9 Juillet 2009
analyse
Kinshasa — Réajustement en Belgique et à l'Union européenne, Obama au Ghana, élection au Congo-Brazzaville
Il est de ces signes qui ne trompent pas. Ils annoncent souvent de grands bouleversements. Et si l'on n'y y prend garde, on risque d'être submergé par le poids des événements. Depuis mardi, des bouleversements s'opèrent en Belgique à la suite des élections européennes. Dans quarante-huit heures, le président américain Barack Obama sera à Accra, au Ghana où il prononcera son premier discours à l'endroit de l'Afrique. Enfin, dimanche 12 juillet, il y aura élection présidentielle en République du Congo-Brazzaville, juste en face de la RDC. Autant de signaux politiques qu'il faut capter et bien les interpréter afin d'adopter une attitude responsable, même en cas de désaccord.
Les choses sont en train de bouger à travers le monde. Tenez. C'est aujourd'hui que l'on saura si oui ou non le G 8 va survivre après le sommet de L'Aquila qui se tient en ce moment en Italie. S'il est vrai que l'on examinera la situation économique mondiale, la lutte contre la pauvreté et le terrorisme international, l'aide au développement, la situation en Iran, la question est celle de savoir si le G 8 cèdera la place au G 14 ou G 20. Face à la crise financière internationale qui a déjà fait des dégâts, la question sera examinée sérieusement et les pays africains suivent de près les péripéties de ce sommet des riches. C'est de un.
De deux. Depuis mardi, l'on assiste à un réajustement politique en Belgique. Mutation qui intervient au lendemain des élections européennes pour renouveler le Parlement européen. Au terme des cogitations politiques, Karel De Gucht, jusque - là ministre belge des Affaires étrangères a été désigné pour remplacer Louis Michel en tant que Commissaire européen en charge de l'Aide humanitaire et du Développement. Karel parti, c'est Yves Leterme, alors que l'on attendait Guy Verhostadt, tous deux anciens premiers ministres belges, qui le remplacera au Palais D'Egmont, siège du ministère belge des Affaires étrangères. Dans le cas contraire, on proposera Didier Reynders à ce poste pendant que Leterme prendra le département des Finances.
Certes, il s'agit là d'un problème belgo-belge. Mais au moment du réchauffement des relations diplomatiques entre la RDC et la Belgique, pendant que l'Union européenne est l'un des bailleurs de fonds du Congo-Kinshasa, on ne peut pas tourner le dos à ce qui se passe en Belgique et à l'Union européenne. Ce serait de l'irresponsabilité politique et faire preuve d'une vue écourtée de grands dossiers.
De trois. Ce samedi 11 juillet, le président américain, Barack Obama est attendu à Accra, au Ghana. Une première visite qui doit jeter les bases d'un nouveau départ, d'un nouveau partenariat entre l'Amérique et l'Afrique. La question est celle de savoir si Obama s'engagera sur les traces de Bush. Ce qui est sûr, la politique africaine de Obama a déjà été définie par Johnnie Carson, le secrétaire d'Etat adjoint américain aux Affaires africaines : « Avant les Etats-Unis travaillaient pour l'Afrique. Nous voulons maintenant travailler avec l'Afrique ». C'est dire que les Etats-Unis seront aux côtés des Etats africains qui travaillent et non de ceux qui attendent que les Etats-Unis travaillent pour eux. La République démocratique du Congo a l'obligation politique de choisir maintenant « son camp ».
Enfin, les Congolais de Brazzaville iront aux urnes le 12 juillet pour élire un nouveau président de la République. Un scrutin qui intéresse les Congolais de Kinshasa compte tenu de la promiscuité de deux pays et du rôle qu'ils ont à jouer en Afrique centrale.
LE TEMPS D'AGIR
Ce sont là des signaux politiques qui doivent être analysés sereinement parce que l'on est à l'ère des « Etats qui comptent » pour prétendre rejoindre le concert des Nations. Ensuite, parce que ces faits politiques se déroulent à un moment crucial du processus politique de la République démocratique du Congo. Moment qui doit être caractérisé par la mise en oeuvre des réformes tant sur le plan politique, économique, social et sécuritaire.
Au plan politique, il y a la bonne gouvernance imposer, des élections locales qui pointent à l'horizon: un test pour les échéances électorales de 2001. Economique au regard des défis à relever dans un monde marqué par la mondialisation et les effets pervers de la crise financière internationale. Ainsi, au niveau régional, il y a lieu d'apprécier les conditions susceptibles de favoriser l'intégration économique sous-régionale à travers la CEAAC et la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs. Social, compte tenu de la pauvreté qui sévit dans le pays, avec une population meurtrie, sans pouvoir d'achat. Enfin, sécuritaire partant de la situation toujours précaire dans l'Est de la République démocratique du Congo. A ce niveau, il faut accélérer les réformes au niveau de l'Armée, de la Police et des services de renseignements.
Ces signaux politiques, que l'on veuille ou pas, sont le déclic pour entreprendre les bouleversements tant attendus afin de donner une nouvelle impulsion à la gestion de l'Etat. Le président de la République a tiré la sonnette d'alarme en évoquant les « Cinq fléaux » qui risquent de bloquer le processus politique et économique de la RDC qui a maintenant besoin des institutions fortes afin de faire face à tous ces grands défis de refonder une Nation classique et moderne.
Il faut donc agir pour briser le mutisme inquiétant et systématique dénoncé par l'Opposition politique. Ensuite, éviter de subir toutes ces politiques de réajustement qui marqueront l'Afrique, en général, la République démocratique du Congo en particulier.
Il est interdit de faire le dos en attendant que ça se passe. La RDC risque de manquer une chance historique.
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