Fasozine (Ouagadougou)
Kpénahie Traoré
7 Juillet 2009
interview
Il est le correspondant de Radio France Internationale (RFI) à Niamey. Son nom a fait le tour du monde lorsqu'il avait été arrêté et emprisonné à la prison civile de Niamey. Il est en liberté provisoire depuis le 7 octobre 2009. Lui, c'est Moussa Kaka. Et c'est un homme en bonne santé et plein d'énergie que nous avons rencontré lors de son séjour à Ouagadougou, du 2 au 5 juillet 2009. Il s'est exprimé sur la situation politique au Niger, ses contacts avec les rebelles touaregs et relations avec RFI.
L'année dernière, lors de quatrième édition de Ciné droit libre, alors que vous étiez encore en prison, une journée vous a été consacrée et une pétition a été signée pour votre libération. Qu'est-ce que cela vous fait-il de vous retrouver aujourd'hui à ce festival en tant qu'invité d'honneur?
C'est un vrai plaisir, une réelle joie d'être à Ouagadougou aujourd'hui, parce que l'année dernière, du fond de ma geôle de la prison civile de Niamey, j'avais eu des échos (de Ciné droit libre, Ndlr). Mon épouse avait été invitée à ce festival, et elle m'a ramené une grande affiche d'à peu près quatre mètres sur trois... Il y avait beaucoup de signatures de tous les participants du festival et, aujourd'hui, c'est en homme libre que je participe à Ciné droit libre, que je trouve très intéressant. Le droit au cinéma, le droit à l'expression... Tout cela concourt à faire en sorte que l'Afrique aille de l'avant à travers une lutte, de par sa jeunesse, ses femmes, pour qu'on ait une démocratie qui tienne, une démocratie apaisante.
Vous avez participé aux débats pendant le festival avec un thème consacré à la femme. Alors, quel rôle joue la femme sur le plan politique au Niger?
Vous savez, au Niger, la femme est devant, au milieu et en arrière; elle est la mère, la femme et la sÅ"ur. C'est pour vous dire que tout récemment, au Niger, le président de la République a dissous la Cour constitutionnelle, qui était dirigée par une femme, une grande magistrate du nom de Salifou Fatimata Bazeye, qui, à trois reprises, lui a dit non dans son projet de modification de la Constitution afin de briguer un troisième mandat...
On a débattu de cette question, les gens m'ont posé des questions sur le Niger et aussi sur l'uranium nigérien. J'ai répondu...
Venons-en donc à la crise au Niger. Peut-on dire que l'uranium, cette ressource naturelle est la cause de tout ce qui se passe actuellement là-bas?
Le Niger est un grand pays uranifère, et l'avenir du pays repose en partie sur cette question de l'uranium et du pétrole. Cela suscite tous les appétits et même les dirigeants s'accrochent actuellement parce que, tout simplement, il y a cette manne qui pointe à l'horizon et sur laquelle il leur faut coûte que coûte faire main basse pour se pérenniser. Ce sont ces ressources, et surtout le pétrole, qui font que le Niger fait face à une crise très sérieuse, très dangereuse, et c'est malheureux.
Quelle est la position de Moussa Kaka sur ce qui se passe au Niger?
Je n'ai pas de position à proprement parler, parce que jusqu'à présent je suis un prisonnier en liberté provisoire. Mais ce que je constate, c'est que c'est une affaire très compliquée. Cette question de ressources minières a fait que le pays est plongé dans une crise politique. Le président est entré dans un engrenage et, s'il ne prend garde, il peut ne pas en sortir, parce que même ses propres partenaires, ses propres alliés de la CDS-Rahama (Convention démocratique et sociale, Ndlr), l'ont quitté avec huit ministres. Donc, si les acteurs de la crise ne mettent pas un peu d'eau dans leur vin, et si les pays, au niveau sous régional et international, ne font pas beaucoup de pression sur le Niger pour que les uns et les autres arrivent à harmoniser leurs actions pour sauvegarder la démocratie, notamment la Constitution nigérienne, on risque de basculer dans un gouffre où il y aura beaucoup de conséquences.
Vous avez dit tantôt que le président Tandja est abandonné par ses alliés. Est-ce à dire qu'il est isolé et que la fin de son pouvoir est proche?
Vous savez, malgré la crise, le président Tandja est légalement au pouvoir jusqu'au 22 décembre 2009, selon la Constitution et les dernières élections. Tout le problème est qu'au-delà de cette date, il veut s'octroyer une transition de trois ans, qui ne se trouve nulle part dans la Constitution. C'est pour cette raison qu'il veut convoquer son référendum. Sinon, actuellement, ce que je constate, c'est qu'on est dans une situation de crise très profonde, où le Niger est sur le point de vivre un grand clash.
Le mercredi 1er juillet 2009, l'opposition a organisé une journée «pays mort». Apparemment, cette manifestation n'a pas enregistré le succès escompté. Est-ce une victoire pour le président Tandja?
Moi, je renvoie l'opposition et le président Tandja dos à dos. La journée «pays mort» a bien marché du matin jusqu'à 11 h. Ce n'est que vers midi que les commerçants ont commencé à ouvrir leurs boutiques. Même à l'intérieur du pays, comme à Maradi et Tawa, elle a été très bien suivie. Je pense que c'est une question de médiatisation et de temps. Les organisateurs de la journée n'ont pas pris le temps nécessaire. Ils n'ont pris que trois jours pour sensibiliser la population à aller à ce «pays mort», alors que dans des actions comme celles-là, il faut aller sur plusieurs jours. Le Niger est un pays de paysans, les gens sont en plein travaux agricoles. Donc, la journée «pays mort» a été suivie en partie et ce n'est que partie remise, selon ses initiateurs. Ils vont relancer la machine et je sais qu'à la longue, c'est le pays qui va beaucoup perdre de sa crédibilité.
Vous êtes en liberté provisoire depuis quelques mois. Comment allez-vous?
Je vais très bien. Vous savez, Moussa Kaka, c'est RFI, c'est en même temps un groupe de cinq radios privées et personnelles qu'il dirige. Une à Niamey et quatre autres à l'intérieur du pays. Maintenant, je consacre tout mon temps à redémarrer ces antennes qui ont souffert pendant un an et dix-sept jours. Et ma collaboration continue avec RFI.
Mais on n'entend plus Moussa Kaka sur les antennes de RFI...
Je crois que mon retour sur les antennes de RFI est pour bientôt. J'ai un litige avec l'Etat du Niger, j'attends que la justice convoque une date éventuelle pour le jugement. Mais actuellement, l'Etat nigérien est préoccupé par son affaire de référendum, donc on attend. En principe, il n'y a aucun problème, je suis membre de RFI, j'ai la carte RFI, je suis salarié de RFI. Je crois que c'est une question de temps, patientez un peu. Mais je continue de travailler en «off». Seulement, c'est ma voix qui n'est pas portée à l'antenne, sinon il n'y a pas de problème. C'est le jugement qui me bloque.
Apparemment, vous êtes presque blanchi de cette affaire!
Je ne peux rien confirmer, mais la justice m'a donné raison. Après avoir écouté la bande sonore, elle m'a donné raison. Elle a abouti à un non lieu.
Qu'y avait-il sur cette bande sonore?
Ce sont mes conversations avec les rebelles, ce que je faisais depuis des années. Cela fait 15 ans que je travaille dans cette zone. Je suis pratiquement le seul journaliste à le faire, et cela n'entache en rien ma crédibilité. Non, non, non! Je travaille comme je l'ai toujours fait par le passé. Partout dans le monde, les écoutes téléphoniques sont illégales. En dehors de l'illégalité, il n'y avait rien dans ces écoutes téléphoniques...
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