Séni Dabo
8 Juillet 2009
analyse
Les élections en général et celles présidentielles en particulier constituent des périodes dangereuses en Afrique. Elles sont toujours des moments redoutés en ce qu'elles peuvent faire basculer les pays qui les organisent dans la violence. La contestation des résultats et les accusations de fraudes sont principalement les causes des violences post-électorales. A quelques jours de l'élection présidentielle au Congo Brazzaville, on retient son souffle en pensant que cette vérité implacable peut une fois de plus s'appliquer à ce pays. La peur d'un retour des vieux démons au Congo Brazzaville est renforcée par les tiraillements entre cinq candidats de l'opposition et le ministre de l'Administration du territoire chargé de l'organisation de l'élection du 12 juillet. Pour les challengers du candidat sortant, Denis Sassou N'Guesso, les conditions ne sont pas réunies pour une élection transparente. Ils mettent à l'indexe de "graves anomalies" dans le fichier électoral et demandent un report de l'élection, histoire de réviser ledit fichier.
De son côté, le ministre Raymond Mboulou soutient qu'il n'en est rien, que "tout est fin prêt" pour le 12 juillet. Les électeurs seront donc appelés aux urnes ce jour-là. Mais ce n'est pas ce qui fera taire le débat sur le fichier électoral, qui est l'alpha et l'oméga des élections, dans les pays africains. Le consensus est loin d'être acquis dans ce bras de fer au risque de faire planer le danger sur la consultation. Mais pourquoi s'étriper pour un fichier dont la révision pourrait apaiser la tension ? Rien, dirait-on à priori. Mais en Afrique, une révision du fichier bien faite peut coûter son fauteuil à un candidat sortant en ce sens que cela suppose la transparence totale, l'impossibilité de frauder, de gonfler les données. Toutes pratiques que l'on accuse les pouvoirs en place d'y recourir pour remporter les élections.
D'où la revendication d'informatisation des fichiers électoraux réactualisables par simple clic de souris d'ordinateur et publiés sur Internet dans un souci de transparence. Cette revendication a fini par être satisfaite dans la plupart des pays africains et a atténué des contestations sur les fichiers électoraux. Mais au Congo, le fichier électoral est toujours l'objet de gorges chaudes, comme au tout début du processus démocratique sur le continent. Peut-être que l'opposition s'y est prise tard alors qu'elle avait connaissance longtemps avant, de la date de la présidentielle. Mais est-ce pour autant qu'il faut refuser de revoir le fichier que d'aucuns qualifient de mauvais ? L'argument selon lequel des candidats veulent justifier à l'avance leur défaite est-il acceptable ? On dira que c'est de bonne guerre pour le pouvoir de maintenir la tenue de l'élection même au prix de la paix sociale.
C'est le lieu de le dire au regard de la peur qui commence à gagner certains Brazzavillois et qui les pousse à quitter la capitale qui ne semble plus un lieu sûr, au fur et à mesure que le 12 juillet s'approche. C'est déjà le signe que le taux d'abstention pourrait être élevé à Brazzaville. Les souvenirs de la guerre de 1997 consécutive à une lutte acharnée pour le pouvoir ne sont pas complètement effacés. Les politiciens sauront-ils tout faire pour éviter une répétition de l'histoire ?
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