor, Ben Bella, Césaire, Lumumba, Cabral et tant d'autres. Des personnages géants articulés marchent lentement vers le chemin de la liberté. Le président de la commission de l'Union africaine, Jean Ping, dans son discours avant le début du spectacle, a bien raison de paraphraser le poète Léopold Sédar Senghor pour qui « la culture est une création de valeurs nouvelles pour l'avenir ». Selon lui, le Panaf 2009 est une véritable célébration de la vie et de la richesse du continent africain. C'est peut-être pourquoi il a invité les Etats africains à ratifier la Charte de la renaissance culturelle africaine. M. Ping était aux côtés du ministre d'Etat Abdelaziz Belkhadem (représentant le président Bouteflika) et du ministre de la Culture, Khalida Toumi, maître d'oeuvre du Panaf.

Les artistes semblent être à une longueur d'avance des politiques en ce qui concerne l'intégration par la culture. Aux côtes de Youssou Ndour lançant un retentissant « Africa is calling », la diva capverdienne Cesaria Evora, qui annonce une aube nouvelle pour l'Afrique (Nova aurora), a envoûté le public grâce à sa voix et sa morna qui, à elles seules, symbolisent le brassage. Les envolées lyriques de la grande chanteuse algérienne Warda nous ont plongés dans cette histoire parfois mouvementée de son pays qui a arraché son indépendance à la France après une longue lutte qui a abouti en 1962. La voix fluette du jeune chanteur sénégalais Weuz Kali (ex-membre du Missal de Dakar, ce groupe de copains de la Patte d'Oie), omniprésente tout au long du spectacle, a fait frémir les spectateurs attentifs durant près d'une heure trente.

Le metteur en scène a fait un clin d'oeil à la diaspora africaine avec ces comédiens représentant des danseurs et chanteurs Afro-américains, sur une musique de... Michael Jackson. Blues, jazz, soul, toutes les musiques noires d'inspiration africaine ont été mises en valeur. Un hommage a été rendu à la grande Myriam Makeba avec une interprétation de son célèbre « Pata Pata » qui a fait danser les milliers de spectateurs de la Coupole. C'est ici, en 1969, que sa carrière avait pris son envol, faisant plus tard d'elle une véritable icône de la musique africaine.

Le spectacle s'est achevée dans l'apothéose avec le rassemblement des quelques 400 danseurs, acrobates, voltigeurs et chanteurs qui ont communié sous les jeux de lumière, les applaudissements et les youyous. Belle image d'une Afrique unie et en pleine renaissance.

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